Elif Batuman nous mène, avec une grande maîtrise, dans les couloirs de l’Université de Harvard aux côtés de son héroïne, dans un roman drôle et initiatique. 

Selin est étudiante en première année à l’Université d’Harvard en 1995. Ce roman, c’est son histoire, son apprentissage de la vie étudiante. On la suit pendant cette première année souvent chaotique, ce sont tous les premiers pas de la vie étudiante qui sont mis en scène dans ce roman avec humour et compassion.

Les difficultés

En première année en lettres et linguistique, Selin est une étudiante d’origine turque, qui se révèle peu adaptée à la vie universitaire. Perdue dans les matières qu’elle choisit, entre des profs qu’elle écoute sans toujours comprendre leur vision et deux colocataires opposées, Selin tente de trouver sa place. Selin navigue entre ses déboires informatiques, les cours de russe, la grandiloquence de son amie Svetlana et des cours particuliers qu’elle donne au centre social.

« J’avais mon Walkman aux oreilles et lisais- Le Père Goriot-. Le précédent propriétaire de mon exemplaire, Brian Kennedy, avait systématiquement souligné les phrases les plus insignifiantes et incongrues de tout le livre. »

Le portrait de Selin brossé par Elif Batuman est celui d’une adolescente qui découvre l’independance, une nouvelle ville et une nouvelle vie. C’est d’une maladresse touchante et drôle. Les épisodes parfois absurdes qui parsèment le roman nous font sourire et rire. A mi-chemin entre un carnet de route et un roman d’apprentissage, Selin découvre la vie universitaire.

C’est un parcours pour la jeune femme, celui aussi de l’appréhension des autres. Ses colocataires, l’espace restreint de vie, son amie Svetlana et ses vies multiples ou bien encore ses amours avec Ivan, étudiant en maths. On vit avec Selin les rites d’initiation, elle apprend et tire des leçons.

Etre au monde

Mais derrière la maladresse de Selin, c’est la question de l’identité qui est posée et celle d’être au monde, dans le monde. Selin ne connaît pas les codes, elle ne cherche pas à les éviter, elle se sent juste en marge de ses camarades. Perdue dans cette masse, face à la vie sociale de ces autres, à la multitude des savoirs, elle cherche une place.

« Je me suis mise à arpenter ma chambre de long en large, frappée de plein fouet par la douleur. Je ne savais que faire de moi-même. Je n’arrivais pas à me figurer ce que je ferais de mon corps dans le temps et l’espace, chaque minute du reste de ma vie. »

Ce parcours, cette année universitaire, c’est la quête d’une place. Une place qu’on choisit et qu’on désire. Rapidement, Selin va mettre en place des mécanismes automatiques, les marches le long du lac, des emails énigmatiques avec Ivan, les rendez-vous avec Ralph, tout en se questionnant sur ses actes.

Etre pour le personnage, ca sera être avec la littérature aussi. C’est ça, qu’elle cherche et qu’elle explore, sa voix dans/avec la littérature. Elif Batuman écrit un portrait saisissant, drôle et percutant. Un roman sur comment se trouver lorsqu’on se sent à part.

« L’Idiote », Elif Batuman (traduit par Manuel Berri), Editions de L’Olivier, 528 pages, 23,50€