A travers le regard de deux hommes, abandonnés par la même femme, Elena Costa signe un beau portrait de femme, distante, malheureuse et solitaire. Une merveilleuse ode à la liberté !

Un jeune homme quitte la maison familiale pour faire ses études de droit à Paris. Rejeté par la ville et par les autres étudiants, il rêve d’une autre vie. Celle d’une vie audacieuse, faite d’aventures et de découvertes, en bande. « En rentrant de l’université, je prenais un détour par la rue du Petit Musc. Contrairement au boulevard Henri IV, la rue était peu fréquentée et me rappelait le calme de la province. Souvent, je fermais les yeux en imaginant être à Antibes, chez mes parents »

Attablé à la terrasse d’un café, il fait la connaissance d’Evelyne, une femme plus âgée et professeure de piano. Elle y passe tous les dimanches après-midi, accompagnée de son fils de treize ans, dont elle n’assume pas la charge. Et très vite, une relation va naître entre les deux amants, qui ne se quitteront plus. A la mort du père de l’enfant, tous les trois formeront une famille, vivant sous le même toit, dans un appartement de la banlieue parisienne. Mais comme tout, Evelyne finira par les abandonner, les laissant chacun seul, tentant de combler cette absence.

Pourquoi, l’abandon ?

Dans ce second roman d’Elena Costa, chaque moment est évoqué de manière mélancolique. Sans jamais faire de l’effet, la narratrice nous transporte dans ce tourbillon de la vie, créé par la bouleversante expérience d’abandon qui va marquer ces deux personnages. Abandonné par la même femme, enfant et jeune adulte tentent de survivre. « Je commençais à comprendre qu’Evelyne ne m’avait pas choisi pour retrouver à travers moi la jeunesse dont on l’avait privée mais pour nos ressemblances ».

Yves abandonne sa vie. Il lâche ses études, reste auprès du jeune garçon et s’épanoui dans une autre vie. Tandis que l’enfant, lui, s’interroge : son père mort, sa mère disparue, que va-t-il devenir ? Il ne lui reste personne d’autre. A travers les chapitres, Evelyne se dévoile par touches, mais comme pour nous, Yves et Jérôme trouveront toujours en elle, une étrangère. « C’était comme si j’avais réussi à traduire mes sentiments dans la réalité et qu’en se dissociant de moi, ils ne m’appartenaient plus ». Entre abandon douloureux pour l’un et échec amoureux pour l’autre, elle marquera le reste de leur vie.

Sans jugement, avec une écriture douce et sensuelle, Elena Costa livre un récit juste et mélancolique, sur l’abandon. Bercé par ses mots, on navigue entre les deux personnages, poussant le lecteur à se faire sa propre analyse. Elle y dessine un formidable portrait de femme, éprise de liberté, qui se ne retournera jamais.

« La vie audacieuse », Elena Costa, Editions Gallimard, 256 pages, 20 euros