La fin de mois est difficile et vous ne pouvez pas vous offrir les livres de la dernière rentrée littéraire ? Pas d’inquiétude, la rédaction d’Untitled Magazine a pensé à vous et vous a concocté une sélection de livres à petit prix mais de grande qualité !

 Le monde selon Garp, John Irving

Jenny Fields, jeune infirmière, désire avoir un enfant mais ne veut pas d’homme dans sa vie. C’est ainsi que naît Garp, dont on suit la vie tout au long du livre. De sa conception à sa mort, le roman retrace l’existence de cet écrivain en devenir, guidé par sa passion pour l’écriture et une vision du monde teintée d’ironie et de loufoquerie qui mèneront à des péripéties délirantes. De cet ouvrage riche et complexe ressortent autant de personnages farfelus et attachants que de thématiques : la place de l’art et de la création dans nos vies, les effets d’une concupiscence effrénée, le féminisme, la parenté, notre rapport au temps…Nourri par un sens aigu de la narration et de l’image, John Irving nous offre des moments inoubliables qui soulignent la violence et le caractère fragile de la vie sans sombrer dans le drame, grâce à un détachement et un humour noir ravageur qui nous prennent souvent au dépourvu. De plus, ce qui rend cet ouvrage encore plus singulier est l’incorporation de nouvelles de Garp au sein même de l’ouvrage, procédé rare en littérature, qui pourtant nous rapproche personnellement du personnage principal.

Aujourd’hui considéré comme un grand classique de la littérature américaine et notamment adapté au cinéma en 1982 (avec Robin Williams!), Le monde selon Garp semble intemporel et réunit les ingrédients qui caractérisent les œuvres  indémodables, à savoir une légèreté dans la manière de raconter certains évènements pourtant tragiques, un style unique d’écriture, et une vision du monde véhiculée par le biais de Garp et de son entourage. Car selon Garp et son créateur, « le romancier est un médecin qui ne s’occuperait que des incurables. Et nous sommes tous des incurables ! »

« Le monde selon Garp » John Irving, Éditions Points, 672 pages, 9 €

 

 Le confident, Hélène Grémillon

Camille, jeune éditrice, vient de perdre sa mère. Parmi les lettres de condoléances, elle ouvre un mystérieux courrier, non signé. Pas de date, pas de signature, pas d’interpellation. Elle croit d’abord à une erreur, mais les lettres continuent d’affluer, et elle comprend que c’est une suite de chapitres, tissant un roman de deux amours impossibles. Sans doute un auteur espérant une publication de sa part, utilisant ce stratagème pour attirer son attention et espérer être publié dans sa maison d’édition. Mais chaque semaine, un nouveau courrier est adressé. Camille se prend au jeu, attendant la suite avec impatience. Mais au fil de sa lecture, Camille sait qu’elle n’est pas étrangère à cette histoire, que ces messages lui sont destinés et que ce terrible secret, c’est à elle qu’il doit être révélé.

Mais qui est ce fameux Louis ? Ces lettres remontent le temps jusqu’à la veille de la Seconde guerre mondiale, et au conflit lui-même. Alors que le pays se déchire pour des raisons politiques, les conflits privés se font ressentir, et ne sont pas moins cruels. Fou amoureux, Louis raconte comment il a perdu Annie, à cause d’une certaine Madame M, une femme désespérée.

Hélène Grémillon signe un roman explosif, dans lequel la grande Histoire côtoie la petite. Ici, elle évoque le quotidien des Français durant la guerre. Elle tisse son histoire, avec en toile de fond, la Seconde guerre mondiale. Jonglant entre narration, alternance des lettres, propos rapportés des personnages, l’auteure nous tient en haleine jusqu’aux dernières pages. Au coeur de ce roman, une question persiste et nous interroge sur la maternité et ses origines, est-on mère parce que nous portons un enfant ou parce qu’on l’élève ?

« Le confident », Hélène Grémillon, Editions Folio, 320 pages, 7,90€

 

Khalil, Yasmina Khadra

Paris, vendredi 13 novembre 2015. Quatre hommes sont en route vers Paris, un chauffeur et trois terroristes. Leur but ? Se faire sauter dans la capitale. Alors que les Bleus chauffent le Stade de France et que les terrasses et brasseries parisiennes se remplissent, ils se préparent à passer à l’acte. Une ceinture d’explosifs à la taille, Khalil fait partie du commando, et s’apprête à faire parler de lui dans la capitale. Mais seulement les deux premiers réussiront, le troisième ne parviendra pas à déclencher sa ceinture. Que s’est-il passé ? Il rejoindra la Belgique avec un ami qui ignore tout de ses actes et qui le ramène chez lui.

Avec Khalil, Yasmina Khadra nous livre une approche inédite du terrorisme et nous plonge avec justesse dans l’esprit d’un kamikaze qu’il suit à la trace. On va suivre le parcours de cet homme et tenter de comprendre les raisons qui l’ont mené jusqu’ici. Tout au long du livre, l’auteur va nous exposer les différents points de vue jonglant entre les différents personnages. Il décortique avec brio le processus de radicalisation et nous entraîne dans la spirale infernale de l’endoctrinement.

« Khalil », Yasmina Khadra, Editions Pocket, 240 pages, 6,95 euros

Une fille dans la jungle, Delphine Coulin

Hawa, jeune adolescente de 17 ans, éthiopienne, vient d’arriver clandestinement dans la jungle de Calais. Très vite, elle fait la rencontre de cinq autres enfants : Milad et son petit frère Jawad, Elira, Ibrahim et Ali venus d’Albanie, d’Ethiopie et d’Afghanistan. Ensemble, ils vont tenter de lutter contre le froid, la saleté, la maltraitance, la faim et l’humidité dans l’espoir de vivre une vie meilleure une fois en Angleterre.

Delphine Coulin dresse un portrait sans concession de ces enfants survivants dans cet environnement hostile, toujours peuplé de prédateurs traquant le moindre signe de faiblesse. Exploités, confrontés aux dangers, taxés auprès des gangs, des passeurs, soumis aux voleurs, ils peuvent à tout moment tomber. Dans cette jungle de toutes les horreurs, ces enfants ne rêvent que d’une chose, partir. Nuit après nuit, ils tentent leur chance. Avec le démantèlement et l’évacuation de la jungle de Calais, Delphine Coulin signe un roman percutant.

« Une fille dans la jungle », Delphine Coulin, Editions Livre de Poche, 240 pages, 7,40 euros

Le temps où nous chantions, Richard Powers

Delia et David se rencontrent à un concert à Washington en 1939, elle est noire et lui est un juif qui a fui le nazisme en Europe. C’est leur passion commune pour la musique qui va les emporter dans une longue histoire d’amour. Ensemble, ils vont se battre contre les préjugés, contre les événements du monde, tout en protégeant leurs trois enfants et toujours au travers de la musique.

Dans un roman fleuve, Richard Powers couvre presque un demi-siècle d’histoire, de 1935 à la fin du 20ème siècle. Cette histoire d’amour est aussi une page d’Histoire puisqu’à travers elle, c’est aussi la société qui est décrite et critiquée par les prismes de ces deux personnages. Leur amour est illégal et pourtant va traverser l’histoire. Chaque personnage poursuit sa propre cause, de l’amour à la musique en passant par la lutte pour les droits des noirs. Un roman sociétal intense et important.

C’est aussi un roman sur la musique. Richard Powers a un talent certain pour faire sentir et vivre la musique à ses lecteurs. Ces parents qui se rencontrent à un concert puis qui vont élever leurs enfants dans la musique, puis ce fils, brillant ténor. La sensibilité du roman passe autant dans les sentiments qui se déploient au coeur de cette famille que dans la recherche musicale qui se fraie un chemin au fil des pages.

« Le temps où nous chantions », Richard Powers (traduit de l’anglais par Nicolas Richard), Editions 10/18, 1056 pages, 12,10 euros

 

Le dimanche des mères, Graham Swift

30 mars 2024, en Angleterre c’est le dimanche des mères. Ce jour de la semaine où les employés donnent congé à leurs domestiques pour qu’ils rendent visite à leur famille. Dans cette campagne anglaise, qui se remet petit à petit de la guerre, Jane est éprise de Paul. Mais Jane est bonne et Paul, un aristocrate qui va bientôt se marier. En ce 30 mars, il l’invite à pénétrer pour la première fois chez lui, mais Jane sait que ce sera la dernière.

En ce dimanche des mères, Graham Swift nous entraîne dans une chambre, là où Jane et Paul se découvrent pour la dernière fois. Ce dimanche marquera à jamais la vie de Jane, qui 70 ans plus tard, alors écrivaine, nous raconte ce jour mémorable. Sensuel, déroutant, avec une écriture gracieuse, on plonge dans ce récit émouvant aux côtés de Jane, qui fera partie d’une classe nouvelle, émergente, en quête de liberté.

« Le dimanche des mères », Graham Swift (traduit de l’anglais par Marie-Odile Fortier-Masek, Editions Folio, 176 pages, 7,40 euros

Par amour, Valérie Tuong Cong

19 juin 1940, l’évacuation de la ville du Havre est ordonnée. Tous, se rejoignent sur les routes avec ce qu’ils ont peut emporter. Il faut fuir, la ville n’est plus en sécurité, les Allemands vont arriver. Dans ce chaos, deux familles havraises, dans la tourmente de la guerre, racontent à sa manière ce qu’ils vont vivre : les femmes privés d’un mari, les enfants à réconforter, l’Occupation, le froid, le rationnement … D’un côté, on découvre Joffre et Emélie, patriotes et  concierges d’écoles avec leurs enfants et de l’autre, Muguette et sa petite famille, touchée rapidement par la misère et la maladie.

Dans ce roman, Valerie Tong Cuong raconte avec brio – en s’inspirant de nombreuses histoires et de faits réels – le véritable quotidien d’une famille havraise durant ces moments de guerre. Elle offre un magnifique roman choral dans lequel adultes et enfants se confient, et qui malgré ces terribles événements laissent toujours une place à l’amour et à l’espoir.

« Par amour », Valérie Tuong Cong, Editions Livre de poche, 384 pages, 7,60€

Principe de suspension, Vanessa Bamberger

Thomas et Olivia habitent une petite ville de l’Ouest de la France, de ces régions en cours de désindustrialisation, victime de la délocalisation de la production vers les pays d’Europe de l’Est. Thomas est le directeur d’une usine qui produit des pièces d’inhalateurs pour les asthmatiques, et son seul client menace de diminuer les commandes. Sa femme Olivia reste à la maison s’occuper de leurs deux fils, ayant abandonné son rêve de vivre de sa peinture. Tous les deux sont malheureux, coincés de leur côtés sans communication. Jusqu’au jour où Thomas a un accident et tombe dans le coma. A son chevet, Olivia s’interroge sur leur vie, leur relation de couple presque inexistante après quinze ans de mariage, ses empêchements et ses regrets.

En parallèle, un retour en arrière de quelques semaines nous permet de suivre les derniers jours de Thomas avant son accident : ses rapports avec ses 37 ouvriers, dont il essaye de sauver les emplois, ses interrogations sur son statut de patron et sur l’état de l’industrie dans la région, ses tentatives pour sauver son activité.

Avec des chapitres alternant entre Thomas et Olivia, Vanessa Bamberger nous propose une réflexion sur l’industrie française, les perspectives qu’elle offre à ses ouvriers épuisés et sous-payés, la pression du dumping social des autres pays d’Europe, et les rapports parfois compliqués entre patrons et employés, par le biais des syndicats.

« Principe de suspension », Vanessa Bamberger, Editions Liana Levi/Piccolo, 208 pages, 10€

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