Alors que les maisons d’édition nous proposent leur sélection pour la rentrée d’hiver 2018, la rédaction d’Untitled Magazine a voulu vous offrir, pendant plusieurs semaines, une rétrospective des livres qu’il ne fallait pas manquer en 2017. Mais surtout, nous avons choisi de mettre l’accent sur les livres qui sont parfois passés inaperçus mais qui méritent tout de même qu’on parle d’eux. Voici les cinq premiers.

Pourquoi les oiseaux meurent, de Victor Pouchet

Un jeune lettré parisien délaisse sa thèse le temps d’enquêter sur de curieuses chutes d’oiseaux morts survenues dans sa Normandie natale. A bord du Seine Princess, il entame une curieuse croisière initiatique qui le mènera de découvertes en introspections sur les traces de son passé, avec son lot de rencontres et d’aventures. On embarque volontiers aux côtés de ce narrateur drôle et torturé dont les fêlures nous touchent et nous rapprochent. Dans ce premier roman un peu court mais intense, Victor Pouchet oscille entre la spontanéité du journal intime et la précision d’un reportage journalistique, le tout dans un style vif et assuré, celui d’un écrivain né.

« Pourquoi les oiseaux meurent », Victor Pouchet, Editions Finitude, 192 pages, 16,50 €.

Beaux rivages, de Nina Bouraoui

Après huit ans d’amour, Adrian quitte A. pour une autre femme. Et une rivale est à l’origine de cette séparation. Adrian la trompait depuis des mois. Une rupture brutale qui met fin à 8 ans de vie commune. Beaux rivages devient alors la radiographie de cette séparation. De la descente aux enfers de cette femme qui semble tout avoir perdu, puis qui renaît petit à petit et retrouve goût à la vie. Dans ce roman, Nina Bouraoui rend hommage à « tous les quittés du monde ». Ceux qui un jour ont perdu l’envie d’avancer perdant la foi en voyant disparaitre leur bonheur. L’auteure y dissèque toutes les phases de ce chagrin. Malgré le fait que la rupture amoureuse soit un thème récurrent en littérature, ici Nina Bouraoui la traite à l’époque des réseaux sociaux. Et internet ne facilite jamais le deuil.

« Beaux Rivages », Nina Bouraoui, Edition Livre de Poche, 224 pages, 7,10 euros

Ma mère, cette inconnue, de Philippe Labro

Et si faire le portrait de sa mère, n’était pas une manière de donner des racines à son identité ? Avec ce roman, Philippe Labro rassemble les pièces manquantes au portrait qu’il fait de sa mère Netka, de son enfance en Pologne en passant par son arrivée à Paris. Tout au long de ce roman introspectif, l’auteur-narrateur nous fait partager son cheminement vers la reconstitution difficile de l’identité maternelle. Face à une femme à la personnalité et au passé mystérieux, on suit l’auteur dans ses interrogations intimes, ses doutes et ses frustrations. Ma mère cette inconnue est un portrait sincère, complexe et un témoignage d’amour profond d’un homme pour sa mère qui demeure un mystère.

« Ma mère, cette inconnue », Philippe Labro, Editions Gallimard, 192 pages, 17€

 

Il y avait des rivières infranchissables, de Marc Villemain

Un doux parfum sucré de l’enfance et le récit des premiers émois amoureux, voilà ce que propose Marc Villemain. Dans une compilation d’histoires courtes, l’auteur nous transporte avec une grande poésie, d’un flirt des vacances d’été, au premier amour du lycée et ses maladresses. Les premiers amours sont peints comme étant des rivières infranchissables. On pourrait alors s’attendre à un style « fleur bleue » et une exploration artificielle des sentiments. Mais c’est avec élégance, finesse, justesse et douceur que chaque histoire nous plonge dans des moments, images et émotions enfantines et adolescentes. Sur fond de cheveux aux vents, effleurement de la peau au bord de l’eau, ce livre est une invitation au voyage des souvenirs passés et un régal littéraire pour petits et grands.

« Il y avait des rivières infranchissables », Marc Villemain, Joëlle Losfeld éditions/Gallimard, 152 pages, 14,50€

 

Où atterrir ? Comment s’orienter en politique, de Bruno Latour

Face aux nouveaux défis produits par la globalisation, le philosophe Bruno Latour veut dresser un bilan. Ce processus a permis, selon lui, l’éclosion de trois phénomènes liés : la crise migratoire, l’explosion des inégalités et le changement climatique. Dans un contexte post-Guerre Froide où on parlait de Fin de l’Histoire, Latour tente de recomposer les paradigmes même de la « politique », en redessinant des oppositions plus actuelles que « droite/gauche » ou « conservateur/progressiste ». Véritable guide des temps qui s’ouvrent, Latour veut rediriger les réflexions vers le sol, ce qu’il appelle le Terrestre. Contre des élites qui auraient abandonné l’idée d’un monde commun, il veut proposer un projet de redéfinition des territoires à défendre, pour appréhender les enjeux auxquels nous devons répondre. Une lecture déroutante, qui aura au minimum le mérite de questionner notre rapport à la politique et au monde.

« Où atterrir? Comment s’orienter en politique, Bruno Latour, éditions La Découverte, 160 pages, 12€

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