Douglas Kennedy, auteur de la trilogie La symphonie du hasard et d’Isabelle, l’après-midi, signe avec son tout dernier titre Les hommes ont peur de la lumière un titre social et féministe dans un Los Angeles bouillonnant.

Uber is watching you

Brendan, ancien ingénieur en électricité, est désormais chauffeur chez Uber. Un métier qu’il se force à faire par dépit et non par choix : « Uber s’était imposé comme le moyen le plus rapide pour moi de recommencer à travailler sans être pour autant sous les ordres d’un patron. » Dans ce métier qui lui donne peu de reconnaissance, il tente de voir les bons aspects et de se distraire comme il peut loin de la monotonie des gestes répétitifs. Chaque client a une histoire, et dans ses courses, longues comme courtes, il essaie de la deviner : que ce soit par leur style vestimentaire ou par la destination de la course, chaque élément a son importance dans ce jeu de détective occasionnel.

Mais malgré les apparences tranquilles de ce travail à la grande flexibilité, Brendan se sent piégé par Uber : si un client se plaint pour une raison infondée, c’est lui qui en paiera le prix et perdra sa seule sources de revenu, idem si il répond à des insultes. Quoiqu’il fasse, il sera fautif et risquera de perdre son emploi au moindre dérapage, au moindre commentaire négatif sur l’appli : « on a pas intérêt à recevoir la moindre plainte, ni à ce qu’un passager signale que notre véhicule est endommagé (avec un pare-chocs cabossé, par exemple), parce qu’on risque de perdre immédiatement le droit de conduire pour Uber. »

Ce que Brendan ne savait pas en s’inscrivant comme chauffeur pour Uber, c’est qu’une course « anodine » risquait de chambouler sa vie.

Un kaléidoscope de la société américaine

Au fil des courses, Brendan côtoie toutes sortes de clients : des hommes d’affaires à la ménagère en passant par de jeunes étudiants ivres rentrant de soirée. Et chaque course à son lot de surprises, plus ou moins bonnes. A travers ces clients de tout horizon, le lecteur dresse petit à petit un portrait éclectique de la société américaine, avec ses bons et ses mauvais aspects. Parmi ses clients marquants, on trouve entre autres Élise, une professeure universitaire à la retraite qui se charge désormais d’accompagner les personnes à leur avortement. Un thème très polémique aux États-Unis et qui divise la population entre les « provies », ceux qui sont contre l’avortement et considèrent cet acte comme un meurtre, et ceux qui sont pour l’avortement. C’est aussi un sujet qui a ses extrémistes et certains n’hésitent pas à attaquer directement certains centres d’IVG légaux dans le pays. Ce jour-là, après que Brendan a déposé Élise, une attaque est déclarée au lieu de sa dernière course… Sans réfléchir, il fait demi-tour pour tenter de lui porter secours… Cet événement traumatique ne sera que le début d’une lutte en perpétuelle continuité pour les droits des femmes, mais aussi d’une réflexion intérieure pour notre héros.

Les hommes ont peur de la lumière est un roman haletant dans lequel on se prend rapidement au jeu. Entre roman sociétal et féministe, Douglas Kennedy se réinvente encore une fois avec brio et nous emmène à L.A, une ville où le soleil caniculaire côtoie la violence des hommes et de la société, révélée au grand jour.

« Les hommes ont peur de la lumière », Douglas Kennedy (traduit par Chloé Royer), éditions Belfond, 264 pages, 22 euros.