Dernière création en date du Théâtre Dromesko établie en Bretagne, Le dur désir de durer (après-demain, demain sera hier) (2018), se joue pour la dernière fois au Monfort, à Paris. A voir jusqu’au 11 juin.

Tout comme pour le premier volet, Le Jour du Grand Jour, représenté il y a quelques semaines au même endroit, les spectateur.rice.s sont convié.e.s à prendre place dans « la baraque » des Dromesko, chapiteau rectangulaire monté sur l’esplanade du Parc Georges Brassens. Installé dans un dispositif bi-frontal, le public ainsi séparé fait figure de couloir, lieu de passage par excellence. Sans savoir à quoi s’attendre dans ce lieu au parquet usé par des centaines de pieds et de mains (il y aura du cirque, assurément) de mammifères et autres (longue camaraderie des Dromesko avec les oiseaux), le bois craque alors que se perçoit un certain remue-ménage au dehors.

En reprenant les mots de Paul Éluard, illustrés en leur temps par le bestiaire de Chagall, les Dromesko affirment la dimension radicalement poétique de leur spectacle. Nul besoin d’intrigue, de squelette intellectuel pour faire s’enchainer les numéros. Ça se fait comme ça et puis voilà tout ; le reste appartient au public. Un orchestre tsigane accompagne la déambulation d’un autel à la Vierge Marie aux allures de mille pattes. Un groupe d’ami.e.s tente de résister face à tempête et de pique-niquer au grand air. On promène un malade alité. Des femmes dansent. Un torero aiguise sa faux. Une mise en bière se transforme en libations alcoolisée. Un petit taureau vient renifler le premier rang. Il y a des surprises, des envies de s’agiter et aussi des moments suspendus, énigmatiques qui frôlent parfois l’ennui. Désintéressé de ces questions de rythme, le parquet ne cesse de grincer et fait résonner ce désir de s’exprimer malgré, si ce n’est du fait, de ce caractère impermanent du vivant.

Comme installé.e.s à une table les un.e.s face aux autres, les comédien.ne.s et les animaux dessus, chacun.e est invité.e à dialoguer au gré de ses résonances intimes avec le spectacle et à en construire son propre sens. Rarement aura été vue au théâtre une telle place donnée à la liberté.

« Le dur désir de durer (après-demain, demain sera hier) »
conception, mise en scène et scénographie Igor et Lily
textes Guillaume Durieux
jeu / danse Lily, Igor, Guillaume Durieux, Violeta Todό-González, Florent Hamon, Zina Gonin-Lavina, Revaz Matchabeli, Olivier Gauducheau, Jeanne Vallauri
interprétation musicale Revaz Matchabeli (violoncelle), Lily (chant), Igor (accordéon)

Au Monfort, Paris jusqu’au 11 juin.