Qui sommes-nous ? Qu’est-ce qui fait de nous ce que nous sommes ? Avec ce quatrième roman, l’américaine Vendela Vida nous offre un récit immersif et audacieux qui nous entraîne avec son héroïne dans une profonde quête d’identité.

« Tu es au Maroc et tu as perdu ton sac à dos ». L’héroïne, une trentenaire – dont on ne connait pas le nom -, américaine, se rend au Maroc seule suite à un terrible événement. A son arrivée, lors de son enregistrement à l’hôtel, elle se fait voler son sac et ses papiers d’identité. Adieu passeport, cartes de crédit, argent liquide, ordinateur portable et appareil photo. Et pourtant, lorsqu’elle déclare ce vol à la police locale, ils lui restituent par erreur un passeport qui n’est pas le sien.

Sans hésiter, elle décide d’endosser cette nouvelle identité. Et voilà qui s’en suit une série d’imprévus, plus loufoques les uns que les autres. A commencer par cette mystérieuse proposition d’un réalisateur de remplacer la doublure d’une célèbre actrice américaine. Une bonne occasion pour l’héroïne de changer de masque une nouvelle fois, et de se faire oublier des autorités. « D’habitude, ton style n’est pas très différent de celui de l’équipe du film, mais tu comprends aujourd’hui que le monde – représenté ici par le directeur de l’hôtel Regency de Casablanca – te voit différemment quand tu es habillée comme ça et que tu camoufles avec du maquillage les irrégularités de ta peau ».

Suspens burlesque

Mais qui est réellement cette mystérieuse héroïne qu’on suit depuis le début ? Comment s’appelle-t-elle ? Pourquoi avoir fui Miami soudainement, sans personne ? On découvre peu à peu, grâce aux indices livrés par la romancière, une jeune femme blessée, complexée, traumatisée par de nombreux souvenirs, et marquée par son passé aussi bien sur la peau que dans son corps. Écrit à la deuxième personne, ce récit, extérieur à la narratrice, comme si elle s’observait, nous transporte vers une profonde quête existentielle.

« Tu ne crois pas avoir déjà porté une jupe plissée et un chemisier cintré à manches longues avec un foulard, mais tu décides que dorénavant tu le feras plus souvent ». En s’oubliant, délestant le poids du passé, l’héroïne se réinvente à chaque nouvelle rencontre, expérimentant une nouvelle forme de liberté. L’héroïne, c’est nous. L’héroïne, c’est elle. Embarquée dans une fuite en avant, sur une pente de plus en plus raide, elle apprend à s’accepter, s’aimer, se supporter.

Un roman troublant et déstabilisant, offrant avec subtilité et humour, une belle réflexion sur l’identité, le corps, l’apparence mais aussi la manière dont nous sommes vus et perçus.

« Les habits du plongeur abandonnés sur le rivage », Vendela Vida, Edition Albin Michel, 256 pages, 21,50 euros