Nouvelle édition augmentée de l’ouvrage dirigé par le philosophe et esthéticien Jean-Pierre Cometti et l’écrivaine et poétesse Nathalie Quintane, L’art et l’argent explore dans une petite dizaine de textes, les puissants liens qui unissent ces deux entités. En librairie aux éditions Les Prairies ordinaires.

Créations monumentales nécessitant toujours plus de fonds, éclosion de fondations privées, records de ventes aux enchères, ports francs… pourquoi lorsqu’il est question d’art, qu’il soit contemporain ou plus ancien, l’argent n’est-il jamais loin ? La valeur esthétique des œuvres aurait-elle été supplantée par sa valeur financière ? Que cela implique-t-il concernant l’accès aux œuvres ? Comment cette prédominance de la valeur d’échange sur la valeur usage influence-t-elle les étudiant.e.s, futur.e.s artistes ? Que se passe-t-il quand les évolutions numériques, tel les NFT liés à la blockchain, rentrent dans le jeu ? Embrassant un spectre large, ces contributions, permettent d’aller à la rencontre des acteur.rices de ce microcosme où l’argent diffusent ses lois . Artistes, institutions, collectionneurs, étudiant.e.s, professeur.e.s, commissaires, aucun.e ne semble épargné.e.

Mythe du génie et de la retraite créatrice, le métier d’artiste est vu comme solitaire par excellence. Or cette position sur l’échiquier social est autant séduisante qu’imposée et dangereuse. Sans syndicats ou autres réelles organisations solidaires, les artistes sont à la merci d’un ensemble de lois économico-financières. Recherche de moyens de production, rédaction de dossiers pour des concours, participation à des expositions, existence sur les réseaux sociaux, représentation par une galerie, démarchages d’institutions, rencontres avec des collectionneur.se.s, l’artiste est la figure même de l’auto-entrepreneur.se. Paradoxalement alors qu’il.elle est devenu.e un produit au même titre que son oeuvre, un nom sur lequel capitaliser, les investisseurs continuent de s’appuyer sur l’idée de l’aura particulière que dégagerait sa production. Une aura non plus esthético-religieuse mais démocratico-financière dans le sens où plus l’œuvre gagne en visibilité, en symbole pour un nombre croissant de personnes, plus sa valeur financière va augmenter. Procédé qui, parallèlement, permet à son détenteur de gagner une posture de philanthrope lorsqu’il décide d’en faire l’aumône en l’exposant au public. Détourné d’une valeur d’usage (politique, esthétique, social) pour tout.e un.e chacun.e, l’œuvre d’art devient le parangon d’une fiction financière écrite par quelques un.e.s. Interviennent alors l’émergence des NFT et des tokens qui, tout nouvellement, cherchent à décentraliser ce marché.

Livre de constats plus que de propositions alternatives, L’art et l’argent peut paraître décourageant, mais ce serait s’empêcher d’utiliser ses analyses pour investir d’autres mondes. À la lecture de ces textes, il est encore temps de s’affranchir de la sidération organisée pour considérer individuellement et collectivement les rapports et usages de l’art.

« L’art et l’argent », Jean-Pierre Cometti et Nathalie Quintane, Éditions Amsterdam/Les Prairies ordinaires, 2021, 236 pages, 12 euros.