Pour l’occasion des vingt ans de la création de La compagnie des Hommes, Didier Ruiz accompagné de vingt comédiens et comédiennes posent leurs valises au Théâtre de Belleville pour nous rejouer L’Amour en toutes lettres – Questions sur la sexualité à l’Abbé Viollet (1924-1943). Confessionnal ouvert jusqu’au 28 mai !

Tout part d’un carton oublié. L’Abbé Viollet curieux de la sexualité et des questionnements intimes de ses ouailles, avait pris l’habitude de laisser une place à ces réflexions dans ses «Bulletins». Sorte de courrier des lecteurs, ses fidèles pouvaient s’y épancher librement. Pour autant certains témoignages restèrent sans réponse. Compilés dans un carton sous le titre «Cas de conscience» ils furent retrouvés par Martine Sevegrand qui les rendu public dans un livre.

Davantage que de proposer une réponse tardive à cette femme épuisée attendant son onzième enfant qui risque de faire basculer la famille dans une misère encore plus grande ou bien de cet homme rendu fou par une compagne qui lui propose des moments d’intimité seulement lorsqu’il est sur le départ, ces lettres nous permettent d’entrevoir la sexualité d’une génération passée dont les problématiques trouvent encore certains échos au XXIème siècle.

Une lettre, une personne

Didier Ruiz, acteur à ce moment-là, les découvre et décide de les monter avec d’autres comédiens. Pour cela chacun hérite d’une lettre à laquelle il prêtera sa voix et son corps. C’était en 1996 et ce sont ces mêmes acteurs que nous retrouvons ce soir d’avril 2019. Expérience exceptionnelle au théâtre, cela fait plus de vingt ans que des lettres de la première moitié du XXème siècle accompagnent l’évolution des artistes qui les interprètent. Ainsi forts de leur vécu et de leur développement naturelle, certains se sont rapprochés des auteurs des missives alors que d’autres s’en sont éloignés. Nous vient à cet instant l’envie de parcourir ces dernières dizaines d’années et de retrouver cette surprenante troupe dans tous les lieux insolites qu’elle a parcouru.

crédits images : Emilia Stéfani

Des espaces

En effet, autre originalité de cette création, elle prend racine dans une volonté de décloisonner le théâtre. Ruiz a fait le choix d’une mise en scène sobre, dépouillée de décors. Un par un les interprètes arrivent sur scène, lisent leur lettre sans qu’aucun ne sorte du plateau. Au final, une réunion de pensées, de réflexions, de subjectivités se crée face aux spectateurs. Du fait de cette simplicité recherchée, le spectacle peut se jouer partout où l’on veut bien de lui. Au cours de ses vingt ans d’existence, il aura pu être présenté dans des ateliers de stylistes, dans des cafés, mais aussi dans des musées, des jardins publics, des cabines de plage, des chambres d’hôtel, etc. En somme partout où des personnes vivent et font chaque jour l’expérience, qu’elle soit positive ou négative, de l’Amour.

C’est en effet bien là l’une des forces de cette pièce-lecture : donner à penser l’alliance entre les êtres, à des lieux des revendications sectaires de la manif pour tous et des prêches des démagogues actuels. Du lit conjugal, espace nécessaire de partage en toutes sortes, comme nous le rappelle une belle missive, au théâtre, l’union n’a de cesse de se consommer. Et si vous n’êtes pas convaincus, revenez gratuitement le lendemain, d’autres lettres et d’autres personnalités vous accueilleront !

L’Amour en toutes lettres – Questions sur la sexualité à l’Abbé Viollet (1924-1943)
D’après L’Amour en toutes lettres – Question à l’abbé Viollet sur la sexualité (1924-1943) de Martine Sevegrand (Editions Albin Michel)
Mise en scène Didier Ruiz
Adaptation Sylvie Laguna et Didier Ruiz
Avec le lundi Myriam Assouline, Brigitte Barilley, Xavier Béja, Natahlie Bitan (en avril), Laurent Claret (en mai), Marie-Do Fréval, Isabelle Fournier, Isabel Juanpera, Laurent Lévy, Marie-Hélène Peyresaubes, Thierry Vu Huu
Avec le mardi Nathalie Bitan, Patrice Bouret, Guy Delamarche, Emmanuelle Escourrou, Silvie Laguna, Emmanuel Landier, Morgane Lomnbard, Elvire Mellière, Christine Moreau, Thierry Vu Huu

Le lundi et le mardi au Théâtre de Belleville jusqu’au 28 mai