Forme de tragédie judiciaire, Le procès du cochon met en scène ce qui a existé en France à une autre époque : le jugement des animaux, comme s’ils étaient des hommes. Un roman dérangeant mais réussi.

Un cochon affamé croque l’épaule et la joue d’un nouveau-né, entraînant la mort du garçon. On arrête alors le coupable et s’évertue à le juger. Du procès à la condamnation, l’idée que le coupable est un animal ne semble gêner personne, et n’est même pas toujours mentionnée.

Le procès du cochon, divisé en actes, se lit comme une pièce de théâtre tragique se déroulant dans une autre époque dont on n’a pas les codes : le ton est simple et neutre, et l’absurdité de la situation détonne par rapport à la description abrupte et sans embellissements d’une situation qui ne semble choquer que le lecteur. Les policiers ne sont pas surpris que le prévenu ne prononce aucun mot ; la mère du nouveau-né ne comprend pas de ne trouver qu’indifférence et vide dans ses yeux ; les matons ne semblent pas voir le rapport entre le fait que l’accusé soit un cochon et son incapacité à garder sa cellule propre.

Le « croqueur » et l’échaffaud

Un des talents d’Oscar Coop-Phane réside dans la forme de détachement et de neutralité qu’il utilise dans le récit. Il met en place une écriture sèche et directe – à l’exception de la délicatesse concernant certaines remarques sur la nature -, ce qui permet un détachement complet du lecteur par rapport aux personnages et à l’intrigue. L’atmosphère du Procès du cochon n’en est que plus triste et lourde, les personnages – que l’auteur passe en revue à la façon de personnages de théâtre dans l’une des parties du livre – sont malheureux, minés et résignés. Le roman en devient par moment glauque et il rend mal à l’aise.

En plus d’un travail sur des personnages auxquels on ne peut réellement s’attacher, Oscar Coop-Phane met en scène des problématiques qui ne peuvent qu’interroger le lecteur, mais qui sont traitées par les personnages comme issues de la normalité. Ainsi, torture et peine de mort sont monnaie courante dans cette société qui amène devant les juges un cochon. Et son avocat est le seul qui semble saisir l’absurdité de la chose, mettant le doigt sur une question très importante de la justice des hommes : « Je vous mets au défi de trouver en lui de la responsabilité. Je vous mets au défi de le juger comme un homme. »

Dérangeant mais aux qualités stylistiques certaines, Le procès du cochon est une forme de tragédie mettant en scène le tribunal des hommes, avec tout ce qu’il contient d’absurde et d’animal.

« Le procès du cochon », Oscar Coop-Phane, Editions Grasset, 128 pages, 12€