Suite du diptyque débuté avec Désobéir qui s’intéressait à l’émancipation féminine, Julie Bérès poursuit sa réflexion sur les genres avec cette fois-ci un spectacle tourné du côté de jeunes hommes et de leur rapport à la masculinité. La Tendresse, à voir aux Bouffes du Nord du 4 au 22 mai.

Huit hommes (à moins que ?) dans un décor sombre de fer et de pierres. Une meute qui se jette sur la moindre facette de cette entrée (tanière ?) pour y inscrire leurs noms et celui de la pièce. Plus de place pour quiconque d’autre sur la scène du Théâtre Gérard Philippe. L’espace sonore est lui aussi vite saturé par les cris, les invectives, les blagues, les moqueries, la musique. Et comme si cela ne leur suffisait pas les voilà dans les gradins, sautant d’accoudoir en accoudoir au milieu du public. Pas moyen de rester confortablement installé.e dans notre fauteuil, il faut se retourner, tendre le cou, écouter attentivement. Des histoires s’enchainent. L’enfance difficile d’un gamin battu. L’adolescence haineuse d’un garçon qui n’aime pas son corps. La difficile rupture amoureuse d’un autre. La première fois tâtonnante de celui-là. Le manque de père de celui-ci. Et toujours cette injonction à garder ça pour soi, à n’en parler que plus tard quand les postures de bonhommes auront été apprises.

À propos de posture, les corps s’activent, bougent dans tous les sens. Les torses musclés ne tardent pas à apparaître. L’air s’électrise de cette fierté d’avoir un corps correspondant aux normes – le sujet d’ailleurs ne sera que rapidement abordé comme celui du consentement lors des relations sexuelles. Car entre ces prouesses physiques (danse, chants, acrobaties) des échanges houleux ou sarcastiques se tissent. L’homosexualité, la paternité, la drague, la fraternité y passent. Mais ces conversations, ébauchées, laissent l’impression de superficialité. Peut-être trop nombreuses, égrenées dans un rythme hâtif, elles n’en sont pas moins cause de rires.

Même si le souvenir de la révolte des jeunes filles de Désobéir semble difficile à dépasser, l’heure et demie passée sera parvenue à provoquer un certain fourmillement d’idées. Le jeu habité des comédien.ne.s est pour beaucoup dans ce partage réussi. Mais à ce propos, en prenant le risque de la singularité des interprétations aux allures de documentaire, La Tendresse perd un peu de la puissance universelle de la fiction.

 « La Tendresse »

Écriture et dramaturgie Kevin Keiss, Julie Berès et Lisa Guez avec la collaboration d’Alice Zeniter
Conception et mise en scène Julie Berès
Avec Bboy Junior (Junior Bosila), Natan Bouzy, Naso Fariborzi, Alexandra Liberati, Tigran Mekhitarian, Djamil Mohamed, Romain Scheiner, Mohamed Seddiki

Aux Bouffes du Nord, Paris du 4 au 22 mai