La 9èmeédition du festival gratuit Fnac Live à Paris s’est achevée vendredi 5 juillet après trois soirées de concerts qui ont rassemblé près de 100 000 personnes. Retour sur cet événement unique et fédérateur. 

Organisé par la Fnac et la ville de Paris, le Fnac Live défend un joli concept : des concerts entièrement gratuits, une programmation éclectique et exigeante qui convie nouveaux talents et artistes confirmés, et une organisation plutôt bien rodée pour permettre à 100 000 personnes de voir leurs artistes préférés sur la scène du parvis ou bien celle du salon, au cœur de l’hôtel de ville de Paris. Des artistes impliqués, un public ultra réceptif, une ambiance globalement chaleureuse et bon enfant… Retour en quelques mots sur cette édition 2019 du festival préféré des Parisiens.

Votre humble reporter le confesse, il lui était impossible d’assister aux 28 concerts du Fnac Live cette année, car elle n’a pas encore le don d’ubiquité, ni la pêche de ses 20 ans… Voici donc un bilan impressionniste de ces trois soirées qui ont débuté avec un grand nom de la chanson : M. Stephan Eicher.

Stephan Eicher – © Tabea Hüberli

JOUR 1 : De Stephan à Aya

Le chanteur suisse s’avance sous les dorures de la scène du salon et présente, un par un, les quatre excellents musiciens qui l’accompagneront ce soir pour un set acoustique de 50 minutes. Les chanceux dans la salle auront même le privilège d’entendre de nouvelles chansons merveilleuses, comme Prisonnière (suivie de Rivière), que l’on espère retrouver sur son prochain album. Egalement deux chansons en Bernois, heureusement sur-titrées pour que l’on puisse en comprendre les textes très émouvants, notamment celui sur ce vieux couple, à la fin duquel la voix déchirée et déchirante de son interprète nous arrache quelques larmes… Quelques « tubes » sont aussi présents dans la setlist, comme Combien de temps ou le tendre et si subtil Pas d’ami (Comme toi), signé de son partenaire d’écriture Philippe Djian. En rappel, Stephan Eicher nous livre un dernier trésor de l’année 1991 : Tu ne me dois rien, sans doute l’une des plus belles chansons d’amour post-rupture jamais écrite. Décidément, ce Fnac Live commence bien.

Changement d’ambiance sur le parvis, Suzane se nourrit de l’énergie incroyable de la foule pour livrer une performance survoltée avant l’arrivée de celle que toute le monde semble attendre avec impatience : Aya Nakamura. Le public attend et s’échauffe la voix, une Marseillaise se perd au milieu de Djadja et Pookie, et les cris fusent à l’entrée de la popstar, mini-short moulant et crop-top, qui entonne Oula, LE piano-voix « à texte » qui clôt son album (oui oui). L’expérience est marquante : les jeunes adolescents (surtout des filles) hurlent les paroles, couvrant la voix d’Aya qui n’a pas le jeu de scène du siècle mais semble sincèrement émue : « C’est ma première fois au Fnac Live alors merci d’être là ! ». Phénomène indescriptible, et on vous l’avoue, un peu incompréhensible pour nous, Aya Nakamura n’aura laissé personne indifférent ce soir, entre les fans extatiques et les déçus qui s’attendaient à voir un concert plus long.

JOUR 2 : De Roni à Eddy

Retour à une ambiance intimiste en ouverture de ce deuxième jour du Fnac Live avec Roni Alter qui entonnait pour la première fois des chansons de son premier album, très personnel, devant des membres de sa famille… Quel bel écrin que cette scène du salon pour la voix de velours de l’Israélienne, qui envoie des décharges d’émotions sur sa reprise de PNL, A l’Ammoniaque. En guise de final, elle créé un moment de communion avec le public en chantant a capella avec son contrebassiste sa chanson What’s on your mind. Elle sera en concert en décembre au Café de la Danse, et aux vues des belles évolutions de sa proposition en live depuis le Mama Festival en octobre dernier, on a hâte d’y être ! Vient ensuite le Camerounais Blick Bassy qui a aussi fait le choix de l’acoustique et de l’organique pour présenter les chansons de son album 1958 écrit en hommage à l’indépendantiste camerounais Ruben Um Nyobè. Un grand moment musical porté par des cuivres sensibles et une voix poignante.

Pendant ce temps-là, sur le parvis, Clara Luciani embrase la foule avec son timbre chaud et sa Grenade, reprise en chœur par la foule. Charismatique, la chanteuse s’appuie aussi sur de solides musiciens en live pour porter ses chansons vers une autre dimension, ce qui lui a valu la Victoire de la Révélation Scène cette année. Après elle, Nelson Beer intrigue et expérimente avant l’arrivée de Flavien Berger. Avec son allure de mousquetaire derrière ses machines, Flavien s’amuse et emporte l’adhésion du public avec aisance et bonne humeur. Son nouvel album est d’ailleurs sorti comme ça, à l’improviste, hier. En clôture de ce second soir, Eddy de Pretto a fait sauter la foule, non sans un certain pincement au cœur lui qui, quelques années plus tôt, était de l’autre côté des barrières…

JOUR 3 : De Zed Yun à Thérapie Taxi

Le dernier jour du Fnac Live 2019 sera aussi le plus chaud. On en retiendra d’abord le set en toute décontraction de Zed Yun Pavarotti, véritable révélation de ce festival et étoile montante du rap. Mastiquant son chewing-gum, toisant la foule derrière ses lunettes de soleil, son attitude nonchalante tranche avec l’énergie de ses productions qui emballe le public très jeune venu l’écouter. L’artiste est lui aussi content : « Ça m’a fait trop plaisir de jouer devant vous »… Et nous de faire ta connaissance, cher Zed Yun !
On reste dans le même univers avec l’arrivée en grande pompe du duo Columbine, véritables idoles des jeunes, et grosses stars du hip hop. Avec des paroles qui parlent aux adolescents :« N’écoute pas les adultes la vie est belle »(Les Prélis), ou encore leur tube C’est pas grave, une belle énergie en live et un vrai professionnalisme sur scène, Foda C et Lujipeka risquent de faire parler d’eux dans les festivals cet été.

Avant Thérapie Taxi, c’est Hervé qui s’installe sur scène. « Je crois que je suis venu à chaque putain d’édition de ce festival, je suis putain d’ému d’y jouer ! »,lance-t-il spontanément au parterre qui l’accueille chaleureusement. Hervé se donne à fond, reprend son mentor Bashung et fait résonner avec force les mots et les notes dance-pop de son single Cœur Poids Plume. Mais bientôt, il faut laisser la place au duo le plus irrévérencieux de la pop française. Les trublions de Thérapie Taxi, fidèles à leur réputation, lanceront des bouteilles de rhum-coca dans la foule, loueront les alcooliques et feront chanter Paris aux sons de Salop(e), un hymne particulièrement jouissif. Vivement leur deuxième album qui, on l’espère, sera à la hauteur du succès de Hit Sale et de son édition Deluxe, qui regorgeait de petites pépites pop irrévérencieuses.

Cette édition s’achève sur un live d’Agoria, et aura été placée sous le signe du partage et de la découverte, avec des artistes particulièrement investis et émus, et un public jeune et chaleureux. A quoi tient le succès d’un festival comme le Fnac Live et le pouvoir fédérateur de ses concerts ? La réponse c’est peut-être Lili, 16 ans, venue pour applaudir Columbine, qui nous la donne : « Avec leur musique, ils arrivent à me transmettre des émotions. » Vivement l’année prochaine !

Et pour prolonger le plaisir, (re)découvrez notre playlist dédiée à l’événement !