Toujours bien anonyme derrière son pseudo, Elena Ferrante signe un nouveau roman d’initiation, entre portraits de femmes, secrets et adolescence, avec la ville de Naples en toile de fond.

L’histoire débute au sein d’une famille italienne, un trio en apparence idéal. Giovanna, jeune fille de 12 ans, habite dans le quartier de Rione Alto, sur les hauteurs de Naples. Son père, Andrea est professeur d’histoire et de philosophie, sa mère professeure de latin grec et correctrice de romans à l’eau de rose. Jusqu’à l’âge de douze ans, la jeune fille grandit sans problème, au milieu des livres et de l’amour inconditionnel de ses parents.

Mais l’adolescence guette et Giovanna ne se sent plus à sa place. Elle est effrayée, se trouve laide et se cache derrière ses vêtements sombres. En classe, elle ne travaille plus et se voit obligée de redoubler, faisant honte à ses parents. Ils lui font même promettre de ne pas le répéter à ses amis proches…

Tante maléfique

“Giovanna est laide (…) ça n’a rien à voir avec l’adolescence : elle est en train de prendre les traits de Vittoria”… C’est par cette phrase prononcée par son père, que la jeune fille n’aurait jamais dû entendre, que tout commence, brisant un tableau sans défauts. Qui est cette fameuse tante, Zia Vittoria que son père a toujours voulu lui cacher ? Et évidemment, Giovanna veut savoir.

C’est de par cette quête que Giovanna découvrira un autre monde, celui des quartiers pauvres de Naples, dans lequel on parle le dialecte et où les bonnes manières sont vites oubliées. “L’espace où résidait la famille de mon père était indéfini et sans nom. Je n’avais qu’une seule et unique certitude : pour aller chez eux, il fallait descendre, descendre encore et encore, toujours plus loin, jusqu’au bout du bout de Naples, et ce trajet était tellement long qu’il me semblait, en de telles circonstances, que les parents de mon père et nous habitions deux villes différentes”.

Naples d’en haut, Naples d’en bas

Poussée par sa tante, elle observe ses parents d’un peu plus près, découvrant une nouvelle facette de la réalité, où persistent mensonges et hypocrisie. Dans ce monde d’adultes, celui de ses parents, professeurs adultes et aisés, tout est contraire à leurs paroles : “Des mensonges, encore des mensonges ; les adultes les interdisent et pourtant ils en disent tellement”.

L’adolescence et la rébellion sont l’éternel sujet des romans d’Elena Ferrante. Et l’autrice sait s’en saisir comme personne. Comme toujours dans ses romans, la ville est omniprésente : Naples devient une atmosphère dans laquelle les classes sociales se croisent en toute indifférence : les aisés en haut de la ville, les petites gens en bas …

Elena Ferrante signe un roman palpitant et réaliste, dans lequel il est question de la place des femmes dans la société, de l’identité, des inégalités sociales et comme toujours, de Naples. Elle y aborde avec brio des thèmes chers à ses écrits.

« La vie mensongère des adultes », Elena Ferrante, Edition Gallimard, 416 pages, 22 euros

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