L’auteur et l’illustrateur sont tous deux nés à la fin des années 1920, et morts dans les années 1990. Ils sont tous deux indéfinissables et éclectiques : l’un est poète, dessinateur, photographe et écrivain, l’autre est peintre, dessinateur et graveur. L’un voyagea énormément et en tira une bibliographie riche et fournie, l’autre l’accompagna lors de ce voyage de 1953-1954 et illustra les propos de son ami. Les éditions La Découverte permettent, avec ce récit de voyage, publié pour la première fois dans les années 60, de (re)découvrir un classique du genre.

Il fut une époque où les intellectuels du monde Occidental pensaient que la fin du passeport était proche, et qu’il n’y aurait bientôt plus besoin de rien pour traverser le monde. Il fut une époque où le Moyen-Orient était apaisé et pouvait se traverser de long en large, non aisément mais avec quelques contraintes dues plus à la nature humaine, qu’à la guerre et à la destruction. Nicolas Bouvier et Thierry Vernet se trouve à la jonction de ces deux mondes quand ils décident de partir d’Europe pour atteindre l’Inde. Non pas qu’ils n’aient besoin de passeports ou de laisser-passer, mais les choses à l’époque semblent plus faciles, pour qui sait se débrouiller.

Jeunes, et aventureux, les deux compagnons, après quelques voyages à travers l’Europe, décident de s’aventurer jusqu’en Inde à bord de la Fiat Topolino de l’auteur. Traversant les Balkans, la Turquie, l’Iran, l’Afghanistan, jusqu’à la frontière indienne, ils s’inscrivent dans la lignée historique des grands explorateurs, qui, jusqu’au début du XXe siècle, découvrait le monde. Peut-être dernier grand ouvrage de la littérature de voyage, Nicolas Bouvier âgé de 24 ans nous fait découvrir des mondes, des civilisations, des cultures, si proches et si lointaines. Mêlant émerveillement et réflexions philosophiques ce récit nous entraîne à ouvrir notre imagination, et nous laisser dépasser par une prose sans fioritures, ni emphases. Traversant des pays, des peuples et des civilisations à l’Histoire millénaire (parfois grandiose, parfois décadente) ; Nicolas Bouvier nous fait le récit d’une confrontation de l’Occidental à des philosophies, et des cultures, propices au recueillement et à la réflexion.

Nicolas Bouvier livre dans ce récit de voyage un document formidable sur des cultures et des façons de vivre qui, désormais, sont bouleversées par les guerres et les fanatismes. Ainsi que des expériences qui, aujourd’hui, semblent peu, ou pas, réalistes. Thierry Vernet nous régale également de croquis, et de dessins, certes naïfs et candides, mais qui apportent un peu de fraîcheur, et de repos, dans une description minutieuse, et extrêmement fournie. Parfois ressortent préjugés, et clichés, d’occidentaux confrontés à d’autres peuples, mais légers et subtils, dont il ne faut pas oublier que la publication date des années 60, où la perception de ces pays était différente.

Pour finir laissons la parole à l’auteur, quelques lignes représentatives de toute une vie de voyages, et d’expérience de l’Autre :

« Finalement, ce qui constitue l’ossature de l’existence, ce n’est ni la famille, ni la carrière, ni ce que d’autres diront ou penseront de vous, mais quelques instants de cette nature, soulevés par une lévitation plus sereine encore que celle de l’amour, et que la vie nous distribue avec une parcimonie à la mesure de notre faible cœur. »

« L’usage du monde », Nicolas Bouvier Thierry Vernet, La Découverte, 377 pages, 19.50 €

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