C’était l’été 2018 et ses jours de liesse. C’était le 15 juillet, les fumigènes dans les rues de Paris, les klaxons retentissant toute la nuit, la joie pure. Nous sommes champions du monde, pendant quatre ans. Et ça, il y a toujours une personne parmi vos proches pour vous le rappeler. Quoi de mieux alors, qu’une sélection de livres sur le football ?

« Paris dans les veines »,  Damien Dole

Journaliste à Libération, Damien Dole a lancé l’été dernier un format d’articles sur le transfert retentissant de Neymar Jr, qui faisait entrer le Paris SG dans une nouvelle dimension. Jour après jour, ce supporter du PSG racontait l’attente, le stress, nous embarquait à bord du grand huit qu’a été ce transfert. De cette série d’articles est né un livre, Paris dans les veines. 365 jours racontés en brèves, comme un journal intime.

Intime, ce livre l’est. Damien Dole ne prétend pas généraliser ce qu’est un vrai supporter du foot, ou un vrai supporter du Paris SG. Il nous permet juste de partager son quotidien, lui qui n’a pas manqué un seul des matchs du PSG depuis plus de dix ans. Ce livre nous plonge dans ses souvenirs : ceux du Virage Auteuil et de la tribune G, avant la mise-en-place du plan Leproux qui a chassé les ultras du Parc des Princes en 2010, ceux des Classiques et des victoires parisiennes, ceux des échanges de cartes d’abonnés. D’une page à l’autre, nous suivons aussi la progression lors de la saison 2017-2018 du club parisien, qui marcha sur l’eau en Ligue 1 et qui avait tant d’espoirs pour la Ligue des Champions… jusqu’à son élimination par le Real Madrid, futur vainqueur. Comment gère-t-on la défaite alors ? Le vide que laisse derrière soi la compétition, l’absence de l’adrénaline que nous apportent les grandes compétitions ?

Damien Dole nous livre un récit quotidien plein de bienveillance, avec ses ressentis sur l’évolution de son club, sur l’émergence du football féminin, sur le poids de l’argent et du Qatar, sur la rivalité entre Paris et Marseille, sur les répressions qui pèsent sur les supporters ultras, sur la beauté du PSG et sa relation à la ville…

Le format du livre, tout en brèves, rend la lecture agréable. On peut prendre le livre, lire ce qu’il s’est passé durant quelques jours l’année dernière, et le reposer. Paris dans les veines est une lecture qui ne sera ni réservée aux supporters du PSG, ni aux passionnés invétérés de football et qu’on vous recommande chaudement.

« Paris dans les veines », Damien Dole, Editions Marabout, 240 pages, 16,90€

« Contre Allez », Alexis Berg

Le bijou de cette sélection, intitulé Contre Allez, est signé Alexis Berg. Un livre découvert au hasard, en fouillant Twitter, finissant par tomber sur un quatuor de photographies, et une promesse : l’envers de la Coupe du Monde 2018. Des fumigènes devant l’Arc de Triomphe, ce 15 juillet béni, aux poupées russes photographiées à côté des ballons de foot dans des rayons souvenirs, en passant par nous, le commun des mortels, les spectateurs perdus dans la foule, en Russie ou en France, ou les indifférents. Et des détails, surtout, à analyser de page en page.

Le livre se scinde en deux, la « Contre plongée en Russie » et le « Contre Champs ». La première partie illustre les efforts du pays hôte et de la FIFA à faire oublier leur réputation respective, à grands renforts de campagnes marketing, de dispositifs policiers et de mise en lumière des champions irréprochables, des beaux gestes. Fini les histoires de corruption, de violence, d’inégalités, on veut du football, du vrai. Alors Alexis Berg photographie le stratagème : les rayons d’alcool fermés aux alentours des stades, les fan zones soigneusement érigées en face des monuments russes et vidées des hooligans, les souvenirs aux effigies de Neymar, C. Ronaldo et Messi. Et focalise son objectif sur les drapeaux blanc-bleu-rouge, symboles d’une unité nationale créée ponctuellement et portée par le football, non sans rappeler ce qu’il se passait à des milliers de kilomètres de là, en France. D’autres sujets sont abordés : la célébration évidente de la masculinité, très peu remise en question, l’exploitation des corps durant les grands événements sportifs… L’envers du décor, longtemps caché, soigneusement oublié, et trop souvent qualifié de rabat-joie.

« Contre Champs », la liesse de ce soir de juillet. On regarde cette série de photographies avec l’oeil aiguisé par les observations de la partie précédente. Il y a les images que nous avons vécues, la joie dans la rue, et la construction du récit national autour de cette victoire, que nous devrons désormais réconcilier avec ce que l’on a appris, ce que notre mémoire sélective sera tentée de balayer sous le tapis. Un paradoxe qu’Alexis Berg couche sur papier par ces derniers mots : « Nous étions des millions à Paris. Réunis seulement pour avoir pris au sérieux, pour quelques heures, cette promesse d’avoir, enfin, tous gagnés. »

Contre Allez est un très beau projet d’étude sur le football, la nation et le lien entre les deux. Les photographies sont maîtrisées, et tissent un fil conducteur qui nous pousse à nous interroger. Français, nous garderons un regard ému et victorieux sur la Coupe du Monde 2018, mais que cachait l’événement ?

« Contre Allez », Alexis Berg, Editions Mons, 19€

« Une histoire populaire du football », Mickaël Correia

Au fait, c’est bien beau d’avoir conseillé déjà deux livres sur le football, mais c’est quoi, ce sport ? Il est né où, quand, comment ? Nous, on avait plutôt le dix-huitième siècle en tête, alors on a été plutôt surpris en lisant les premières lignes d’Une Histoire populaire du football de Mickaël Correia. On retrouve en effet des mentions du « football » dès le XIVème siècle. Et depuis ?

Depuis, le sport a certes évolué dans les règles, mais a aussi connu de profonds changements, de progrès et parfois de retours en arrière. Surtout, le football n’a cessé d’être un marqueur social important. Les premiers clubs sont nés dans les usines anglaises, pour cadrer les ouvriers, entretenir leur corps (et donc leur capacité de production) et les détourner du syndicalisme. Peu à peu, le sport est devenu professionnel. Mais toujours, il est resté arme et symbole politique. C’est ce que Mickaël Correia démontre, dans un ouvrage recherché et complet.

Il paraît peut-être moins récréatif que les deux livres que nous vous recommandions précédemment, mais il serait quand même dommage de passer à côté. Parce que si Paris dans les veines illustrait à quel point le football peut changer le quotidien d’un individu, Une Histoire populaire du football prouve lui que ce sport a eu des impacts importants sur nos sociétés. Parfois, ces changements ont été tués dans l’œuf et, à l’orée de la Coupe du Monde de football féminin, il est saisissant de lire qu’après la Première guerre mondiale, l’équipe féminine la plus en vue d’Angleterre, les Dick, Kerr Ladies, remplissait des stades de 53 000 spectateurs. Un engouement que supportait difficilement la fédération anglaise, qui décida d’interdire aux clubs de football masculin de prêter leurs stades aux équipes féminines affiliées en 1921. Ces dernières s’éteignirent peu à peu et le football féminin devint une anormalité, et ce pour plusieurs décennies. On se prend à rêver d’une société qui aurait célébré avec autant de ferveur les footballeuses que les footballeurs.

Mickaël Correia a écrit un essai historique d’une richesse certaine, qui ne s’arrête à aucune frontière. Loin du football business et des empires aseptisés que sont devenus le FC Barcelone ou Manchester City, nous allons en Palestine suivre l’influence du conflit israélo-palestinien sur les équipes nationales palestiniennes, à Paris avec les Dégommeuses qui luttent contre les LGBT-phobies et le sexisme, au Nigeria où le football devient un instrument anticolonialiste dans les années 40 et 50…

Ce livre nous rappelle l’essence même du football et sa capacité à rassembler et lier les foules. Divisé en cinq parties aux titres énigmatiques – Défendre, Attaquer, Dribbler, Supporter et Déborder – nous ne pouvons que vous en recommander la lecture pour en découvrir leur contenu.

« Une histoire populaire du football », Mickaël Correia, Editions La Découverte, 416 pages, 21€