En changeant de style et de registre, Romain Puertolas – le célèbre auteur de L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea – revient avec un polar puissant, nous transportant en plein coeur d’un crime à la campagne.

Dans un petit village de campagne, à P., où tout le monde se connaît, aucun crime n’a jamais été perpétré. Jusqu’à ce fameux 17 juillet 1961 : Joël, 16 ans, est retrouvé découpé en morceaux dans la cuve à confitures d’une usine des environs, et dispatché dans huit sacs en papier Galeries Lafayette.

Pour résoudre cette enquête, un officier de police venant de la grande ville sera dépêché. Armé de son petit enregistreur à bandes magnétiques, une révolution technologique pour l’époque, ce jeune flic d’à peine 25 ans interrogera tous ceux qui ont bien connu Joël. Mais le village ne semble pas sous le choc, et les habitants très peu attristés.

Un crime démesuré

Dans ce nouveau roman, les années soixante et la campagne sont son terrain de jeu. L’auteur s’amuse à nous plonger dans ce passé déjà bien éloigné, avec ses us et ses coutumes. « On n’a pas l’habitude de ce genre d’horreurs. Ici, c’est plutôt la police des fleurs, des arbres et des forêts, si vous voyez ce que je veux dire. Les braconniers, les querelles entre paysans pour un centimètre de terre, les incendies provoqués par des pique-niqueurs insouciants ». Le plume de Romain Puertolas s’adapte, évolue, s’affine. Loin de l’humour absurde de ses précédents romans, on ne perd pas la folie de l’auteur, qui devient rapidement contagieuse et qu’on surprend à jouer à chaque page avec les personnages.

Au fil du roman, on suit avec attention l’avancée de ses investigations, qu’il envoie à madame le Procureur. Les chapitres alternent entre correspondances et auditions. Au milieu des fleurs, des arbres et des forêts, Romain Puertolas signe un magnifique huis clos à la campagne. En pleine nature, l’inspecteur avec son beau parler et ses bonnes manières de petit gars de la ville nous émeut, tant il est comme investi d’une mission. « Quelque chose que l’on essaye de vous dire depuis le début, qui est là depuis le début, et que vous ne comprenez qu’à la fin. Mais il est alors trop tard et vous vous apercevez que vous vous êtes bien fait avoir ».

Ce changement radical de ton et d’ambiance par rapport à ses précédents livres est osé. Mais ça marche. Construit sur des quiproquos, jouant avec la perspicacité de l’officier et le franc-parler des « gens de la ville »  et « ceux des campagnes », les moyens dont on disposait à l’époque pour résoudre des crimes, l’auteur nous entraîne dans un véritable polar haletant. « En effet, à P… le vétérinaire fait oeuvre également de médecin généraliste et, nous venons de voir, de médecin légiste. A moins, que ce ne soit le médecin légiste qui fasse office de médecin généraliste et de vétérinaire. Ou le médecin généraliste qui… enfin, vous avez compris. »

Si vous avez envie de vous évader le temps d’une lecture, c’est le moment. La police des fleurs, des arbres et des forêts est un roman envoûtant, aux personnages attachants et à l’intrigue bien ficelée, qui finira pas nous avoir (seulement) à la dernière page.

« La police des fleurs, des arbres et des forêts », Romain Puertolas, Edition Albin Michel, 352 pages, 19 euros