Depuis 1998 se déroule chaque année en Mayenne le festival « Les 3 éléphants » (ou « 3LF » pour les intimes). Établi depuis dix dans la ville de Laval, il mêle musique et arts de rue et propose, dans une atmosphère familiale (mais souvent pluvieuse) une panoplie de concerts éclectiques et pointus. Récit d’une soirée enivrante que l’orage n’a pas arrêté. 

Laval médiéval

Samedi, 16h. Déjà une journée que Laval vibre au rythme de son festival. Laval – la ville- possède un joli cœur médiéval que ses habitants rendent plus accueillant encore en dégainant tables et chaises sur les terrasses et en invitant les visiteurs à s’asseoir avec eux. L’après-midi, plusieurs spectacles s’éparpillent entre les parcs, entre les maisons à colombages et les petites places qui parsèment la ville. On passe avec surprise d’une ruelle dans laquelle se cache un dancefloor, à une scène ouverte sur laquelle on joue Germinal. A Laval, le public est à la fois simple et hétérogène : pas de couronnes de fleur, de paillettes bling-bling ou de festivaliers sapés comme jamais qui se croient à Coachella. On croise plutôt plutôt des mayennais habitués des lieux, des mélomanes et des curieux, souvent venus de l’ouest, que la qualité et l’éclectisme des 3 Éléphants a su toucher.

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Laval tropical

Rapidement, le vent tourne et le soleil écrasant laisse place à de grosses gouttes de pluie. Lonepsi, qui a entamé son concert à la Tour Rennaise doit ranger ses brics et ses bracs et rapidement plier boutique : impossible de jouer en plein air avec l’orage qui s’annonce ! Les ado qui patientaient aux portes du donjon en espérant apercevoir le rappeur ont l’air aussi abattus que des prisonniers derrière une grille. Ils repartent, penaud, à la recherche d’une bière salvatrice. Nous trouvons refuge dans un bar chaleureux du centre-ville et dégustons quelques spécialités locales avant de nous mettre en jambe. La soirée peine à commencer – alerte météorologique ! – mais une fois les portes du festival ouvertes, les festivités vont bon train.

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Laval La Squale

Après quelques bières et un concert peu probant de Biffy & DJ Weedim, la foule attend Moha La Squale. L’orage a cessé mais l’arrivée du rappeur agit comme un coup de tonnerre : il s’agit seulement de sa deuxième scène et le public est hystérique. Vêtu d’un survêt’ rouge Gucci, La Squale débarque, le sourire franc comme celui d’un gosse. Le concert débute avec un des freestyles qui l’a fait connaître, Bienvenue avec La Banane, que l’on chante à tue-tête en pogotant comme des fous. Les ados, les vieux, les gosses affublés de leurs casques anti-bruit : tout le monde semble sous le charme. Dans les semaines qui suivront, la frénésie d’articles sur le rappeur ne fera d’ailleurs que confirmer cet engouement. Et pour ceux qui ne le comprennent pas, allez donc voir La Squale en concert. Sa présence solaire et son énergie brute donnent tout son sens au mot « charisme ». La scène est son espace, son terrain de jeu, et tel un comédien, La Squale happe le public jusqu’à la dernière note.

Laval tribal

Il faudra du temps pour se redescendre sur terre. Suant sous l’effet des pogo et de l’air alourdi, on se dirige pourtant vers l’arène où Roméo Elvis reprend dignement le flambeau du rap. Le rappeur belge à la voix caverneuse s’est déjà constitué un noyau de fans qui arborent son t-shirt croco-style et la salle est pleine. Plus tard, sous le patio, c’est le groupe afro-pop Tschegue qui nous fait vibrer. Les percussions tribales et la danse exaltée de la chanteuse accompagnent, comme un rite chamanique, la pluie qui se remet à tomber.

Laval musical

Retour dans l’arène où s’est installé Rone dans un décor spatial dessiné par Michel Gondry. Sa performance débute, comme à son habitude, avec Down for the cause et plonge le public dans un état entre la transe et le rêve, en apesanteur dans la nuit lavalloise. Enfin, ce sera Loud, nouvelle voix du rap québécois qui viendra clore la soirée sur une petite scène, nous laissant rêveurs avec son titre Devenir immortel et puis mourir. La pluie tombe toujours, les yeux se ferment, et l’on prend le chemin du retour. Merci Laval, c’était doux. 

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Entre Paris et Rouen, j'explore les territoires de la culture et de l'écriture. Membre de la confrérie des roux, des adorateurs de bière et des passionnés de musique.