Le Havre n’a pas toujours bonne facture. Trop vide, trop grand, trop gris : rares sont ceux qui s’y aventurent, ne serait-ce que pour un festival. Pourtant, c’est une ville que l’on apprend à aimer. A mieux l’y regarder, elle dégage une énergie brute : celle du béton et des docks, celle de la mer et du vent cinglant. Et celles des festivals, parfois, lorsqu’ils prennent place sur les contreforts de la cité portuaire. Retour sur un weekend au Ouest Park avec crachin normand, boule à facette et pizzas fumantes.

Vendredi. Arrivée tardive au Havre. Au dessus de la cité portuaire, le Fort de Tourneville déploie   trois scènes autour desquelles gravitent un attirail de stands, de caravanes, de jeux de lumières et de food-trucks. Jane Birkin, Synapson et Brook Line ont déjà officié ce soir. Au Tetris, le groupe normand SeRvo semble ravir la scène punk-rock. J’entame les festivités avec Roméo Elvis, déjà-vu cette année aux Trois Eléphants et à Rouen (vive les scènes de l’ouest) et qui n’a pas perdu de son énergie. Fidèle à lui-même, il embrase le public avec des pogo dans lesquels je manque de perdre un bras et des titres que l’on ne présente plus.

Au milieu du Fort, l’immense boule à facette fait sensation. Elle tangue, mi-fascinante, mi-menaçante au dessus de la foule : « la plus grande du monde » annonce t-on, fièrement. La population est énergique et enthousiaste : il semble que le festival soit aussi le rendez-vous des lycéens car mes potes-profs ne manquent pas de croiser quelques élèves dans la foule. Je parviens à me glisser à la fin du concert de Tschegue et entre la transe énergique du groupe afro-punk. La faim se fait sentir : que choisir parmi les alléchants food-trucks ? Des odeurs de poulet mafé s’échappent de l’un, des effluves de frites de l’autre : j’opte pour une pizza cuite au feu de bois à partager avec mes compères avant d’aller voir Médine, tout feu tout flamme dans sa ville natale.

Tshegue © ML

Romeo Elvis © ML

Samedi. Parée pour une deuxième soirée de festival – avec les forces reprises dans la journée et l’énergie flamboyante des apéros havrais-, je gravis à nouveau la colline jusqu’au Fort (tout festival se mérite…) et entame la deuxième soirée avec le duo de rappeurs belges Caballero & Jeanjass. Je les trouve – hélas- plutôt fades et préfère aller commander des bières. Il pleut sacrément fort et nous déambulons de scènes en scènes, encapuchonnés comme des mangemorts dans nos épaisses écharpes. La boule à facettes tangue toujours et le public semble avoir pris dix ans ce soir.

La soirée se poursuit avec BJM -planant- au Tetris puis avec Emir Kusturica qui fait danser le public sur des rythmes balkaniques. Malgré la pluie, le festival offre plusieurs endroits pour chiller, et j’aime l’atmosphère simple et amicale que l’on y trouve. Nous attendons désormais Boys Noyze dont l’extraordinaire DJ-set durera jusqu’à pas d’heure. Il faudra alors fermer les yeux et se laisser emporter par les beats cinglants, futuristes, haletants des machines pour ne revenir à soi qu’au bout de la nuit. En sueur, les pieds en compote, nous pourrons alors clore le festival sur souvenir entre de transe et d’ivresse. Même la pluie sur le chemin du retour, l’infini trajet en train et les baskets blanches devenues noires ne changeront mon avis : les petits festivals, c’est ce qu’il y a de mieux.


Retrouvez la playlist du Ouest Park
#Jesuisalouest #OuestPark2018

© Mickaël Liblin
© Mickaël Liblin
© Mickaël Liblin
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Entre Paris et Rouen, j'explore les territoires de la culture et de l'écriture. Membre de la confrérie des roux, des adorateurs de bière et des passionnés de musique.