Tous les professionnels de la musique, entourés d’un public de plus en plus important, se sont donné rendez-vous du 12 au 14 octobre boulevard Rochechouart pour saluer une dense sélection d’artistes émergents. Cent-vingt concerts, pour une douzaine de salles, en seulement trois jours : l’expérience était intense et la balade enrichissante. Revivez à nos côtés les performances de The Slow show, Nouvelle vague, Lucile Crew, Charlie Cunningham, Nusky, The Legendary Tigerman et Clément Bazin. 

Baryton magnétique, lumières rosées et gestes subtils… On commence l’itinéraire musical avec Rob Goodwin à la tête de son superbe quintette sadcore, The slow show. Quelle découverte… Nous assistons, dans la petite salle du Divan du monde, au déploiement pudique et sensible d’une voix grave, vibrante et profonde, vecteur d’un panel d’émotions déchirantes. Délicatement puissant, le groupe parvient à transmettre toute la mélancolie qui innerve ses compositions, aussi poétiques qu’entêtantes. L’atmosphère est poignante, respirant au rythme d’une trompette qui s’élève et d’une voix qui se brise. Nous nous réjouissons au milieu d’un public visiblement séduit par la chaleur de ce groupe tout droit venu de Manchester, venu défendre son nouvel album Dream Darling; Mais aussi, pour les connaisseurs, remuer des souvenirs en interprétant Dresden ou Bloodline, extraits de leur premier album. Un groupe à suivre, épris d’une lenteur et d’une poésie qui nous manquent au moment même où l’on quitte la salle.

 

Dix ! C’est le nombre –remarquable- de membres faisant partie de Lucille Crew. Dix musiciens originaires de la scène musicale de Tel Aviv rassemblés par le producteur Izzy (Isgav Dotan) pour « donner du fun » aux gens. Le collectif formé en 2012 et mené par MC Rebel Sun propose un mix hip hop, funk et soul étonnant et ondoyant. Après un premier EP, le groupe monte sur scène avec l’envie de jouer ces morceaux en live. Résultat : un public conquis et une troupe qui ne s’arrête plus de tourner dans le monde entier. Au MaMA, le groupe tient sa réputation et livre une véritable performance. Fête énergique où l’envie de danser prend même les habituels immobiles du fond de salle. Avec son duo de cuivres enflammés, son guitariste survolté, sans oublier son batteur frénétique, Lucille Crew emporte la foule. Et puis, il y a la voix puissante et hypnotisante de Gal de Paz qui redonnerait presque vie à Amy Winehouse. Avec leurs multiples influences -Muddy Waters, Ray Charles en passant par le Wu Tang ou Nicki Minaj- ils offrent une musique inclassable entre poésie et rythmes électriques. Le dernier EP Restless Mind/ Exhausted Body sorti le 27 mai 2016 en est une preuve.

Direction La Cigale pour retrouver les reprises mythiques du groupe Nouvelle Vague, qui officie depuis 2004 déjà. Joy DivisionDepeche mode, New Order, The Smiths… Presque tous les artistes de la vague new wave sont passés sous les instrus bossa nova du collectif Français. Ils reviennent cette année défendre un nouvel album, qui comprendra pour la première fois des compositions originales (et aussi, bien sûr, de fameuses reprises). On les retrouve donc ce mercredi 12 octobre sur la scène de la Cigale, avec en lumière les belles Elodie Frégé et Mélanie Pain. Véritables actrices, elles interprètent leurs classiques comme Too drunk to fuck avec une énergie et une joie communicatives. Les musiciens ont le sourire aux lèvres (Marc Collin le premier) et les deux chanteuses échangent rires et couplets avec espièglerie. Le groupe se fait plaisir, et se risque même à interpréter l’une de ses compositions originales (à venir sur l’album, donc) : un succès, qui ne nous étonne nullement vu la qualité de la formation. Un vrai plaisir de redécouvrir l’énergie radieuse de ce groupe que l’on aime depuis déjà longtemps.

À mi chemin entre le rap et la pop, Nusky & Vaati se pose déjà comme la relève d’une certaine forme de rap à la française. Des textes crus (Je bouffe des chattes, je bouffe de la MD, ce soir je suis peté, j’ai de l’amour, j’ai de la fierté, je voudrais la baiser tous les jours jusqu’au dernier) et des compositions entêtantes semblent être la recette gagnante du duo. Les deux parisiens se sont rencontrés à la suite d’un échange facebook. A l’époque Nusky découvre la production de Vaati L.O.H pour laquelle il a un coup de cœur et décide de joindre ce dernier. Un message facebook et trois titres plus tard, ils sortent leur premier EP Lecce. Et sur scène ? Le duo est déroutant. Un beatmaker impassible et un rappeur contorsionniste clament une poésie réaliste sous fond de mélodies captivantes. « Un style doux et poisseux », comme ils le décrivent eux-mêmes, dans l’air du temps. C’est sobre, brut et innocent. Debouts sur scène, les deux acolytes enchaînent les morceaux sans artifices, la force des mots et du rythme comme seul outil de persuasion. Et ça marche. Ils reprennent leurs titres phares de Katsuni à Doucement en passant par le plus enivrant de tous, Fantôme. Une prestation encore fragile mais pleine de promesse quant à l’avenir scénique de ces deux-là.

Le théâtre de l’Atlante, niché dans une petite alcôve urbaine en contrebas de Montmartre, est déjà presque plein lorsque nous nous y engouffrons pour découvrir Charlie Cunningham. Doux géant, ce Britannique marqué par de longues années en Espagne nous cloue au sol après seulement quelques secondes d’accords divins. On retrouve, dans ce folk composé avec art, la douceur espiègle d’influences espagnoles, qui se mêlent joliment avec des mélodies aériennes portées avec puissance. Extrêmement talentueux, Charlie Cunningham parvient à briller là où beaucoup d’autres sombrent : accompagné de sa seule guitare, les pieds croisés timidement, il nous emporte avec sa voix vibrante dans les hautes sphères d’un folk aérien. Il vous suffira d’écouter quelques notes de Lights off (son plus grand succès), de Plans ou encore de Breather pour goûter à la sensibilité magnifique de cet artiste. L’une des plus belles découvertes du festival, sans hésitation.

Étonnant que le nom de cet artiste ne figure pas encore en tête d’affiche des plus gros festivals électroniques tant son œuvre musicale est envoûtante. Multi-instrumentiste de génie –il a accompagné Woodkid sur sa tournée pendant plus de deux ans- et professeur au conservatoire d’un instrument original, le steeldrum, Clément Bazin n’a rien à prouver. Après deux EP passés inaperçus et une tournée prenante, il contacte le label Nowadays records (La fine équipe, Fakear, Douchka) avec lequel il signe. Le 10 juin 2016 sort son nouvel EP Return to forever, réunissant des morceaux composés en solitaire dans son studio parisien. Chaud, réconfortant, il imagine des mélodies délicates, organiques à mi chemin entre musique joyeuse et mélancolique. Sur la scène du Mama, le jeune homme fascine, enchaine les morceaux et les performances, accompagné de son instrument de prédilection (le steeldrum). Euphorique, électrique, la musique de Clément Bazin libère le corps, l’âme et emporte dans un voyage lumineux. Rien à ajouter.

 Julie Elisabeth Albesa et Jordie Boillereau. 

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