« La saison des apparences, naissance des corps d’été » raconte l’histoire de l’été et des corps qui vont avec. Allongés, dénudés, offerts au soleil. En France, elle se noue entre 1920 et 1960. Alors s’impose un répertoire proprement estival de gestes et de postures légitimes. Alors les édits changeants de la silhouette, le bronzage, l’horizontalité publique et le périmètre capricieux des dévoilements inventent, à échelle d’hommes et de femmes, de nouveaux savoir-faire et de nouvelles exclusions.

Dans la levée des accoutumances, les corps d’été ont des allures de civilisation suspendue. Ils font exister un pli annuel des rapports au monde, qui sacralise le retour à la simplicité. La variation des expériences et des identités. Cette morale des corps d’été est travaillée de jeux sociaux considérables. De résistances, aussi. Et de liesses punitives, qui, oubliées depuis (ou presque), ont pourtant viscéralement tourmenté l’avènement de cette variation saisonnière des manières d’être. Il y a peu, la question du burkini a réactivé ces débats anciens. Soulignant de nouveau les tiraillements sociaux qui entourent nos corps.

Collection Christophe Granger
Collection Christophe Granger
Collection Christophe Granger
Collection Christophe Granger

Naissance d’un corps social

Mais que peut-on dire sur le corps à la plage pendant plus de 300 pages ? Voila une des premières intrigues de ce livre. Christophe Granger théorise assez rapidement les enjeux et les grandes questions que soulève ce thème. Il fait prendre conscience aux lecteurs l’importance du sujet : « Qu’est-ce que ces corps d’été peuvent bien avoir à nous dire des jeux sociaux et politiques qui se sont joués à travers eux ?« . Ce que cherche à prouver l’auteur ici, est que le corps, et plus particulièrement le corps d’été « se fait capital social » de l’individu.

C’est ainsi que Christophe Granger revient sur l’histoire de l’émancipation des tenues d’été des Français à la plage. Du début du 20e siècle à l’arrivée de la polémique du burkini à l’été 2016, le livre évoque le rapport des corps en été et ce nouvel « art de plaire« . À travers notamment de nombreuses archives (textes, photographies, infographies). Comme pour mieux comprendre cette nouvelle « expérience corporelle exacerbée« .

Singularité du livre

Seul un point noir vient obscurcir ce récit. L’omniprésence de l’angle historique masque parfois les nombreux enjeux sociologiques que l’on souhaiterait découvrir plus en détails. Malgré ce désappointement « La saison des apparences, naissance des corps d’été » reste un ouvrage de sciences humaines de qualité. Avec l’avantage d’instruire autant que de divertir.

En plus de vous accompagner doucement vers l’été, ce livre (édité par les Éditions Anamosa) possède un graphisme singulier qui en fait également un très bel objet à exposer. Comme un corps en été ?

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L’auteur 
Christophe Granger est historien, membre du Centre d’histoire sociale du XXe siècle (CNRS/Paris-1). Il est notamment l’auteur de « La Destruction de l’université française « (2015), « Le Vase de Soissons n’existe pas » (avec Victoria Vanneau, 2013), « À quoi pensent les historiens » ? (dir., 2013).

« La saison des apparences, naissance des corps d’été », Un livre de Christophe Granger, Éditions Anamosa, 355 pages, 19,50€

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