La fin de mois est difficile et vous ne pouvez pas vous offrir les livres de la dernière rentrée littéraire ? Pas d’inquiétude, la rédaction d’Untitled Magazine a pensé à vous et vous a concocté une sélection de livres à petit prix mais de grande qualité !

Le coeur blanc, Catherine Poulain

C’est l’histoire de Rosalinde et Mounia. Deux femmes, deux personnalités, deux destins. Elles sont solitaires, hors du commun, libres. Dans le sud de la France, en plein coeur des villages agricoles, chaque année des saisonniers débarquent pour ramasser les récoltes et venir en aide aux propriétaires. Vendange, olives, abricots, pommes… Ces deux femmes font toutes les deux parties de cette main d’oeuvre bon marché, marchant en pleine campagne à la recherche d’une mission pour quelques jours.

A leurs côtés, on rencontre une dizaine d’autres personnages, tous venus chercher la même chose. Des vignes aux champs, ils vont et viennent à la recherche d’un travail. Mais dans cet univers précaire, milieu que connaît bien l’auteure pour l’avoir été elle-même, ouvriers, immigrés, agricoles se lancent dans une lutte sauvage. Après Le Grand Marin, Catherine Poulain nous dévoile avec brio la face cachée d’un autre monde. Elle décrit à la fois la beauté de la nature, des récoltes mais aussi le travail rude et précaire de celui des champs pouvant aller jusqu’à l’épuisement.

« Le coeur blanc », Catherine Poulain, Editions Points, 216 pages, 7,10€

 

L’insoumise de la Porte de Flandre, Fouad Laroui

Fatima est une jeune marocaine, vivant avec sa famille à Molenbeek, en Belgique. Tous les après-midi, elle sort de son quartier, vêtue d’un hijab noir, pour rejoindre la Porte de Flandre. Et lorsqu’elle quitte son quartier, cette dernière se métamorphose en jeune fille moderne, libérée. Mais cet étrange rituel semble se répéter, et ne plaît pas à Fawzi, qui s’est auto-proclamé comme étant son « fiancé ».

Jeune fille intellectuelle et cultivée, elle n’accepte pas la place qu’on veut lui donner. En proie à un conflit d’identité, elle se transforme en celle qu’on l’oblige à être et en celle qu’elle est. Pourquoi ne peut-elle pas se mettre à la table d’un café ? La politique est-elle interdite aux femmes ? Refusant la place de la femme soumise à un mariage, Fatima est une jeune femme indépendante, et cherche à retrouver son corps mais aussi la jouissance de ce dernier.

A travers ce roman, Fouad Laroui nous fait rencontrer une femme libre, forte, qui ne veut plus subir les critiques mais qui veut, surtout, devenir une seule et même femme.

« L’insoumise de la Porte de Flandre », Fouad Laroui, Editions Pocket, 112 pages, 5,50€

Le matin est un tigre, Constance Joly

Depuis plusieurs mois, la vie d’Alma a basculé. Sa fille souffre d’un mal étrange, qui grandit de jour en jour. Billie est une enfant plutôt heureuse, avec des parents qui l’aiment. Mais à l’aube de ses quatorze ans, une étrange maladie se déclare et sa santé se dégrade. Elle se plaint du thorax, mais tandis que les traitements échouent, les médecins commencent à parler de tumeur. Les jours passent, Bille finit par fêter ses quinze ans, et s’installe dans un nouvel hôpital pour maladies rares. La famille s’épuise, le couple vole, et le corps médical hésite. Mais Alma n’y croit plus.

Convaincue qu’une opération périlleuse n’est pas la solution, elle veut suivre son intuition pour sauver sa fille. Quel est le mal qui ronge sa fille ? Serait-ce un chardon qui pousse dans sa poitrine ? Un peu comme le nénuphar de Chloé dans l’Ecume des jours de Boris Vian ? Mais son mari persiste, la vie n’est pas un roman. Constance Joly signe un premier roman réussi, sur l’amour d’une mère, les combats d’une vie mais surtout la transmission parents-enfants.

« Le matin est un tigre », Constance Joly, Editions J’ai Lu, 160 pages, 6,90€

L’amour harcelant, Elena Ferrante

Delia apprend que le corps de sa mère, Amalia, a été retrouvé flottant dans la mer, à l’aube. Morte noyée, elle se demande ce qu’elle connaissait réellement de sa mère, avec qui elle avait pris ses distances depuis plusieurs années. Qu’est-il arrivé à sa mère ? Avec qui se trouvait-elle la nuit de sa mort ? Etait-elle vraiment celle que Delia imaginait, insatiable et prête à tout ?

Ce premier roman d’Elena Ferrante nous entraîne sur les traces de vies de cette femme, dans les rues de Naples, au sein de l’appartement familial, dans l’atelier de son père tout en interrogeant ceux qui l’ont rencontré. On se retrouve dans les ruelles de la ville, dans une ville sombre, pauvre et peu avenante. Cette enquête que va mener Delia, nous conduit des funérailles de sa mère aux souvenirs plus que troublants qu’a la jeune fille de sa génitrice. Très différent de ses livres suivants, l’auteure aborde déjà des thèmes chers à ses écrits, la peur de l’abandon, les rapports difficiles avec une mère, la langue officielle et le dialecte.

« L’amour harcelant », Elena Ferrante (traduit de l’italien par Jean-Noël Schifano), Editions Folio, 224 pages, 7,20€

Les indifférents, Julien Dufresne-Lamy

Un soir, la mère de Justine lui annonce qu’elles quittent son Alsace bien aimée pour le Cap Ferret. Elles laissent derrière elle le père de Justine, et n’emportent que quelques valises pour aller s’installer chez les Castillon, riches bourgeois, pour lesquels la mère de Justine fera de la comptabilité. Jeune fille de quatorze ans, Justine doit non seulement réapprendre à vivre loin de ses habitudes, mais doit en plus faire face aux différences sociales dans cette ville où tous sont riches.

Et pour cela, Théo, le fils Castillon, joue un rôle essentiel : il la présente à Léonard et Daisy, ses deux amis d’enfance, et tous les quatre, ils se lient vite d’une amitié qui laissent tout le reste du monde à l’extérieur. Ils sont les Indifférents, ceux qui ne se mélangent pas, qui ignorent les autres, qui se suffisent à eux-mêmes. Avec eux, Justine va découvrir la vie bourgeoise sur la côte, les séances de surf, les fruits de mer achetés aux pêcheurs, l’amour, les soirées alcoolisés sur la plage ou dans des villas immenses. Mais tout n’est pas rose, le groupe se détruit et Justine se sent emprisonnée dans cette relation où elle ne se reconnaît pas.

Fait de retours en arrière et d’avances rapides, Les Indifférents construit l’attente de la chute, qu’on sait inévitable et dramatique. Julien Dufresne-Lamy nous transporte dans le quotidien des privilégiés, dans lequel Justine ne se sent pas à sa place, et qui nous met mal à l’aise.

« Les Indifférents », Julien Dufresne-Lamy, Editions Belfond, 344 pages, 8€

Rosa candida, Auður Ava Ólafsdóttir

Arnljótur, surnommé Lobbi par son père, décide de quitter son Islande natale pour rejoindre une abbaye afin de restaurer une roseraie, celle où se trouve la fameuse Rosa Candida. Il laisse aussi derrière lui Ana, avec qui dans un moment d’étreinte fugace il a eu une enfant : Flora Sol. Le jeune homme décide d’entreprendre ce voyage vers cette roseraie, voyage initiatique pour ce jeu, dans un pays où il doit se faire comprendre, comprendre, et peut-être même se comprendre… Un voyage intérieur pour voir au-dehors, sa passion pour les roses qui ravivent le souvenir de sa mère et puis cette paternité que le héros va devoir appréhender.

Roman dense sur les possibles que le narrateur décide de s’offrir en partant de son pays, à la fois doux et touchant, nous entraîne sur les pas du jeune homme.  Délicate et piquante, comme les roses dont il s’occupe, l’écriture de Audur Ava Olafsdottir vous ravit et vous laisse un souvenir touchant après la lecture.

« Rosa candida », Auður Ava Ólafsdóttir (traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson), Editions Zulma, 288 pages, 8,95€

Ariane, Myriam Leroy

Une jeune fille (dont on ne connaît pas le prénom) évoque à la première personne sa relation fusionnelle avec une collégienne, très différente d’elle, Ariane. Elles n’ont rien en commun, et pourtant… Ariane habite à Lasne, l’une des communes les plus riches de Belgique, dans une grande maison avec piscine et court de tennis, tandis qu’elle vit dans une petite ville, Nivelles, une ville sans âme, décrite comme laide et austère. Physiquement, Ariane est très jolie, bien habillée, admirée par les filles et les garçons alors qu’elle, habillée de vêtements d’occasion, se trouve laide et n’est remarquée de personne.

Mais très vite, les deux filles que tout opposent vont devenir inséparables. Une amitié forte et exclusive naît. Elles se moquent des autres, elles les maltraitent, elles n’ont besoin que d’une chose, de l’autre. Sous nos yeux, les liens se font et se défont, une amitié joyeuse passe à une relation toxique. On vit aux rythmes des échanges, des déclarations et des coup bas. Myriam Leroy nous captive et nous entraîne dans la relation entre ces deux gamines, dérangeante et touchante à la fois. Ici, il sera question de condition sociale et d’amour, mais surtout du monde impitoyable de l’adolescence.

« Ariane », Myriam Leroy, Editions Points, 216 pages, 6,70 euros

 

Les Bourgeois, Alice Ferney

De Henri à Marie, en passant par Gabrielle, Louis ou bien Elisabeth et Claude, les Bourgeois traversent les époques et les événements, chacun à leur façon. Les Bourgeois est une longue fresque familiale, sur cette famille dont le patronyme reflète le niveau de vie. De la Première guerre mondiale à nos jours, cette famille nombreuse affronte les événements avec dignité et surtout dans la religion, comme un port d’attache qui guide la famille dans les moments les plus sombres.

Alice Ferney, auteure habituée des longs romans et des histoires de famille, nous plonge une fois de plus dans le quotidien de cette famille. Roman long et lent, il plaira à tout ceux qui aiment se plonger dans les grandes histoires. Avec beaucoup de délicatesse et d’élégance, Alice Ferney décrit la vie de cette famille, les Bourgeois. Un beau roman sur le temps qui passe, sur les naissances et les morts dans une famille, sur les moments de vie dans une famille aussi infimes et signifiants uniquement pour eux-même soient-ils. L’auteure décrit à merveille le temps qui passe.

« Les Bourgeois », Alice Ferney, Editions Babel, 496 pages, 9,80 euros

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