La fin de mois est difficile et vous ne pouvez pas vous offrir les livres de la dernière rentrée littéraire ? Pas d’inquiétude, la rédaction d’Untitled Magazine a pensé à vous et vous a concocté une sélection de livres à petit prix mais de grande qualité !

 Les soeurs aux yeux bleus, Marie Sizun

Meudon. En cette fin de XIXème, l’avenir est incertain pour la famille et les enfants Sézeneau. Alors que leur mère, Hulda, vient de mourir, les cinq enfants, dont le plus âgé n’a que 10 ans, se retrouvent seuls avec un père austère et leur gouvernante suédoise, Livia Bergvist. Une gouvernante qui aurait causé du chagrin à sa seule amie, et qui l’aurait trahie. Et tandis que les garçons sont envoyés dans une pension militaire, les filles dont le père ne souhaite pas se séparer doivent le suivre à Saint-Pétersbourg. Durant six ans, les trois jeunes filles vont côtoyer la riche société russe, et devront faire face à l’autorité de cet homme idolâtré mais abusif, tout en découvrant en grandissant le véritable rôle de Livia dans la mort de leur mère. A leur retour en France, cette dernière disparaît de leur vie et les trois filles s’installent dans une station balnéaire de la région nantaise avec leur père. Dans une société en pleine évolution, commence alors une nouvelle vie pour “les sœurs aux yeux bleus”, faite de restrictions, de solitude et d’ennui.

Pourtant, des rêves d’évasion et de liberté émergent auprès de la benjamine, qui conduiront à se retrouver toutes les trois à Paris, avec des destins différents. A mesure des joies et des peines, les jeunes filles feront l’apprentissage de la liberté et illustrent l’émancipation féminine de cette époque. 

En construisant son roman à partir de quelques photos jaunies, de secrets de famille et d’un prénom qu’elle n’osait jamais prononcer, Marie Sizun ancre son roman dans la France de toutes les évolutions. De Meudon à Paris en passant par Saint-Pétersbourg, les trois jeunes filles conquièrent, malgré le poids des secrets et des obstacles, une liberté qui n’a pas de prix.

« Les soeurs aux yeux bleus », Marie Sizun, Edition Folio, 400 pages, 8,70 €

Ni toi ni moi, Camille Laurens

Sorte de dialogue à une seule voix où la seconde manque, Ni toi ni moi met face à face une romancière et un cinéaste, une histoire d’amour et sa représentation à l’écran, le temps et les souvenirs. L’autrice, à la demande d’un réalisateur qui vit à l’autre bout du monde, revient sur un texte qu’elle a écrit plusieurs années plus tôt, autobiographique comme à l’habitude de Camille Laurens : une histoire d’amour, mais surtout de désamour, de désillusion. Une histoire parallèle à celle de l’Adolphe de Benjamin Constant, où les images et la musique ont toute leur place.

Camille Laurens nous emmène dans les rues de Paris, à la suite de ce couple qui se fait et se défait en un claquement de doigt, où l’amour est et n’est pas, où les arts sont centraux – qu’en reste-t-il plusieurs années plus tard ? Alors qu’elle se replonge dans cette relation, réécrit des scènes de son histoire tout en se décentrant, la narratrice revit différentes phases de sa vie, différentes relations qui l’ont marquées, différentes traductions en littérature – la vie et l’amour comme matériaux bruts qui peuvent être retravaillés à l’infini !

« Ni toi ni moi », Camille Laurens, Editions Folio, 321 pages, 8,60€

Les aventures de China Iron, Gabriela Cabezon Camara

Les aventures de China Iron reprend un classique de la littérature argentine, mais en l’abordant sous un angle féministe et avec comme personnage principale la femme de Martin Fierro. On y suit China Iron et sa quête de liberté. Lorsque Martin part dans l’armée, la jeune femme décide de saisir cette chance et de s’enfuir des bras oppressants de son mari violent et alcoolique. Dans sa fuite, elle rencontre Liz, une femme britannique à la recherche de son mari. Toutes deux vont faire équipe et traverser la pampa, chacune pour assouvir leur objectif premier, mais avant tout pour découvrir une nouvelle manière de vivre. Dans cette charrette, China Iron découvre, par la parole de Liz, l’Angleterre et ses coutumes, son climat aussi, très différent du ciel argentin. C’est un réel échange culturel qui se passe entre les deux protagonistes qui, au fil des journées et nuits passées dans cette charrette, vont apprendre à se connaître et à s’apprécier, jusqu’à avoir un lien très puissant l’une envers l’autre. Au fur et à mesure, le roman glisse vers le western par ses grands espaces omniprésents et le climat tantôt orageux tantôt sec et poussiéreux.

En reprenant le poème « El Gaucho Martin Fierro » de José Hernandez et en y mettant la femme en avant, Gabriella Cabezon Camara peint le portrait de China Iron qui se libère enfin de ses chaînes et se révèle à elle-même. Cette relecture moderne donne un renouveau au texte initial et lui offre l’opportunité d’être (re)découvert. Les aventures de China Iron peuvent alors se lire comme un western féministe, un roman d’aventures ou encore une histoire d’amour pleine de merveilleux, le tout dans les paysages époustouflants de l’Argentine du XIXe siècle. Un roman lumineux et poétique.

« Les aventures de China Iron », Gabriela Cabezon Camara, traduit par Guillaume Contré, Edition 10/18, 216 pages, 7,60 €

Anomalie, Julie Peyr

Sur l’Île Saint Denis, Mehdi et Leila vivent dans une cité avec Danielle, leur institutrice et mère adoptive. Passionnés de natation, ils rencontrent Mai, adolescente craintive, d’un milieu social plus aisé qui vit dans un pavillon de banlieue. Une amitié étrange s’installe entre les protagonistes de l’histoire. Entre compétitions de natation, découverte du corps et rivalité, les trois adolescents se cherchent.

Julie Peyr décrit la brutalité du monde adolescent et celui des amours contrariées. C’est aussi un roman sur les classes sociales, sur la vie en banlieue et sur les rixes entre adolescents.

Ce sont les errances de la pensée d’un jeune homme qui grandit que narre Mehdi dans ce roman. C’est sa fascination pour Mai et pour sa sœur qu’il adule. Ses pensées qui s’entremêlent avec son quotidien de jeune ado.

Roman fort et cruel, Anomalie nous plonge dans un quotidien adolescent brutal.

« Anomalie », Julie Peyr, Editions Points, 264 pages, 7,40 €

La putain du califat, Sara Daniel & Benoit Kanabus

C’est l’histoire de Marie, irakienne, chrétienne et vendue pas moins de treize fois par l’État islamique. Séquestrée, violée, battue et humiliée, cette jeune femme a passé deux ans enfermée dans des chambres insalubres et isolée du monde, prisonnière à Mossoul et Raqqa. Victime de sa religion et de sa beauté, elle n’aura qu’une seule utilité : satisfaire les besoins sexuels et les pulsions de ces différentes maîtres. 

Cette enquête, signée par un philosophe belge et une journaliste française, parfaitement bien  documentée, retrace l’histoire de Marie tout en dénonçant l’horreur de cette triste réalité. Revenant sur trois ans de calvaire, les auteurs livrent la version de Marie, un témoignage parmi tant d’autres femmes, qui comme elles ne sont que des victimes, des objets aux yeux de ces fanatiques. Mais combien sont-elles ou se retrouvent-elles encore esclaves sexuelles ? 

A travers ce bouleversant témoignage, celle qui témoigne de sa descente aux enfers, ouvre les portes de la honte, de la souffrance et de cette guerre, qui nous horrifie de part sa violence et son horreur.

« La putain du califat », Sara Daniel & Benoit Kanabus, Edition J’ai Lu, 224 pages, 7 € 

Bénie soit Sixtine, Maylis Adhémar

Nantes, 2013. Sixtine, jeune fille très pieuse, fait la connaissance de Pierre-Louis Sue de la Garde en qui elle verra rapidement un époux idéal. Partageant les mêmes valeurs qu’elle, elle accepte le mariage dans le rite catholique traditionnel. Sa destinée est toute tracée : arrêt de ses études, vie de mère au foyer, dîners mondains etc… Mais alors que leur nuit de noces est un désastre, l’arrivée d’un premier héritier s’avère être pour elle un véritable chemin de croix. Et tandis que la jeune fille traverse une grossesse difficile, son jeune mari s’occupe en chassant “du gauchiste” et à organiser des Manif pour Tous. 

Enfanter dans la douleur, mettre sa vie de côté, dire “Amen” aux exigences de son mari, de sa belle-mère, de sa famille et se plier coûte que coûte sans se plaindre… Une situation à laquelle Sixtine devra faire face jusqu’à un tragique événement qui la forcera à ouvrir les yeux sur son avenir, celle de son enfant, mais surtout sa condition. 

Avec ce premier roman, Maylis Adhémar livre un magnifique roman autour de l’éveil et de l’émancipation. A travers l’histoire de Sixtine, la romancière décrit l’emprise exercée par une famille extrémiste, le poids de la religion et signe un beau plaidoyer sur la tolérance et la liberté.

« Bénie soit Sixtine », Maylis Adhémar, Edition Pocket, 320 pages, 7,70 €

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