La fin de mois est difficile et vous ne pouvez pas vous offrir les livres de la dernière rentrée littéraire ? Pas d’inquiétude, la rédaction d’Untitled Magazine a pensé à vous et vous a concocté une sélection de livres à petit prix mais de grande qualité !

« Le grand marin », Catherine Poulain

Une jeune femme, Lili, rêve d’aventures. De prendre le large. Alors qu’elle vit dans un patelin près de Manosque, dans les Alpes, elle n’a qu’une envie : partir, et décide d’aller au bout du monde. Elle veut embarquer sur n’importe quel cargo. Mais au lieu de partir pour la Bretagne, elle a préféré l’Alaska.

Après un long périple, un moment sur le sol américain sans la fameuse « green card », elle débarque à Kodiak et réussit à se faire embaucher sur un cargo pour plusieurs semaines, sans la moindre expérience. Celle qu’on surnomme le Moineau ou même la Kid, embarquera pour une saison de pêche à la morue noire, au flétan et au saumon. Supporter l’humidité, dormir à même le sol, la fatigue, la peur, les blessures, le sel qui ronge la peau… Elle le sait, elle devra affronter des conditions très dures. Mais sur le bateau, elle est la seule femme parmi l’équipage constitué de marins XXL, qui sont nés sur l’eau et ne supportent plus la terre ferme. Avant de devenir un vrai marin, elle devra dépasser le statut de novice que lui font payer les autres marins. L’apprentissage est dur mais Lili reste courageuse, obstinée, trime et souhaite montrer qu’elle fait le poids. Même gravement blessée, d’un empoisonnement du sang et d’une côté brisée, sa force de caractère lui permettra supporter la vie en mer.

Pour son premier roman, Catherine Poulain offre un beau récit autobiographique en pleine mer. Très jeune, elle commence à voyager et au gré de ses voyages, finira comme employée dans une conserverie de poissons en Islande et sur les chantiers navals aux Etats-Unis. Le Grand Marin est un passionnant roman, à l’écriture précise, nerveuse composé de dialogues apportant avec brio un rythme au récit.

« Le grand marin », Catherine Poulain, Editions Points, 384 pages, 7,90 euros

 

« Marx et la poupée », Maryam Madjidi

Petite, depuis le ventre de sa mère, Maryam vit déjà les premières heures de la révolution iranienne. Six ans plus tard, elle prendra un avion pour rejoindre son père en exil à Paris. Refusant de livrer un récit chronologique, l’auteure offre un kaléidoscope de souvenirs, de tourments, de sensations qu’elle assemble tel un patchwork. Mais ce qui retient réellement notre attention, ce sont les incessants allers-retours entre le « je », le « elle » et le « il ». Ici, parlant de ses proches ou d’elle-même, Maryam Madjidi rend son histoire universelle, se référant aussi aux autres, à son parcours qui n’est pas unique et faisant écho à ce que d’autres ont vécu avant elle. Elle s’éloigne de sa propre histoire, pour s’approprier les histoires passées, similaires à la sienne et les rendre singulières. Dans cette quête de soi-même, elle sera secondée par la voix de sa grand-mère restée en Iran.

Toute sa vie, Maryam Madjidi a jonglé entre ses racines iraniennes et son nouveau chez elle, la France. Double culture, double langue, elle raconte avec humour et tendresse combien ses racines peuvent être tant des remparts, qu’un fardeau mais parfois aussi une belle arme de séduction. A travers ses souvenirs d’enfance, elle décrit l’éloignement familial, l’abandon du pays, la perte de ses jouets et l’effacement progressif du persan. Marx et la poupée est un beau récit autobiographique et poétique, d’une enfance iranienne à une vie « française ».

« Marx et la poupée », Maryam Madjidi, Edition J’ai lu, 224 pages, 7,10 euros

 

« Comme tous les après-midi », Zoya Pirzad

Dans son magnifique recueil de nouvelles, Zoya Pirzad met en scène les femmes. Les femmes du quotidien, les femmes qui restent à la maison, les femmes qui s’occupent de leur mari, les femmes qui s’inquiètent pour leurs enfants, les femmes qui travaillent. Elles sont les personnages principaux de ces nouvelles, et elles sont si puissantes qu’elles éclipsent tous les autres personnages. Zoya Pirzad nous parle de famille, de féminité et de quotidien en Iran, et ce qui semble traverser toutes les couches de la société et toutes les époques, c’est l’ennui. L’ennui de ces femmes qui attendent, qui attendent les autres, qui attendent un avenir meilleur.

D’une longueur qui varie, les nouvelles nous racontent toutes de belles histoires d’héritage, de ce que les femmes transmettent d’une génération à l’autre, de leur place dans la famille. Zoya Pirzad nous offre une richesse dans l’écriture qui ne fait jamais du cas particulier la règle générale, mais qui donne à voir la diversité des situations, tout en rappelant les traits communs à toutes ces femmes. Ainsi, la mère célibataire qui travaille de nuit et attend avec impatience le retour de l’école de sa fille succède à l’histoire de cette grand-mère, qui ne voit que très peu ses enfants qui habitent à l’autre bout de la ville mais qui insiste pour conserver sa maison, son jardin et son indépendance.

Comme tous les après-midi est finalement une ode à la diversité des femmes, à leurs particularités et à leur capacité à s’adapter sans jamais renoncer.

« Comme tous les après-midi », Zoya Pirzad, Editions Livre de Poche, 160 pages

 

« Les Murs et autres histoires (d’amour) », Vaikom Muhammad Basheer

Basheer, l’un des plus grands écrivains de l’Inde contemporaine, nous offre des nouvelles longues, qui se lisent comme des contes philosophiques écrits à l’intention de chaque lecteur. On y est pris à parti, on est inclus et c’est véritablement à chacun de nous que ce conteur hors pair raconte ses histoires. Et quelles histoires ! Basheer a vécu plusieurs vie en une, tour à tour activiste politique, prisonnier, ascète et voyageur mendiant, mais sans jamais se départir de son optimisme et de son enthousiasme. Et les histoires qui sont rassemblées dans ce recueil sont aussi des histoires d’amour…

Dans Les Murs, Basheer est emprisonné pour ses écrits révolutionnaires et acquiert un statut spécial dans la prison : il offre à tous des roses qu’il fait pousser dans un carré d’herbe devant sa cellule, et se lie d’amitié avec prisonniers et matons. Mais surtout, il ne peut s’empêcher de penser à l’odeur qu’il a senti en entrant dans la prison, une odeur de femme qu’il cherche à retrouver. Nouvelle à la fois optimiste et nostalgique, Les Murs procure une introduction dans la finesse du style de Basheer qui sera confirmée par les nouvelles suivantes.

Pensé comme un hymne à l’amour par Basheer, on ne peut s’empêcher de voir en Les Murs et autres histoires (d’amour) un recueil où l’amour romantique est finalement un amour parfois à sens unique, où la femme est extérieure et peu prise en compte alors qu’elle est mise au centre…

« Les Murs et autres histoires (d’amour) », Vaikom Muhammad Basheer, Editions Zulma, 160 pages, 8,95€

« La porte des enfers », Laurent Gaudé

Quatre ans après son prix Goncourt obtenu pour Le Soleil des Scorta en 2004, Laurent Gaudé retrouve l’Italie du Sud avec La porte des enfers, un roman dont l’intrigue ne se déroule pas dans les Pouilles mais de l’autre côté de la botte italienne, à Naples.

Dans ce livre aux résonances fantastiques, on suit la voix d’un narrateur double, à la fois fils et père. Le fils, c’est Pippo, six ans, qui ne se relèvera pas de la balle qui l’atteint un jour en pleine rue sur le chemin de l’école. Son père, Matteo, n’a pas pu le protéger de la violence des clans mafieux qui se livrent une véritable guerre dans les rues de Naples. Qu’importe, il ira chercher son fils, dans les entrailles de la terre s’il le faut…

Gomorra et La Divine Comédie se rencontrent dans ce cinquième roman de Laurent Gaudé où la réalité crasse de Naples côtoie son mysticisme et son charme indicible, celle d’une ville où tout est possible, même revenir d’entre les morts… Un récit onirique et déchirant.

La porte des enfers, Laurent Gaudé, éditions Babel, 272 pages, 7,70€

 

« Où en est la nuit », Jean Hatzfeld

Frédéric, journaliste, se retrouve bloqué quelques jours au cœur d’une oasis, à la frontière entre l’Ethiopie et la Somalie, là où tous les combats se déroulent. En attendant de pouvoir rejoindre Addis-Abeba, il partage le quotidien des bédouins et des soldats. Très vite, il fera la connaissance d’Ayanleh Makeda, une légende de la course à pied. Marathonien surdoué, il a gagné deux médailles d’or aux Jeux Olympiques, personne ne semblait à sa hauteur. Mais aux JO de Pékin, un contrôle antidopage met subitement fin à sa carrière.

Fasciné par la personnalité d’Ayanleh, Frédéric va tenter de percer le mystère qui se cache derrière cette histoire. Mais l’ancien coureur évite de parler du passé. Sous forme d’enquête, à l’aide de retours en arrière, on découvre la vie de ce champion déchu. Noble et taciturne, incompatible avec la figure d’un tricheur, qui est réellement Ayanleh ? Jean Hatzfeld parle magnifiquement de sport et nous entraîne sur les traces du double champion olympique. Mêlant fiction et réalité, avec un récit basé sur de longs dialogues, l’auteur nous livre les subtilités de ce monde passionnant, les spécificités africaines et le franc-parler des Africains francophones. On se laisse captiver par les divers personnages, mais surtout par Frédéric qui décrit avec justesse son métier de grand reporter.

« Où en est la nuit », Jean Hatzfeld, Edition Folio, 256 pages, 7,40 euros