Le 11 novembre, Julia Holter se produisait à la Gaîté Lyrique. En tournée dans toute l’Europe et « seulement pour quelques heures à Paris », elle a laissé dans ses sillons un parfum de douceur et de poésie.

« Elle est si belle » murmure quelqu’un dans le public. Penchée sur son clavier avec ses longs cheveux bruns, Julia Holter a l’air d’une elfe. Un peu à la façon de Victoria Legrand, l’hypnotique chanteuse de Beach House, elle agite lentement la tête et ferme les yeux quand elle voyage dans les aigus. Pourtant, elle est d’une simplicité et d’une lumière désarmante. Auteure, compositrice, interprète, Julia Holter a fréquenté la CalArts (California Institue of Arts) aux côtés d’Ariel Pink et de Nite Jewel. Si elle joue du piano depuis son plus jeune âge, elle n’a commencé que très tard à chanter. Elle n’aimait pas sa voix, explique-t-elle en interview, et préfère s’adonner à la composition car cela touche de près à son premier amour : la poésie. En 2011, Julia Holter décide de donner une autre dimension à ses poèmes et enregistre seule « Tragedy« . Son second album « Extasis » (2012), inspiré de la mythologie grecque, confirme ce que l’on présentait de son univers lumineux, tendre et sophistiqué. Aujourd’hui, Julia Holter est une chanteuse prolifique et on ne compte plus ses collaborations (Jean Michel Jarre, Ariel Pink, Michael Pisaro ou encore Ducktails) .

https://www.youtube.com/watch?v=m8_ZWlOKsUQ

Portée par les musiciens qui l’accompagnent et avec lesquels elle semble communiquer, complice, avec les yeux, Julia Holter interprète son dernier album, « Have you in my wilderness » avec douceur. Parfois, on s’envole sur les mélopées du saxophone, comme sur « Loud city soung« , parfois on plonge dans l’intimité de la chanteuse, de ses petites histoires et de sa poésie pop-folk. Pourtant, elle ne se livre jamais entièrement. A la façon de Joanna Newson ou de Laura Nyro, elle taille des mots dans la dentelle, accompagnée par la richesse acoustique des instruments qui l’entourent. Elle conserve toujours ce petit quelque chose de mystérieux, cette tendresse particulière.

Finalement, la délicatesse de Julia Holter se niche dans les détails : une note libérée, une phrase chuchotée, un regard complice, une vague malicieuse. C’est ce qui fait de Julia Holter une chanteuse incarnée.

« Figures pass so quickly
That I realize my
Eyes know very well
It’s impossible to see
Who I’m waiting for in
My raincoat » (Feel)

https://www.youtube.com/watch?v=OERixQR-hxY

 

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Un pied à Paris, l'autre à Leipzig, j'explore les territoires de la culture et de l'écriture avec malice. Grand amour pour les chapeaux, les petits-déjeuners, la poésie et les voyages en sac-à-dos. Membre de la confrérie des roux et des passionnés de musique.