À l’heure où Paris peut presque s’arpenter de jour comme de nuit, sans limitation de temps ou de kilomètres, Eric Hazan, éditeur et écrivain, fondateur des éditons La Fabrique, signe un court et vif ouvrage sur les multiples vies de la capitale française. Le tumulte de Paris, en librairie.

Alors que chaque semaine sort un énième article sur l’exode urbain et plus particulièrement sur la fuite des Parisien.ne.s vers la campagne, et qu’il est de bon ton de critiquer les dérives des grandes métropoles entre centralisation, gentrification et muséification, Eric Hazan affirme, avec chaleur, la vitalité protéiforme de Paris.

Avec pour modèle Le Tableau de Paris de Louis-Sébastien Mercier, une série de volumes composée de textes courts écrits à la fin du XVIIIème siècle, Le tumulte de Paris invite à parcourir la ville à travers de brefs textes, taillés pour un arrêt en terrasse ou un trajet en bus – hors de question de laisser le métro cacher sa vue. Se différenciant des guides servant un âge d’or parisien dans lequel habitant.e.s et visiteur.se.s actuel.le.s ne pourraient que souhaiter vivre par procuration passéiste, Hazan aborde sa ville au présent. Et c’est là l’une des fraîcheurs de ces lignes sorties en cette fin de printemps déconfinée. L’auteur flâne, musarde, contemple, soliloque et donne à la volée des adresses appréciées (cafés, restaurants, librairies, etc).

Pour autant ce parcours contemporain ne s’interdit pas des digressions historiques : qu’est devenu le Paris surréaliste de Breton et consorts ? Et le Paris d’Heinrich Heine ? Et celui de Walter Benjamin ? Loin d’étouffer son présent, ce substantiel passé révèle l’éternelle primeur de Paris. Haro donc sur le conservateur « c’était mieux avant », la ville se renouvèle sans cesse, nourrie par les multiples passages d’hommes et de femmes qui y interagissent. Les librairies se comptaient par dizaines à Saint-Germain des Près il y a quarante ans ? Eh bien maintenant c’est dans l’Est parisien, de l’autre côté de la Seine, qu’on les trouve en grand nombre. Hazan plonge ainsi dans cette agitation à laquelle Paris est si souvent associée, étayant, entre passé et présent, sa plasticité. Il n’est dès lors pas question d’une défense aveugle d’un présent qui pousse toujours plus de l’autre côté du périphérique les populations populaires, mais de réaffirmer le « public » (et sa diversité) dans l’« espace public ». C’est en ce sens que certains passages du livre viennent nourrir de leurs propositions les réflexions actuelles sur la toponymie de Paris, l’avenir du mur de scission classiste qu’est le périphérique et la place des statues dans le paysage urbain.

Des « Quartiers » jusqu’au « Bruits de la rue », en passant par les « Mendiants, mendiantes » et « Jean-Paul Sartre », cette trentaine de textes, d’une subjectivité assumée, constitue une cosmogonie particulière dont on ne pourrait envisager la fin sans l’arrêt des pages. Autrement dit, établi dans une mise en abîme de curiosités pour Paris et pour les vivantes positions qu’elle stimule, le point final de cet énergique Tumulte de Paris apparaît davantage comme transitoire, rejoignant là la sempiternelle mutation de la vi(ll)e.

« Le tumulte de Paris », Eric Hazan, Editions La Fabrique, 2021, 136 pages, 12 euros.

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