Le Beverley : dernier cinéma porno de Paris

A deux pas du Grand Rex, dans une petite ruelle, se trouve un cinéma particulier. Ce cinéma, c’est le Beverley, le dernier cinéma porno de Paris, et c’est son propriétaire en personne, Monsieur Maurice Laroche qui vient nous accueillir. La seule salle est minuscule, très intimiste. Les murs en briques donnent une ambiance assez particulière au lieu, quelque chose de très urbain. En attendant que notre hôte arrive pour nous présenter son petit bébé, sur l’écran sont diffusés des dessins-animés pornographiques projetés à l’époque dans les Cabarets et Maisons Closes.

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Organisée par l’organisme Aventours, qui orchestre de nombreuses expériences insolites dans différents domaines (psychédélisme, visite de cimetières, rencontre avec un druide), la visite démarre tranquillement. Pendant près d’une heure trente, le sympathique Monsieur Laroche va nous faire partager sa passion et l’histoire du Beverley. Arrivé il y a 33 ans dans ce cinéma (appelé auparavant Le Bikini) après être passé par le circuit « traditionnel », celui-ci nous annonce fièrement avoir une collection de plus de 150 bobines. Avec beaucoup de nostalgie, Monsieur Laroche se souvient de l’époque bénie pendant laquelle son cinéma pouvait recevoir 1400 spectateurs dans la semaine. Aujourd’hui c’est deux fois moins. Internet est passé, le porno gonzo également : plus de scénarios, du cul dès les premières secondes, le tout filmé en numérique. Il est vrai que les films projetés par Monsieur Maurice semblent assez sages, contrairement aux films X actuels qui fleurissent sur les différents tubes.

Mais avant internet, c’est une loi de 75 qui va venir tuer à petit feu le genre au cinéma. Une loi qui taxe beaucoup plus les films pornographiques que les films « classiques » et les prive de subventions publiques. C’est ce manque de soutien qui place le genre dans une catégorie à part, incitant les réalisateurs actuels à aller à l’essentiel – le sexe – et diffuser directement sur internet les films : le profit avant tout. Même les Hot D’Or, festival Cannois consacré à l’industrie du X, a rendu l’âme en 2009 après 17 éditions. Le côté artistique du porno semble abandonné.

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Pour Maurice Laroche, le Beverley est aussi un endroit de sociabilisation. On vient regarder un ou plusieurs films porno pendant la journée, on discute, certains clients arrivent à midi avant de partir le soir et d’autres offrent un saucisson ou une bouteille au proprio en guise de lien. Des amitiés et anecdotes, il en en a la pelle. Sans divulguer de noms, celui-ci nous avoue avoir reçu des personnes importantes dans son cinéma, mais également le simple commercial après une journée de travail ou celui se cachant derrière un journal Le Monde (et qui aujourd’hui fait mine d’être sur son smartphone. Modernité) pour venir discrètement.

Monsieur Maurice Laroche y tient au Beverley. La passion se lit dans son regard lorsqu’il nous parle de son cinéma en avouant que le plus important pour lui est le confort des clients et pouvoir payer son unique employé. Le reste a peu d’importance. Même si le lieu semble avoir vécu, les sièges sont neufs, modernes, confortables. Laroche ne veut pas léser ceux qui font vivre sa salle. Le cinéma vit des projections mais également des lectures érotiques qui ont lieu au Beverley. Maurice Laroche apprécie notamment les textes de Pierre Louÿs, dont il nous a fait découvrir les plus crus. Extraits :

Si vous êtes couchée avec un monsieur que vous connaissez très bien et que vous faites décharger pour la vingtième fois, vous pouvez alors sans inconvénient lui sucer la peau des couilles et lui fourrer la langue dans le cul par manière de préambule, mais laissez-lui croire qu’il est le seul à qui vous accordiez ces petites complaisances.

Ne dites pas « C’est une fille qui se branle à en crever. ». Dites : « C’est une sentimentale. »

Ne dites pas : « C’est la plus grande putain de la terre. ». Dites : « C’est la meilleure fille du monde. ».

Mais ne voyez pas le Beverley comme un repère de cochons. Alors que nous quittons la salle, les spectateurs de 22h arrivent pour une séance spéciale couples. Des jeunes, des adultes, des personnes âgées, des hommes et femmes : le public est varié. Loin de l’idée qu’on pourrait se faire des personnes qui fréquentent un cinéma pornographique. 

Le clou du spectacle, et l’ultime preuve que Maurice Laroche veut partager les moindres détails de son cinéma, est une visite de la salle de projection. C’est minuscule, très cosy, de petites affiches porno sur les murs. On plonge dans l’intimité d’un passionné qui va jusqu’au bout de ce qui l’anime.

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Jusqu’à quand le Beverley restera ouvert ? Difficile de le dire. Le cinéma survit malgré les taxes et la concurrence d’internet grâce à une poignée d’habitués, de curieux et de passionnés. Depuis plusieurs années c’est une véritable famille qui est née dans ce cinéma partageant un intérêt commun pour le porno rétro à travers une collection d’une centaine de films qui tournent en boucle. Maurice Laroche nous avoue que les propositions pour reprendre le cinéma sont présentes mais toutes pour le transformer, notamment en théâtre. Pas sûr que le monsieur soit d’accord pour mettre fin à la vie de son bébé qu’il chérit depuis une trentaine d’années.

Le Beverley n’a pas de site internet mais l’entrée journalière – sortie définitive – est de 12 euros. C’est au 14 Rue de la ville Neuve, 75002 Paris (Métro Bonne Nouvelle) et vous pouvez vous renseigner au 01 40 26 00 69. Vous pouvez aussi retrouver toutes les aventures insolites proposées par Aventours sur leur site internet

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