Journal intime qui ne devait pas être publié, La séparation est la retranscription des pensées d’une jeune fille qui se sépare de son copain. Obsession pour la mort, le sexe et dépression, Sophia de Séguin nous montre la face sombre d’une séparation.

Sophia est seule, alors elle prend son stylo et remplit des pages et des pages de notes et de pensées. Le principal protagoniste : Adrien, le jeune homme qu’elle vient de quitter. Seulement, à sa manière tordue et dérangeante, elle l’aime encore. Ce qui aurait pu être un journal intime à l’eau de rose s’avère être l’opposé total : le lâcher-prise d’une jeune fille enfermée dans les carcans de la société et qui ne se met plus aucun filtre. De son écriture crue et dérangeante, l’autrice nous livre tout, ses obsessions suicidaires, sa vision de sa rupture comme une forme de renaissance et son rapport qu’on pourrait considérer comme maladif au sexe.

Entre allers-retours sur les souvenirs de leur relation et les quelques fois où ils se sont revus depuis, Sophia parle d’Adrien. Mais plus que d’Adrien, Sophia parle d’elle-même, de ses sentiments, de sa vision de la vie et du couple. Du récit de leurs ébats et de leurs nuits à deux, c’est finalement Sophia qui se dévoile. Et de leur relation, on ne saura jamais rien d’autre que la description du plaisir sexuel qu’ils se donnaient. « J’ai, cette nuit encore, la certitude que, bientôt, je n’aimerais plus Adrien. Cette idée me fait pleurer et vomir, me fait bien plus de mal – parce que je suis, sans doute, au fond, salement égoïste, orgueilleuse, je ne pense qu’à moi, méprisant bien tout ce qui lui arrive – que celle de n’être plus aimée par lui.« 

« Je suis avec le monde en mauvaise intelligence »

Une fois passée la surprise du style cru et violent, il apparaît clairement le mal-être de l’autrice, sa quête d’une amélioration par l’écriture et par l’extériorisation de ces pensées qu’elle sait inacceptables pour le reste de la société – après tout, il s’agit bien de son journal intime. Mais le processus ne peut qu’aller jusqu’au bout pour qu’elle ressente une forme d’apaisement. C’est pourquoi elle entre dans une posture de provocation, et formule ce que notre société ne voudrait pas entendre de la bouche d’une femme. « Recommandation aux petites filles : il ne faut, jamais, dire la vérité. Se contenter de séduire, de mentir et de faire souffrir : les hommes ne méritent que le mépris et les manigances. Ces procédés sont efficaces, souvent plaisants à mettre en oeuvre. C’est la vérité qui déçoit l’amour. La vérité, la garder pour soi-même, et pour Dieu, si on a la chance d’être un peu croyant.« 

D’un monologue de dépressive, Sophia de Séguin appelle finalement à l’aide. Seule sans Adrien – mais le malaise vient-il vraiment de son éloignement de lui en particulier ou n’est-il pas que la représentation de son isolement ? -, elle est si mal qu’elle ne peut plus rien faire, comme bloquée physiquement. Peut-être ne se l’avoue-t-elle pas à elle-même, mais sa solitude est extrême et modifie sa réalité. « Mes sentiments à l’endroit d’Adrien changent d’heure en heure – patience, douceur, vivres douleurs, agacement, curiosité, impatience, indifférence, petit dur mépris, larmes de colère, désir d’aller le surprendre, de mettre ses mains sur mon visage buté de patience, orages, détresses, espoir et puis calme de nouveau – pièces mouvantes dans le palais ruiné de mon imagination.« 

C’est avec la sensation d’être sale que l’on referme ce journal intime d’une jeune fille dérangeante, qui ne mâche pas ses mots et ne cache aucun de ses travers. Mais c’est aussi avec l’intense soulagement d’avoir lu ce qu’on n’aurait jamais osé écrire qu’on repose La séparation.

« La séparation », Sophia de Séguin, Editions Le Tripode, 198 pages, 16€