La Maison de Victor Hugo se penche, jusqu’au 23 avril 2017, sur la mise en image d’un fameux poème du maître français : « la Pente de la rêverie ».

Le principe de l’exposition est assez ambitieux. Il propose de mettre en parallèle poésie et arts plastiques. Si cette première étape semble difficile et relève des problématiques de la mise en images des mots -et qui plus est de ceux de la poésie-, le challenge ne s’arrête pas là. L’exposition s’interroge sur la réception actuelle de la poésie d’antan et sur son partage. Ce partage, cette entente souhaitée, sont partis d’un travail collaboratif entre deux artistes contemporains (Anne Slacik et Jean-Christophe Ballot) mais aussi avec huit poètes et dix classes d’élèves de seconde ou de première de l’académie de Créteil issues de lycées professionnels ou généraux.

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Jean-Christophe Ballot, Sainte Marguerite, 2014., © Jean-Christophe Ballot

Un poème au cœur du romantisme

145 vers, une langue parfaite, de sublimes figures de style, et un propos universel. Le rêve en est le principal acteur. Il représente, pour le romantique qu’est Victor Hugo, ce par quoi l’on accède à la vérité du monde, aux limites de la terre et aux confins du cosmos. Il permet voyage et introspection, questions, angoisses et bonheurs. Écrits en 1831, dans le recueil Les Feuilles d’Automne , « la pente de la rêverie » commence par ces vers « Amis, ne creusez pas vos chères rêveries ; / Ne fouillez pas le sol de vos plaines fleuries ; / Et quand s’offre à vos yeux un océan qui dort, Nagez à la surface ou jouez sur le bord ; / Car la pensée est sombre… ». Victor Hugo parle à chacun d’entre nous, éclairant d’images communes ce que nous vivons les nuits où nos inconscients s’agitent. C’est ce langage commun et magnifiquement mis en mots dont s’emparent la maison de Victor Hugo et ses invités.

Victor Hugo (1802-1885). "Chaussée". Plume et lavis d'encre brune, 1850. Paris, maison de Victor Hugo.
Victor Hugo (1802-1885). « Chaussée ». Plume et lavis d’encre brune, 1850. Paris, maison de Victor Hugo.

Un partage au sens large, une lecture à sens multiple

Si la première salle est affairée à présenter l’exposition et le long poème sur lequel elle s’appuie, chacune des autres pièces se concentre sur l’un des versants de sa lecture. La première, assez éclectique et aux supports plastiques plus ou moins intéressants, recense les travaux des diverses classes de lycée. D’une installation centrale en forme de porte, à plusieurs films et dessins, en passant par des créations textiles, le propos est divers, aussi salutaire qu’ambitieux. La seconde met en parallèle les explorations classiques et artistiques des peintres et graveurs tels John Martin ou François de Noé, et la troisième s’appuie sur des travaux contemporains créés en rapport direct avec le poème. Cette dernière salle oscille entre les peintures abstraites d’Anne Slacik et les photographies figuratives et oniriques de Jean-Christophe Ballot.

L’exposition a pris un parti difficile qui s’appuie plus sur la réinterpretation d’un poème, ce en faisant appel à différents médiums. Si le propos est de fait survolé, il a le mérite d’être éclectique et d’avoir fait travailler différents interlocuteurs. On salue l’initiative !

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Et pour avoir touché quelque énigme fatale, De ce voyage obscur souvent on revient pâle !, photographie de Manon Febvre, © lycée Suger Saint-Denis


Les pente de la rêverie, jusqu’au 23 avril 2017,
Maison de Victor Hugo, 6 place des Vosges, 75004 Paris
Tarif plein : 8€, tarif réduit : 6€

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Rédactrice en chef de la section art - La tête en l'air, les yeux droit devant, le cœur accroché, la main vive, la langue déliée et l'amour de l'art, toujours.