Le Grand orchestre des animaux à la fondation Cartier

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© Manabu Miyazaki

Du 2 juillet au 8 janvier 2017, la fondation Cartier propose avec son exposition le Grand Orchestre des Animaux une magnifique fresque sonore et visuelle. Un très bel appel artistique à la méditation sur le monde animal. 

L’exposition est un hommage au monde (qui fût un règne !) animal : de la polyphonie vocale à la beauté des images, Le Grand Orchestre des Animaux s’inspire de l’oeuvre de Bernie Krause. En grand musicien (il a collaboré avec les Doors et Van Morrison) et scientifique de l’écoute, il consacre sa vie à faire connaitre la diversité et la beauté du monde sonore animal, qu’il a appelé biophonie. La Fondation Cartier nous permet de plonger et de nous éveiller à ces mondes inouïs de la musique non humaine. Elle nous fait découvrir les formes du vivant infravisibles et touche par cette puissante esthétique non anthropomorphique.

Le grand orchestre des animaux
© Hiroshi Sugimoto, Dioramas (Alaskan Wolves)
Animaux représentés et représentations des animaux

Au rez-de-chaussée, le sens de la scénographie n’est pas très clair. A droite ou à gauche, devant ou derrière, l’unité n’est pas créée par l’optimisation des lieux mais par le caractère visuel et esthétique des oeuvres exposées. Les animaux y sont représentés et s’y mettent en représentation : en photo, en fresque, en peinture, en vidéo… Ce début d’exposition interroge la relation de l’homme artiste au monde animal, mais pose aussi doucement la question du rapport qui se crée entre les animaux et l’art. Grâce aux vidéos de Tim Laman et Edwin Scholes, on peut assister au spectacle étonnant d’un paradisier superbe en pleine représentation artistique, sa collerette noire et turquoise gonflée par l’appel au désir. Avec Manabu Miyazaki, un appareil photo posé en pleine forêt devient l’instrument de jeu d’un gros ours noir. Artistes, danseurs et paradeurs, les animaux savent aussi laisser la part belle aux artistes, qui, à la faveur d’une immense fresque comme Cao Guo-Qiang ou d’une peinture acrylique comme Pierre Bodo, dévoilent leur propre vision du monde animal. Les bêtes se font alors image d’une représentation mythologique, d’une mise en scène singeant le naturel ou outils de dénonciation. La fresque de Cao Guo-Qiang, réalisée spécialement pour l’occasion, dessine tous les animaux réunis en cercle autour d’une vasque aquatique, un vortex d’eau blanche prêt à aspirer ce qui l’entoure : les animaux, les sons, prisonniers d’une image où tous les sons sont amenés à disparaître…

© Cai Guo-Qiang, White Tone (détail), 2016 Poudre à canon sur papier
© Cai Guo-Qiang, White Tone (détail), 2016
Poudre à canon sur papier
Le Grand Orchestre des Animaux

On ne conçoit pas de grand orchestre sans grandes mélodies. Des mélodies animales qui bruissent encore, d’autres amenées sûrement à s’effacer, et d’autres qui ont déjà disparu sous le couvercle humain. L’exposition dénonce ainsi, en mettant en scène une telle beauté sonore, la disparition de plus de la moitié de ces sons archivés par Bernie Krause. Au sous-sol, dans la grande salle, c’est 1h35min de sons enregistrés dans les océans et dans des parcs naturels qui sont diffusés en boucle et associés à une visualisation sous forme de sonogramme. Les sons aigus des chauve-souris, les graves des loups gris se mettent à danser et à résonner comme un ensemble aussi sauvage qu’ordonné : l’oeuvre sonore s’accompagne d’une installation visuelle qui recréée en trois dimensions l’environnement de son enregistrement. Ce travail colossal fait écho aux Chroniques du plancton, dans la petite salle, micro-organismes à l’origine de la vie que l’on peut observer de près grâce aux photographies de Christian Sardet, mises en scène par le travail de Shiro Takatani. Un dispositif immersif qui associe de façon aléatoire 100 photographies et plus de 340 vidéos pour une traversée visuelle et musicale unique dans ce monde sous-marin époustouflant… Découvrir l’invisible et entendre l’inaudible : un spectacle formidable et inestimable que nous offre la Fondation Cartier, dernière occasion, peut-être, d’assister à l’orchestration artistique du divin naturel.

Entrez sans hésiter dans ce grand laboratoire méditatif sur le monde animal, alcôve de beauté réparateur et malheureusement de plus en plus menacé. Aussi, sachez que l’exposition s’accompagne de « Soirées Nomades » jusqu’en décembre, qui invitent ponctuellement des artistes de la scène à investir le temps d’une soirée les espaces d’exposition et le jardin de la Fondation. Vous pouvez en retrouver tout le programme ici.

Le Grand Orchestre des Animaux
A la fondation Cartier
Du 2 juillet 2016 au 8 janvier 2017
Programme des Soirées Nomades

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