L’autrice de la newsletter #Règle30 met en scène dans son premier roman quatre jeunes femmes qui ne savent pas vraiment où elles vont et où elles en sont, et qui finissent par se lancer un défi : monter une start-up pour créer une application qui aide les femmes à suivre leurs règles.

Alice n’en peut plus de son job, Myriam est en colère et déverse sa haine en 280 signes sur Twitter, Françoise occupe tout son temps libre à lire des fanfictions entre deux hommes et Laura va perdre sa mère d’un cancer en phase terminale. A priori, pas le combo gagnant pour faire face au déferlement de violence et de sexisme qui risque bien de les attendre alors qu’elles se lancent un double défis. Une start-up qui se crée et qui n’emploie que des femmes, c’est déjà peu commun. Alors quand elle travaille à la création d’une application sur les règles, ça en devient carrément impossible.

« Dans la salle d’attente, Alice prit une grande inspiration et invoqua mentalement les visages d’entrepreneurs connus pour se rassurer. Elle pensa à Steve Jobs, à Mark Zuckerberg, à Elon Musk. Elle réalisa qu’aucun nom de femme ne lui venait à l’esprit. »

Leur application, c’est vraiment l’entrée dans l’espace public des menstruations – sujet dont les hommes n’acceptent d’entendre parler que si on évoque leur absence parce que les femmes sont enceintes. Ainsi, Alice fait le constat que si des applications qui permettent aux femmes de suivre leurs cycles menstruels existent, elles le font uniquement dans l’objectif de les aider à devenir mères. Ce qui signifie que les femmes connaissent mal leur corps, et doivent souvent subir l’humiliation de la tâche de sang parce que les règles les ont prises au dépourvu. Alors Alice réunit autour d’elle une équipe 100% féminine, avec deux développeuses et une graphiste.

App et sexisme

Mais les quatre jeunes filles se heurtent assez rapidement aux obstacles du patriarcat et du sexisme : elles ont du mal à entrer dans un incubateur, ce qui leur apporterait environnement, suivi et coaching, mais surtout à décrocher les premiers investisseurs qui leur permettraient de véritablement lancer leur app. Elles font également face à des vagues de haine en ligne et de cyberharcèlement sur les réseaux sociaux quand elles annoncent la création de leur start-up. Tout les pousse à s’interroger sur leur légitimité. « Elle avait eu l’idée de cette start-up parce qu’elle voulait se sauver d’un travail ingrat (elle osait se plaindre alors qu’elle avait un travail). Elle était cheffe de ce projet parce qu’elle était arrivée la première (pas parce qu’elle était la meilleure). »

Alice Ronfaut-Hazard offre une plongée vertigineuse dans le milieu des start-ups, qui semble avoir du mal à donner sa chance à celles et ceux qui ne lui ressemble pas : une lesbienne, grosse et asiatique, une Noire, une Maghrébine et une blanche pleine de tatouages peinent à se faire leur place. L’autrice touche à des sujets qui contribuent encore à l’invisibilisation des femmes dans l’espace public, que ce soit au niveau financier qu’au niveau de leur corps, et à la violence qui s’abat sur les femmes qui essayent de changer les règles du jeu. D’une écriture fluide et à travers laquelle on ressent – et partage – sa rage, Alice Ronfaut-Hazard signe un très joli premier roman.

« Les règles du jeu », Lucie Ronfaut-Hazard, Editions la ville brûle, 232 pages, 17€