La fin de mois est difficile et vous ne pouvez pas vous offrir les livres de la dernière rentrée littéraire ? Pas d’inquiétude, la rédaction d’Untitled Magazine a pensé à vous et vous a concocté une sélection de livres à petit prix mais de grande qualité !

Les morues, Titiou Lecoq

Ema, Gabrielle et Alice sont les Morues. Trois trentenaires féministes perdues entre leurs convictions et le monde qui les entoure. Elles établissent une charte : ce qu’elles se jurent de faire et de ne pas faire quand elles sont en couple. A l’occasion du suicide de la meilleure amie d’enfance d’Ema, Charlotte, Fred rejoint le groupe : génie passé par Polytechnique et aujourd’hui secrétaire par choix – au grand dam de sa famille -, il ne se sent pas adapté socialement et ne sait pas comment se comporter face aux femmes.

Du duo formé par Ema et Fred et de leurs aventures – une enquête dans le monde politique où le libéralisme complote pour faire de la culture une industrie florissante comme une autre, un licenciement et la dépression qui s’ensuit, une rupture douloureuse et l’humiliation ressentie face à un succès littéraire involontaire et incontrôlable – Titiou Lecoq ressort des enseignements sans jamais être moralisatrice. Les Morues est le roman de notre époque, de la façon d’aimer et de désirer, du rapport à son propre corps et à celui des autres.

Interrogeant la notion de couple et prouvant à quel point les relations ne doivent répondre qu’à des normes que chacun se fixe, le roman de Titiou Lecoq, entre journalisme politique, thriller et roman d’initiation, nous enlève un poids : on fait tous du mieux qu’on peut dans un monde qui ne semble pas décidé à nous rendre la vie plus douce.

« Les morues », Titiou Lecoq, Editions Livre de Poche, 408 pages, 7,10€

Forêt obscure, Nicole Krauss

C’est le destin parallèle de Jules Epstein et de Nicole, la narratrice, double de la romancière, à Tel Aviv. Tous deux sont à un moment charnière de leur vie et s’enfuient d’une façon ou d’une autre à travers la ville. Chacun va chercher sa vérité, à se sortir de la torpeur de leur vie en revenant à Tel Aviv.

Roman rempli de personnages loufoques, le récit en devient drôle. Il y a un coté thriller à ce livre, puisque Jules Epstein disparait et que ses enfants partent à sa recherche, tandis que lui continue sa quête. D’un côté, le roman policier avec cette disparition, d’un autre côté, Nicole qui prône une quête beaucoup plus intérieure et philosophique.

La plume de Nicole Krauss est exigeante mais très agréable. Un roman drôle et intéressant. Un voyage pour les personnages, qui est aussi un voyage dans l’identité, sur la métamorphose de soi. Le roman joue toujours avec le fantastique et la réalité, dans des quêtes impossibles.

« Forêt noire », Nicole Krauss (traduit de l’anglais par Paule Guivarch), Editions Points, 336 pages, 7,40€

My absolute darling, Gabriel Tallent

Julia, surnommée Turtle habite avec son père Martin, près de Mendocino au nord de la Californie. Seule, à quatorze ans, elle partage s’occupe dans les bois avec pour seuls compagnons, un fusil et un pistolet. Elle peut pendant des heures, parcourir des kilomètres à la découverte de plages et d’îlots, au sein desquels elle trouve refuge. Elève médiocre, sa vie sociale s’arrête après le collège et elle repousse quiconque souhaite lui retirer sa carapace. Jusqu’au jour où elle fait la rencontre de Jacob, qu’elle fascine et intrigue à la fois, et grâce à qui elle plonge dans une aventure vers la liberté.

C’est un roman coup de poing que Gabriel Tallent nous livre. Elle nous transporte dans le quotidien d’une adolescente, sombre et perturbant, et raconte son combat pour tenter de se défaire de l’emprise toxique de son père. En prenant conscience qu’une autre vie est possible, elle va se révéler être une autre et prêt à tout pour sortir de cet enfer.

Grâce à son style sec, dur, parfois très sacqué, l’auteur parvient à décortiquer de l’intérieur le fonctionnement psychologique d’une personne manipulée. C’est un livre fort, et qui dérange. Le lecteur est pris dans une déferlante de sentiments : colère, haine, empathie, bonheur. En parallèle de la beauté du monde, des sublimes descriptions de la nature, de notre faune et de notre flore, Gabriel Tallent met en avant la violence parfois très cruelle de la nature humaine.

« My absolute darling », Gabriel Tallent, Editions Gallmeister, 480 pages, 11,70€

Le fils du dieu de l’orage, Arto Paasilinna

L’histoire débute sur la réunion des anciens dieux finnois, Ukko le dieu de l’orage, ses collègues et quelques lutins et fées. Constatant que les Finnois sont tous devenus des chrétiens en sept siècles, allant même jusqu’à oublier l’existence de d’autres dieux, le dieu de l’orage décide d’imiter le dieu chrétien et d’envoyer son fils, Rutja. Sur terre, Sampsa est agriculteur et antiquaire, mais surtout un adorateur secret d’Ukka et des dieux anciens. Homme bon, travailleur, il se fait surtout manipuler par son entourage, sa soeur, sa petite amie et son prétendu beau-frère. Un soir d’hiver, Sampa sa rend dans la forêt et fait la connaissance de Rutja, assis sur son autel et vêtu d’une peau de loup. Il lui explique son projet, et tout deux décident de changer de corps.

A travers cette histoire farfelue, Arto Paasilinna livre un roman amusant, construit avec divers quiproquo. On s’amuse à voir évoluer ce dieu, qui doit apprendre à vivre dans un corps et auprès d’une famille moderne. En parallèle, l’auteur décrit une certaine vision de la Finlande, entre idéalisme et pessimiste sans jamais juger l’évolution. Un roman court et enivrant, pour passer un bon moment.

« Le fils du dieu de l’orage », Arto Paasilinna, Editions Folio, 304 pages, 8,50€

Le patient anglais, Michael Ondaatje

En Italie, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, Hana une jeune infirmière veille sur son seul patient : un aviateur anglais brulé lors d’un accident d’avion dans le Sahara. Dans cette villa abandonnée, transformée en hôpital militaire, ce sont trois histoires de vies qui s’entremêlent : celle d’Hana, la jeune infirmière canadienne, celle de Kip un jeune sapeur indien et celle du patient anglais, l’homme mystère rescapé du crash de son avion.

Michael Ondaatje tisse un véritable roman de voyage. De la campagne anglais au désert de Libye, en passant par le Caire ou encore Florence, on prend goût à s’interroger sur ce patient anglais et son identité. Intriguée, Hana cherchant à panser ses propres blessures morales, liées à la guerre, finira par abandonner son convoi pour se consacrer aux derniers jours de cet étrange patient.

Entre flash-backs et passage des pages du livre qui accompagne le grand brûlé ( les histoires d’Hérodote), l’auteur livre une histoire passionnante qui nous transporte dans les expéditions scientifiques des années 30 en plein coeur des déserts libyen et égyptien.  Dans ce décor hors du temps, reclus en Toscane, les personnalités vont se révéler, les sentiments se développer et la vie renaître dans des corps et des âmes paralysés.

« Le patient anglais », Michel Ondaatje (traduit de l’anglais par Marie-Odile Fortier-Masek),Editions Points, 336 pages, 7,50€ 

La vocation, Sophie Fontanel

Sophie Fontanel est journaliste et écrivaine. Dans ce récit ( très autobiographique) à deux voix, celle de sa grand-mère exilée arménienne et passionnée de mode et celle de sa petite-fille, Sophie devenue directrice de la mode du magazine, on y parle vocation. Elle nous livre sa passion pour la mode tout en retraçant la destinée de sa famille. D’un côté, on suit Méliné qui fuit les persécutions contre les arméniens et qui arrive en France, avec sous le bras son magazine Vogue et de l’autre Sophie, journaliste puis directrice de la mode au sein du magazine Elle.

Entre défilés de mode et saga familiale, Sophie Fontanel raconte grâce à de courts chapitres ce parcours incroyable, l’histoire de ces deux femmes unis par le sang et surtout liés par une passion commune. Pour elle, c’est une vocation familiale que Sophie offrira, comparant son parcours professionnel à une réussite pour les siens. Même s’il est très peu question de la mode, on y découvre l’évolution du monde et de la mode. Mannequin trop maigre, sans sourire, manque d’insouciance, trop jeune, peu de spontanéité, l’auteur à travers ces pages n’hésites pas à s’exprimer sur cet univers et nous dévoile ce qu’elle aimerait voir plus souvent dans les pages de ces magazines au papier glacé.  Un bel hommage à sa famille, ses ancêtres et à sa vocation, la mode.

« La vocation », Sophie Fontanel, Editions J’ai Lu, 288 pages, 7,50€

Ce que j’ai oublié de te dire, Joyce Carol Oates

Dernière année de lycée pour Merissa et Nadia. Mais pour l’une comme pour l’autre, l’année risque d’être difficile et elles ont plus que besoin de leur meilleure amie. Mais voilà, l’étrange et singulière Tink s’est suicidée six mois plus tôt. Chacune se retrouve seule, avec ses petits secrets qu’elles ne pouvaient partager qu’avec Tink… Mais Tink avait aussi un secret, très lourd à qui jamais elle n’a pu confier! Comment continuer à vivre alors que la seule personne qui vous comprenne est mort ?

Joyce Carol Oates brosse avec réalise et noirceur les pensées de ces jeunes filles et nous plonge avec justesse dans leur quotidien. Intimité, solitude, failles de l’adolescence, non-dits mais surtout rumeurs et réseaux sociaux … A travers ces trois jeunes filles, l’auteur nous fait rentrer dans l’univers mystérieux des adolescentes. L’écriture, rédigé au scalpel nous met mal à l’aise, nous incite à réfléchir autour de nombreuses pistes : anorexie, suicide, harcèlement, angoisse. Des thèmes importantes et récurrents, qui semble impacter la plupart des jeunes aujourd’hui. Un roman qui nous ouvre les yeux !

« Ce que j’ai oublié de te dire », Joyce Carol Oates, Editions Livre de Poche, 336 pages, 7,70€

La bâtarde d’Istanbul, Elif Shafak

Asya et Armanoush ont dix-neuf ans. Elles ne se connaissent pas et ont grandi à un bout et à l’autre du monde. Asya a toujours vécu à Istanbul, entourée de sa mère et de ses tantes, dans une famille où les hommes meurent étonnamment jeunes. Armanoush a grandi entre l’Arizona et San Francisco, entre sa mère, américaine, et la famille de son père, arménienne. Elles ne se connaissent pas, on pourrait croire qu’un siècle d’histoire les sépare, et pourtant, par le poids du passé et de leurs familles, elles se ressemblent plus qu’il n’y paraît.

Sans jamais prendre de parti dans les débats qui opposent Turcs et Arméniens, Elif Shafak expose les deux côtés, dans la bouche de jeunes filles qui sont loin de ce qui s’est passé entre les deux peuples en 1915. A la découverte d’Istanbul, de sa culture et de sa cuisine – impossible de ne pas avoir envie de manger de la cuisine turque ou arménienne en refermant ce roman -, le passé s’inscrit dans chacune des femmes qu’Elif Shafak amène à notre rencontre. De la pieuse à la rebelle, de la conservatrice à la nationaliste, c’est aussi bien une ode à la diversité des femmes qu’au dialogue entre les cultures que nous offre la romancière turque.

« La bâtarde d’Istanbul », Elif Shafak (traduction d’Aline Azoulay-Pacvon), Editions 10/18, 384 pages, 8,10€

 

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