Chaque année depuis 1989, le FAIR sélectionne une poignée d’artistes de musique actuelle émergents pour leur offrir une bourse, un accompagnement et une aide à la diffusion. Lauréat en 2009, les Naïve New Beaters sont les parrains de l’édition 2018 qui rassemblent 15 artistes d’horizons très différents. 

Créé en 1989 à l’initiative du Ministère de la Culture, le FAIR est le premier dispositif de soutien au démarrage de carrière et de personnalisation en musiques actuelles. Depuis 25 ans, pas moins de 437 artistes ont pu en bénéficier, dont NTM, IAM, Zebda, Miossec, Mathieu Boogaerts, Louise Attaque, M, Tahiti 80, Hocus Pocus, Cali, Renan Luce, Cocoon, Pauline Croze, Pony Pony Run Run, François and the Atlas Mountain, Christine and the Queens, Sophie Maurin, Feu ! Chatterton, Radio Elvis, Jain, Petit Biscuit… Français ou résidents en France, les artistes sélectionnés ont droit à une bourse de 7 000€, des formations professionnelles et artistiques, une aide à la diffusion en France et à l’international, un soutien en communication, un conseil en management et un soutien juridique. Untitled Magazine vous présente ici les 15 lauréats de cette édition 2018, qui fait la part belle à l’éclectisme.

Adam Naas
Vous avez probablement déjà entendu la voix d’Adam Naas sur Fading Away, une ballade pop planante et poétique sortie en 2016. A 24 ans, ce jeune soul man à la voix écorchée, un peu proche de celle de Broken Back, a fait des études d’économie avant de se lancer corps et âme dans la musique. Inspiré par Nina Simone, Lauryn Hill ou encore The XX et James Blake, Adam Naas est un artiste sensible à l’image de ses chansons, lumineuses de spleen et empreintes d’une « dark soul » hypnotique.

 

Cannibale
Un groupe de quarantenaires qui font une « sorte de garage réunionnais », ainsi pourrait-on définir Cannibale et leur musique curieuse, originale, définitivement rock mais teintée d’une langueur tropicale étonnante. Leur morceau No Mercy For Love mêle ainsi cumbia, rythme africain et rock garage avec une facilité déconcertante. La voix est lointaine, comme hurlée dans un mégaphone, les synthés efficaces et la guitare délicieusement funky. Un cocktail détonnant assorti d’un clip rétro délirant.

 

Catastrophe
On ne va pas vous mentir, on n’a pas très bien saisi ce qu’était Catastrophe si ce n’est un groupe artistique formé en 2015 et rassemblant des personnes de moins de 30 ans. Un livre-disque, La Nuit est encore jeune, propose un essai et une chanson pour chaque heure de la nuit. Parmi elles, la très poétique L’Amour tout nu, petit joyau d’électro-pop soigné qui allie la douceur d’un Etienne Dao à l’impertinence de La Femme, le tout avec une petite touche kitsch à la Juliette Armanet. « Nous vivons tous les deux dans un kaléidoscope » nous susurre le refrain, et nous voilà partis avec eux…

 

DBFC
Composé du bordelais Dombrance – producteur notamment de Lafayette et Julia Jean-Baptiste – et de l’ancien musicien de Blackstrobe David Shaw, DBFC a sorti en juin dernier son tout premier opus : Jenks. Un album-concept qui décrit un monde futuriste et totalitaire dans lequel le club Jenks demeure un ilot de liberté où hommes et machines dansent et s’unissent. Une vision de science-fiction qui colle parfaitement à la musique de DBFC qui se réclame d’un genre nouveau : le psychotronica. Comprenez un mélange de pop psychédélique, de riffs d’électro-dance et d’esprit rock. Cela donne un morceau savoureux comme Disco Coco, où le groove et le charme opèrent…

 

Dusk Totem
Dès les premières notes, la voix de Fanny, chanteuse du duo français Dusk Totem, envoûte. Sur Ahah notamment, elle nous embarque dans un voyage céleste à l’élégance nordique, héritière d’Asgeir, Björk ou Kate Havnevik. Le refrain et ses cascades de chœurs nous grisent et nous font tourner dans une valse de sonorités trip-hop. Sur les autres titres de leur EP Love en revanche, la brume d’Ahah laisse un peu plus de place à la pop solaire d’une Feist par exemple. Finalistes du Prix Ricard Live Music en 2017, Julien et Fanny se sont ouverts une belle voie dans le paysage musical français depuis leur rencontre en 2013.

 

 

Eddy de Pretto
Ce qui frappe chez Eddy de Pretto, c’est d’abord sa diction impeccable, ses mots qui claquent et chantent, ses paroles qui tapent là où ça fait mal et mélangent habilement la colère du rap au lyrisme de la vieille chanson française. Dans Kid, Eddy de Pretto fait parler un père pour mieux dénoncer l’injonction à la virilité et le machisme ambiants. Originaire de Créteil, Eddy a remporté en 2017 le prix du Printemps de Bourges et cite parmi ses influences Kanye West, Frank Ocean et Claude Nougaro. Son EP de 4 titres, Kid, est disponible depuis le 6 octobre 2017.

 

Elbi
Lucile Bauer est originaire d’Annecy. Difficile à croire tant ses intonations et son allure la rapprochent d’une Kimbra ou d’une Sia, en tout cas d’une déesse pop anglo-saxonne inaccessible et fascinante. Elbi, de son nom de scène, conjugue dans sa musique les influences du RnB, de la soul, de l’afro et de la house. Son dernier EP, Colourful Shores est sorti en février 2017 chez Animal Records et en écoute sur son site officiel et soundcloud.

 

Freez
Trio strasbourgeois composé d’Arthur, Octave et Mr. E, Freez était aussi parmi les finalistes du Prix Ricard Live Music en 2017. Leur « hip-hop cosmique » marie un flow qui n’a rien à envier à ceux du rap américain à une programmation riche et précise marquée par des samples électros et des rythmiques lourdes. Leur premier single, SAME, annonce un album à paraître en 2018.

 

French 79
Derrière French 79 se cache Simon Henner, multi-instrumentiste devenu producteur électro après avoir découvert tour à tour les Beastie Boys qui lui ont appris à « concilier rock et hip hop », puis les Daft Punk qui lui ont appris à « concilier techno et pop », et enfin les machines, qui ouvrent tant de nouvelles perspectives sonores à un jeune musicien. Son premier album Olympic est sorti fin 2016, on y trouve le morceau Golden Times où la voix de Simon improvise au gré des rues qu’il arpente… Un univers profondément électro mais dans lequel les amateurs de pop et de mélodies devraient également trouver leur bonheur.

 

INUÏT
En août 2016 nous vous parlions déjà d’INUÏT, jeune groupe nantais prometteur et attractif. Les six acolytes ont réédité leurs chansons sur l’EP Always Kevin sorti en juin 2017 après leur signature sur le label Cinq 7 chez Wagram. Une concrétisation toute méritée de leur aventure musicale sensible et bien menée. Le morceau Hush notamment est un tube en puissance où la voix de Coline s’exprime avec le lyrisme d’une Sharon den Adel, en plus aérien encore. Propice à la rêverie, la musique d’INUÏT souffle un vent frais sur la scène musicale française, et l’on attend de pied ferme leur premier album prévu pour 2018.

 

Jacques
La palme de l’originalité de cette sélection du FAIR 2018 est sans doute décernée à Jacques avec son titre Dans la radio, un savant mix entre la musique électronique et la chanson humoristique française. Dans la lignée d’un Philippe Katerine, Jacques manie l’art du décalage à la perfection et aura beau clamer dans ses paroles que l’on « joue tous la même chanson », la sienne est assurément un ovni fracassant.

 

Kodäma
Le duo Kodäma est une autre curiosité musicale. Le duo est formé de T-Time, bassiste et compositeur, et de Kiala Ogawa, chanteuse compositrice d’origine congolaise et japonaise, qui écrit aussi bien en anglais qu’en japonais, comme sur le morceau Palo Santo qui ouvre l’EP du même nom paru en décembre 2016 chez Mamie’s Records. Kodäma signifie écho mais évoque aussi les esprits des forêts et des montagnes nippones. Conduite avec force par la voix chaude de Kiala, la musique électro-jazz de Kodäma retranscrit un esprit fantastique et lunaire, particulièrement présent dans le titre Asked The Moon.

 

Lysistrata
Nous tenons là les vainqueurs du Prix Ricard Live Music 2017 ! Lysistrata est un groupe de rock pur et dur, ce rock bien énervé où la batterie et les guitares électriques ont toute leur place et où la voix hurle sur des rythmes effrénés… Il transpire des morceaux de Lysistrata une sorte de rage heureuse entre Nirvana et The Offspring, flagrante dans Asylum que l’on retrouve sur leur premier album, The Thread, paru en octobre 2017. Du haut de leurs vingt printemps, Théo Guéneau, Max Roy et Ben Amos Cooper ont la fraicheur et l’énergie d’un hard rock FM jouissif et débridé. A suivre…

 

Norma
Quel bonheur de retrouver dans cette liste des lauréats la toulousaine Norma dont nous vous parlions déjà en juillet 2016 et en mars 2017… Depuis la parution du petit tube rock A Girl in The City puis de l’EP Badlands fin 2016, cette enfant de Bruce Springsteen et des Beatles aux boucles brunes et au regard de braise s’impose peu à peu sur la scène rock française. Très attachée à sa guitare Firebird, à l’orgue et à la batterie, Norma est une artiste grunge et sexy aux multiples facettes et à l’énergie communicative. Un premier album est attendu pour 2018.

 

Sages comme des sauvages
Encore un duo parmi nos lauréats ! Il s’agit d’Ava Carrère et Ismaël Colombani, alias Sages Comme Des Sauvages. L’une est capable d’écrire et de chanter en cinq langues, l’autre est violoniste classique de formation. Après plusieurs années de scènes et de tâtonnements, ils ont inventé une musique du monde gracieuse et inclassable. Contrebasse, accordéon, tuba, basson… Des amis musiciens de tous horizons les ont rejoints pour donner vie à l’album Largue la peau, paru en septembre 2015. Un opus riche, teinté d’une mélancolie heureuse, apaisante et universelle.

SITE DU FAIR / Photo de couverture : Eddy de Pretto (c) Axel Morin

SHARE
Journaliste, curieuse et amoureuse des mots, j'aime partager mes découvertes musicales et artistiques sur la toile.