Après Etes Anglais et sa douceur britannique, Elizabeth Jane Howard signe un second tome plus sombre où les épreuves de la vie et la guerre viennent chambouler le quotidien de toute une famille. 

Septembre 1939, la famille Cazalet apprend l’entrée en guerre de l’Angleterre. Très vite, les demeures de Londres sont abandonnées au profit de celles à la campagne, et ne serviront qu’aux maris. Parents, enfants et bébés se replient les uns après les autres pour se mettre à l’abri dans le Sussex, chez les grands-parents à Home Place. Un charmant domaine familial où les préoccupations de chacun sont interrompues régulièrement par les raids allemands, et doivent au mieux cohabiter.

Portrait d’un monde en guerre

L’Angleterre est entrée en guerre, les missives apportent de mauvaises nouvelles et les bombes ne cessent de tomber sur Londres. A Home Place, il est bien loin le temps où petits et grands vivaient avec insouciance, lors de ces longs mois d’étés. “Cette famille a la manie de ne jamais parler des choses qu’ils jugent un tant soit peu désagréables”

Contrairement à Etés Anglais, où la douceur de vivre était de mise, ici tous sont préoccupés par leur quotidien changeant, mais aussi par l’avenir de toute une famille et d’une nation. Dans cette grande demeure, une nouvelle vie s’organise. Alors que les plus jeunes vivent encore au temps de l’insouciance, les plus grands tentent de se faire une place dans le cercle des adultes. “Elle s’étonna du fait que des choses ordinaires aient commencé à paraître irréelles. C’était sans doute parce que l’inconnu – qui planait au-dessus d’eux et qu’ils semblaient presque attendre – avait commencé à paraître… pas seulement bizarre et mélodramatique, mais plus réel que ce qui se passait vraiment. C’est toute cette attente, se dit-elle, de grandir, de voir la guerre bien ou mal tourner, ou se terminer.” Des adultes, qui bien trop préoccupés par les combats et la politique de Chamberlain, ne semblent plus apercevoir les envies et les inquiétudes de leur progéniture.

L’enfance, mise à rude épreuve

Dans ce second tome, les enfants prennent de l’ampleur. Au fil des pages, ils grandissent, se développent, commencent à vivre leur propre aventure, et sont confrontés aux mêmes drames que les adultes. Et tandis que certains décident de s’engager sans certitude de retour, d’autres s’inquiètent, tombent amoureux et rêvent d’un avenir plus radieux. Ici, l’auteure dépeint cette enfance, si sensible au temps. Mais surtout l’impression pour tous, de ne jamais avoir le bon âge, désireux de sortir au plus vite de l’enfance, d’intégrer ce monde d’adulte, fait pour eux de paroles et de liberté.

Entre demeure familiale, appartements luxueux, théâtre et école d’arts ménagers, chacun jongle d’un lieu à l’autre, entraînant le lecteur à leur suite. Les voix de Louise, Poly et Clary s’élèvent et apportent à ce second tome une voix supplémentaire à cette grande famille. “Chaque journée était une épreuve où elle devait se lever dans un froid glacial, prendre son petit déjeuner, assister aux leçons, passer un peu de temps avec Christopher et avec sa mère, faire ses devoirs, recoudre et repasser des vêtements ou s’occuper de Wills et de Roly à la place d’Ellen. Le présent semblait gris, l’avenir noir. Elle vivait dans un brouillard de terreur.”

Malgré un avenir morose et l’arrivée de la guerre dans le quotidien des Cazalets, Elizabeth Jane Howard parvient à signer un second roman exaltant dans lequel elle mélange la petite histoire à la grande. Chagrins, espoirs, détonations sourdes, rationnements, raids… Elle entraîne avec grâce le lecteur dans le tourbillon des émotions de chacun des personnages.

« La saga des Cazalets, II : A rude épreuve », Elizabeth Jane Howard, traduit par Cécile Arnaud, Editions La Table Ronde, 608 pages, 24 euros

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