Roman polyphonique sur les quelques semaines de ce mois d’août 2015 où l’Europe fait face à la plus grande arrivée de réfugiés, La route des Balkans est un tour d’Europe offrant une réflexion sur l’accueil et les décisions politiques.

En 2015, la Grèce et l’Italie ne peuvent plus accueillir de réfugiés. Les candidats à l’asile changent alors d’itinéraire et passent par les Balkans : Macédoine, Serbie, Hongrie, Autriche et enfin, Allemagne. Christine de Mazières revient sur les mauvais traitements et les conditions de vie affreuses auxquels ils font face, son propos renforcé par la jeunesse de ses personnages principaux, des adolescents forcés à fuir la guerre dans leur pays respectifs, la Syrie et l’Afghanistan.

Asma, Tamim et les autres

Asma, une jeune Syrienne, cherche à atteindre l’Allemagne avec sa soeur. Elles ont quitté leur mère et leurs jeunes soeurs depuis plusieurs années déjà quand elles montent à l’arrière de ce camion frigorifique qui doit les emmener en Allemagne. « Les minutes s’égrènent. Maintenant tout le monde se tait. Jambes et bras emmêlés, cela n’a plus d’importance, puisqu’ils sombrent dans la torpeur, si fatigués par les semaines sans sommeil, si éreintés que la douleur s’assoupit, si exténués qu’ils en oublient la peur au ventre, les regards fuyants, l’humiliation, la puanteur, les vêtements sales formant carapace sur leur peau crasseuse. » Et le destin funeste de ce camion fera le tour de l’Europe, en cette fin d’été 2015, marquant les opinions publiques autant que ce petit Aylan au short bleu et tee-shirt rouge retrouvé sur une plage grecque.

« Et la nuit noire par-dessus. Sans lune ni étoiles, une nuit justement choisie pour son obscurité complète, propice au voyage clandestin. Une nuit comme le fond d’une grotte. Une nuit à la grelotte, secoués par les vagues, en haut, en bas, d’un côté à l’autre. Seuls points de repère : le ronron du moteur, les souffles rauques et les mains qui s’agrippent. » Si l’autrice décrit avec force détails les différentes épreuves que doivent affronter les jeunes réfugiés qui tentent de sauver leur peau et leur avenir, elle nous les rend proches et attachants – humains. Leurs peurs et leurs espoirs, leurs passions et leurs rêves, Christine de Mazières remet des vies derrière ces chiffres qu’on a trop vus dans les médias depuis plusieurs années. Tamim et Asma ne sont que les symboles de toutes ces existences qui ont tout quitté pour se reconstruire sur un autre continent.

Solidarité ou solidarités ?

Et l’autrice met en perspective ces épreuves : lors de la Seconde guerre mondiale, d’autres ont été poussés sur les routes. Comme Holga, qui n’avait que cinq ans quand elle a dû quitter Konigsberg en 1945 pour échapper à l’Armée rouge et qui a fait sa vie en Allemagne. Les images de réfugiés marchant sur l’autoroute lors de ce qui a été appelé la « marche de l’espoir » du 29 août 2015, au départ de la gare de Budapest jusqu’à la frontière autrichienne, ne peuvent pas ne pas rappeler à Holga et à sa famille leur propre histoire. Les gouvernements autrichiens et hongrois semblent ne pas vouloir accepter les réfugiés sur leur territoire, et malgré des Conseils européens et discussions entre chefs d’Etats, cette solidarité européenne peine à émerger. Alors les solidarités individuelles prennent le pas sur les décisions politiques, et l’aide s’organise, comme avec Alma, la petite-fille d’Holga.

« ‘Wir schaffen das.’ Ces trois mots, qu’elle répétera à plusieurs reprises, ont déclenché une vague sans précédent de stupeur : espoir des malheureux du monde entier en quête d’une terre accueillante, admiration d’une large partie des Allemands, colère et haine d’une minorité xénophobe qui s’étendra dans toute l’Europe. » S’il est possible de dire que l’Europe a manqué le coche de la solidarité, ce n’est pas le cas d’Angela Merkel, la chancelière allemande, qui a affirmé sa volonté d’accueillir ceux qui n’avaient d’autre choix que de fuir leur pays. Christine de Mazières met parfaitement en lumière les débats qui ont fait rage dans l’opinion publique au plus fort de la crise des réfugiés, ainsi que les discussions entre Angela Merkel et ses collègues européens – ce qui a mené à ces mots de la chancelière allemande, qui ont redonné espoir à des milliers de femmes et d’hommes sur les routes.

La douceur du récit répond à la violence des situations dans ce livre de Christine de Mazières qui se dévore en quelques heures, à la suite de personnages attachants, symboles des épreuves auxquelles font face ceux qui veulent échapper à la mort dans leur pays.

« La route des Balkans », Christine de Mazières, Sabine Wespieser Editeur, 192 pages, 18€

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