Avec Le Grand Jeu, Graham Swift signe un nouveau roman d’illusion, mettant en scène un trio d’artistes à Brighton, à la fin des années 50. S’emparant du classique triangle amoureux, l’auteur à la plume chantante ranime le réalisme magique.

Été 1959. Dans un petit théâtre de cette station balnéaire anglaise, se produisent chaque soir Jack, Ronnie et Evie. Ce trio époustouflant offre aux spectateurs un spectacle de variété qu’ils ne peuvent voir nulle part ailleurs. Sur les planches, ils sont Jack Robinson, Pablo le Magnifique et Eve et le succès ne se fait pas attendre ! Mais le charme n’opère pas seulement sur scène, l’un et l’autre, finiront par succomber à la délicieuse Evie, au risque de tout perdre !

Un trio magique

Tel un tour de magie, Le grand jeu ne lève le voile que sur une partie du récit. Animé avec brio par le fantaisiste Jack Robinson, le récit séduit dès le début le lecteur, grâce à son numéro de prestidigitation. « C’était un spectacle typique pour vacanciers de stations balnéaires. Un spectacle de variétés. De tout, des acrobates au Rockabye Boys en vogue en passant par la désormais sur le retour et néanmoins opulente Doris Lane, qualifiée tantôt de “diva de la chansonnette” tantôt de “fiancée des Armées (allusion espiègle à l’une de ses rivales). »

Ce trio de choc passera un été fabuleux jusqu’au jour où quelqu’un, quelque chose viendra le briser. Et alors que Ronnie et Evie sont fiancés, Jack, fidèle ami de Ronnie depuis l’armée, n’ose plus cacher son attirance pour la jeune fille. Et cela est vite réciproque. Quand ce dernier s’en rendra compte, le célèbre magicien ne verra qu’une seule chose à faire, disparaître. 

L’absence de l’autre

A travers cette histoire, Graham Swift signe un livre aussi léger que grave sur la présence des absents. Devant les silhouettes de ces héros, se dévoilent une quête identitaire et une réflexion majestueuse autour du poids des choix d’une vie, impactant ces destinées entremêlées.

Sous une pluie enjouée et rythmée, les personnages révèlent aux lecteurs leurs plus sombres pensées, à travers lesquelles Graham Swift dévoile la machiavélique machinerie qu’il vient de créer. « Il y avait autre chose dont elle ne lui avait jamais parlé, malgré le fardeau que cela représentait pour elle. Beaucoup plus lourd, finalement, qu’un petit costume de scène fait de trois fois rien et enveloppé dans du papier de soie ».

Mêlant poésie et réalisme, faisant des retours en arrière et en avant dans la chronologie, Le grand jeu dévoile au fil des pages ses charmes et ses artifices. Ici, il est question sans cesse de revenir à ce moment, qui a fait changer les destins de ces derniers. Grâce à un univers mélancolique, autour de l’art du spectacle et de l’atmosphère des années 50, l’auteur nous fait vibrer. Comme les spectateurs, on assiste aux disparitions, apparitions et aux envolées, pour finir sous un tonnerre d’applaudissements inattendus.

« Le grand jeu », Graham Swift, traduit de l’anglais par France Camus-Pichon, Edition Gallimard, 192 pages, 18 euros