Avec son premier EP Matelot, la parisienne LAÏN s’avance dans les pas de Jean Fauque, Bashung, Barbara et Gainsbourg pour livrer une pop sombre poignante, sur des textes d’une rare beauté. Une vraie révélation.

Adoubée par France Inter, LAÏN a fait une entrée discrète dans la cour de la nouvelle chanson française. A l’heure où Vianney, Juliette Armanet ou encore Angèle écument les scènes et les ondes de France, LAÏN, elle, sort doucement de l’ombre. Une place qui n’était pas pour lui déplaire, elle qui dit vivre la nuit. Et pourtant, ceux qui ne connaissent pas encore ses chansons auront du mal à sortir indemnes de l’écoute de ce premier EP, Matelot, sorti le 25 mai sur le label Neogene Music.

Façonnés avec son complice HIPSTA aux arrangements et à la réalisation, les quatre titres de ce premier disque mettent en lumière la plume exceptionnelle de LAÏN, sa voix grave et franche, ses mélodies modernes et son esthétique sombre. Car derrière son visage d’ange LAÏN cache, un peu comme Buridane, un torrent de mots rageusement poétique. Une étrange synthèse entre l’interprétation grave de Barbara, la folie imagée de Bashung et Jean Fauque, et la modernité de Gainsbourg.

© Alexandre Aldavert

Poésies chantées

Dès les premières notes de Matelot, quelque chose nous dérange. C’est d’abord un son mécanique, un phrasé dissonant, une mélodie bancale qui accroche l’oreille. Et puis ces mots : « Je t’ai retrouvé le bec dans le piano, mais rien trésor ici n’est mélodieux / ceux qui gravitent autour de sa queue vomissent les notes comme des grelots ». Nous voilà prévenus. Avec LAÏN, rien n’est laissé au hasard. Le refrain, portée par des nappes de cordes synthétiques, fait gagner le morceau en puissance, en violence aussi, comme la relation qu’il décrit. Les mots et la musique, toujours, sont liés. Matelot annonce un disque sous le signe de l’eau, thématique qui reviendra constamment dans les titres suivants.

 

Sur L’appel d’air, on retrouve toujours ce timbre grave, un brin las, qui rappelle parfois celui d’Axelle Red. L’écriture convoque l’image d’un anaconda, de mégots, de camélias… Des associations douteuses que n’aurait pas reniées Jean Fauque, l’auteur de La Nuit Je Mens – entre autres – pour Bashung. Pourtant, malgré un sens parfois opaque, l’émotion passe et l’on comprend instinctivement ce que nous dit LAÏN. Quelques phrases clairsemées permettent de nous raccrocher à un contexte, une histoire, comme dans La Fin de l’Hiver où les images de lion, d’Irlande et de jungle côtoient l’assertion: « En porte à faux devant ta porte mon corps prend l’eau ». Ciselée, l’écriture de LAÏN mêle habilement le figuratif et l’abstrait, les allitérations et les assonances, l’anaphore également, qui ajoute encore un brin de musicalité aux mélodies souvent complexes. Les arrangements forment alors un écrin électronique sur-mesure à cette voix qui s’épanche, sachant s’effacer au profit des mots, ou bien soutenir une émotion, renforcer un cri du cœur.

Piano-voix moderne et élégant, Le Reflet des Drapeaux est pour LAÏN « la chanson bouée qui lui a sauvé la vie » en la ramenant sur la voie de la chanson en 2011, sur ces « berges familières où je sème les graines de pavot », les mêmes que celles que Gainsbourg semait dans L’Anamour… Quelques années plus tard, en quatre titres, LAÏN démontre sa maitrise d’une écriture digne des plus belles plumes de la chanson française, qu’elle pose avec intelligence sur des sonorités subtiles et modernes.Un nom à retenir.

LAÏN, EP Matelot disponible depuis le 25 mai 2018.
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Journaliste, curieuse et amoureuse des mots, j'aime partager mes découvertes musicales et artistiques sur la toile.