Il est parfois difficile de faire le tri parmi les presque 600 ouvrages qui sortent à chaque rentrée littéraire, et il est surtout trop cher de tous les acheter en grand format. Alors, pour celles et ceux qui sont patient.e.s, voici quelques livres de la rentrée littéraire de l’année dernière qui sont désormais disponibles en poche !

Rien n’est noir, Claire Berest

A 19 ans, Frida Khalo est déjà une survivante et une vie hors norme : atteinte enfant de la polio, victime à 18 ans d’un grave accident de bus qui lui laissera de terribles séquelles, elle commence à peindre alors qu’elle est alitée. C’est alors face à un grand miroir installé par son père qu’elle exécutera la première toile marquant sa longue série d’autoportraits.

Eperdument amoureuse de Diego Rivera, célèbre peintre mexicain mondialement connu pour ses fresques murales, elle deviendra ensuite célèbre pour ses œuvres uniques, avant de connaître une fin tragique, suite à l’aggravation de son état de santé.

C’est sur fond de communisme, de rencontres artistiques et politiques, mais aussi de son extravagante relation avec Diego que Claire Berest nous dépeint la vie haute en couleurs de Frida. De Coyoacàn, sa ville natale à San Francisco, en passant par Détroit et même Paris, Frida se fait une place parmi les plus grandes personnalités de son époque. A travers les yeux de l’artiste, l’auteure nous fait vivre les joies, les peines mais aussi le mal être de l’artiste qui souhaite plus que tout vivre de sa peinture et de son histoire passionnée avec Diego Rivera.

« Rien n’est noir », Claire Berest, Editions Livre de Poche, 240 pages, 7,40 euros

 

L’évangile selon Yong Sheng, Dai Sijie

Yong Sheng est né à Putian, en Chine méridionale. Son père, menuisier-charpentier est connu pour ses petits sifflets pour colombes qu’il fabrique. Les habitants en raffolent et les accrochent aux oiseaux pour entendre leurs merveilleuses symphonies au-dessus des maisons. 

Alors envoyé en pension chez un pasteur américain, le jeune garçon apprend aux côtés de sa fille Mary, institutrice de l’école chrétienne et voit naître sa vocation : Yong Sheng tout en fabriquant des sifflets comme son père souhaite devenir le premier pasteur chinois de sa ville. Marié de force, le jeune garçon fera des études de théologie, puis reviendra à Putian pour vivre une brève période de bonheur, jusqu’au jour où tout bascule en 1949 avec l’évènement de la république populaire de Chine. 

L’Evangile selon Yong Sheng est le vibrant hommage de Dai Sije à son grand-père, témoin et dévasté à l’âge de 12 ans des violences que ce dernier a subi. Dans une Chine dévastée par ces révolution, il affronte comme tant d’autres Chinois la cruauté du région communiste qui va broyer l’âme de la Chine. Un très beau roman, poétique, qui nous entraîne dans la vie romanesque de son grand-père, de la République populaire chinoise à la révolution culturelle de Mao, qui broient les opposants ou supposés comme tels.

« L’évangile selon Yong Sheng », Dai Sijie, Editions Folio/Gallimard, 496 pages, 9,10€

Une partie de badminton, Olivier Adam

Après avoir passé dix ans en Bretagne, Paul Lerner – auteur en plein succès – décide de s’installer à Paris avec sa famille. Un changement radical, mais nécessaire pour sa carrière, qui semble avoir fait le tour de sa région natale. Mais cette ville-lumière, ces relations, ces projecteurs, se détournent rapidement de lui et de ses nouveaux romans. Le succès et les lecteurs le boudent. Brutalement, sa vie familiale et conjugale sont mises à rude épreuve. 

Une panne d’inspiration, un succès littéraire en deçà de ses précédents romans, des revenus insuffisants… la grande vie parisienne n’est plus possible. En manque d’inspiration depuis trois romans, l’écrivain est obligé de quitter la capitale pour retourner vivre en France. Mais sur la côte d’Emeraude, tout n’est pas aussi paisible qu’avant pour la petite famille… Les problèmes vont s’accumuler : une adolescente colérique, un couple dans la routine, un métier d’enseignant prenant, des piges pas toujours passionnantes.

Entre la fiction et la réalité, Olivier Adam convoque son double et nous fait découvrir le quotidien du écrivain en mal de succès à l’égo sur dimensionné, utilisant une autodérision très anglo-saxonne.

« Une partie de badminton », Olivier Adam, Editions J’ai Lu, 416 pages, 7,90€

L’incivilité des fantômes, Rivers Solomon

Aster vit sur le Mathilda, ce vaisseau spatial errant dans l’univers depuis des millénaires, à la recherche d’une planète à habiter après que la Terre a été rendue inhabitable. Et Aster rase les murs : elle est Noire, orpheline, vit sur les ponts inférieurs, à la merci des gardes et des riches Blancs. Elle fait ce qu’elle peut pour aider les autres, avec les moyens du bord, se mettant en danger.

Rivers Solomon nous plonge dans ce monde qui n’est finalement pas si différent du nôtre, où les riches Blancs sont sur les ponts supérieurs à profiter de la lumière et de la chaleur d’un soleil, passant leur temps en loisirs, quand sur les bas ponts, ceux à la peau plus foncée, travaillent sur les ponts agricoles toute la journée, victimes de coupures de courant qui leur rendent la vie impossible et glaciale.

L’ennemi est ce Souverain, homme blanc qui incarne la foi en la possibilité de trouver une nouvelle planète pour sauver l’humanité, et ses gardes qui se permettent tout avec les habitants des bas ponts. Aster, au courage sans faille, se rebelle et veut agir, aidée de son amie Giselle et d’un allié des hauts ponts, Theo le Chirurgien. Ce livre, où des problématiques de genre, de race et de classe sont très justement mises en valeur, est un appel au soulèvement populaire !

« L’incivilité des fantômes », Rivers Solomon (traduit de l’anglais par Francis Guévremont), Editions J’ai Lu, 480 pages, 8,90€

Où bat le coeur du monde, Philippe Hayat

A Tunis, dans les années 30, le jeune Darius Zaken vit dans la Hara, un petit et misérable quartier juif enclavé dans la médina. Frappé de mutisme et devenu boiteux après la disparition brutale de son père, mort sous ses yeux, Darius est élevé par une mère étouffante, obsédée par un amour maternel.

Alors qu’elle le destine aux plus hautes études et le voit accéder à une carrière de haut fonctionnaire, Darius ne rêve que d’une chose : jouer de la clarinette. Il lui a suffit d’une soirée, passée à aider sa mère ouvreuse dans un théâtre, pour découvrir cet instrument qui ne quittera plus ses pensées. Lui, l’élève moqué à cause de sa boiterie et de son mutisme définitif, la clarinette lui redonne de la voix. Une autre route s’ouvre à lui, plus vive, plus dense, avec l’espoir d’une vie meilleure. 

De la Tunisie française à New York, en passant par l’Europe et les plus grandes scènes du monde, Philippe Hayat livre un roman d’émancipation, d’initiation musical où le jazz est un personnage à part entière, et parfois le plus important. De Miles Davis à Chet Baker en passant par Billie Holidays, on est bercé au fil des pages par le rythme du jazz et du swing de l’époque. Sur plus de quatre cent pages, entre 1935 et 1954, le roman relate les années d’épreuves et d’apprentissage d’un enfant, qui deviendra plus tard un jeune homme et célèbre musicien de jazz.

« Où bat le coeur du monde », Philippe Hayat, Editions Livre de Poche, 432 pages, 8,20€

Et si vous les aviez manqué, voici les critiques que nous avions fait de ceux que nous avions lus l’année dernière au moment de leur publication :