La fin de mois est difficile et vous ne pouvez pas vous offrir les livres de la dernière rentrée littéraire ? Pas d’inquiétude, la rédaction d’Untitled Magazine a pensé à vous et vous a concocté une sélection de livres à petit prix mais de grande qualité !

Rachel et les siens, Metin Arditi

Palestine, début du XXème siècle. Dans une maison de la rue Naguib-Boustros, Rachel et ses parents, des juifs de Palestine partagent leur maison avec les Khalifa, des arabes chrétiens. Un jour, un Ashkénaze, qui a fui avec sa famille les pogromes des pays de l’Est, et qui vient de perdre sa femme, vient demander de l’aide à Daoud, car c’est à bout de force qu’il tente de faire vivre ses filles. Mais ce dernier refuse, par peur des représailles. Alors Iakov se pend, entraînant avec lui dans la mort ses deux petites filles. Mais Ida survit, et sous le poids de la culpabilité Rozika décide de l’adopter. Tous vivent ensemble et ne font qu’une seule et même famille jusqu’à ce que l’Histoire vienne à les éloigner.

Grande guerre, immigration, conflits religieux… Frères et sœurs se retrouvent séparés, sans même savoir pourquoi ni comment. Et commencent alors des années d’exil pour Rachel, qui va connaître des événements radieux comme tragiques, qui feront basculer son destin, mais celui des autres aussi. De Jaffa à Istanbul, puis à Paris, elle affronte, intrépide, ce monde hostile grâce à sa passion absolue pour le théâtre, créant alors une œuvre bouleversante qui lui permettra de devenir la plus grande dramaturge de son temps.

Metin Arditi signe un roman puissant et émouvant, dans un temps où juifs et arabes vivaient en harmonie, jusqu’à ce que la grande Histoire s’en mêle.

« Rachel et les siens », Metin Arditi, Editions Points, 384 pages, 7,90€

Alabama 1963, Ludovic Manchette & Christian Niemiec

Birmingham, Alabama. Dans les années 60, en plein cœur d’une Amérique ravagée par la ségrégation, Bud – détective privée alcoolique et mal en point – s’inquiète d’étranges disparitions de petites filles noires. Adela Cobb, mère de famille et veuve, domestique noire pour famille aisée blanche, se déplace de maison en maison pour tenter de faire briller les intérieurs des maisonnées de la ville.  Jusqu’au jour où elle finit par croiser le chemin de Bud, un être à qui tout l’oppose à priori.

Chacun se toise, s’observe, se juge… Une méfiance s’installe naturellement entre eux. Jusqu’au jour où elle apprend qu’il a accepté de travailler pour les parents de la petite fille noire disparue. S’en suit alors une improbable complicité qui va permettre au duo – mais aussi à deux mondes que tout semble opposer – de mener la grande enquête et ainsi de retrouver les jeunes filles disparues. Une manière de faire rencontrer deux mondes, qui se fuient, se rejettent, se comprennent mal, mais qui peuvent si brillamment se compléter.

A travers une enquête policière, Ludovic Manchette et Christian Niemiec dressent le portrait d’une société divisée, de deux univers opposés qui ont pourtant tant à se donner. Une plongée passionnante dans les Etats-Unis des années 60 sur fond de ségrégation, d’assassinat de Kennedy et de Ku Klux Klan.

« Alabama 1963 », Ludovic Manchette & Christian Niemiec, Editions Pocket, 352 pages, 7,60 €

Les impatientes, Djaïli Amadou Amal

Les impatientes de Djaïli Amadou Amal - Editions J'ai Lu

Au Cameroun, issues des communautés peules et musulmanes, Ramla, Hindou et Safira sont mariées de force, encore toutes jeunes filles, voire même enfants. Elles passent de la domination de leur père à celle de leur mari, de la maison de leur père à l’appartement de leur mari, sans jamais avoir leur mot à dire. Et elles doivent dans de très nombreux cas partager leur quotidien avec d’autres femmes, les autres femmes choisies par leur mari, polygames pour beaucoup.

Face aux violences des mariages forcés, aux violences conjugales et viols conjugaux, aux violences des rivales et autres épouses, on enseigne à ces filles à être patientes – on le leur répète à longueur de journée : elles doivent respecter les enseignements du Coran, faire honneur à Allah, à leur père et à leur mari. Alors, Ramla, quand ses fiançailles avec l’homme qu’elle aime sont rompues et qu’elle perd tout espoir d’aller un jour à l’université, Hindou, quand elle est mariée de force à son cousin violent et alcoolique, et Safira, quand elle doit accepter l’arrivée, après vingt ans de mariage, d’une nouvelle épouse, doivent se taire et être patientes. Elles n’ont par ailleurs pas intérêt à parler : si elles sont battues, c’est forcément de leur faute ; si elles fuguent, c’est sur leurs mères que les conséquences retomberont ; si elles déshonorent leur père en racontant les violences subies, elles ne s’exposent qu’à davantage de coups.

Dans un roman engagé et dur, Djaïli Amadou Amal met en scène le quotidien de nombreuses filles et femmes au Cameroun, et décrit les violences sans faiblir. Un récit nécessaire pour ne pas oublier ces femmes, victimes du patriarcat, et qui feront tout pour s’en sortir, à leur niveau.

« Les impatientes », Djaïli Amadou Amal, Edition J’ai Lu, 288 pages, 7,90 €

Ce que nous avons perdu dans le feu, Mariana Enriquez

Des histoires de fantômes, d’esprit et de sorcellerie. Des histoires sur l’Argentine, sur la famille et les vérités sombres qui hantent un pays marqué par son histoire. Douze nouvelles aussi monstrueuses qu’ésotériques portées par des personnages aux prises avec leurs propres abîmes. Ce feu, c’est celui des êtres du récit, celui qui consume la réalité d’Adela, de Pablo, de Clara et des autres. Chaque nouvelle est à la lisière entre le surnaturel et la réalité violente d’un pays meurtri.

Mariana Enriquez décrit les monstres intérieurs. Œuvre poétique, l’auteure décrit avec violence et passion les traits d’un pays hanté par sa propre histoire. Elle mêle avec virtuosité les histoires sombres du soir et la sombre histoire de l’Argentine durant sa dictature.

Des nouvelles qui font peur et qui nous emmènent dans un autre monde. Avec le feu de Mariana Enriquez, vous traversez les dimensions.

« Ce que nous avons perdu dans le feu », Mariana Enriquez, traduit de de l’espagnol par Anne Plantagenet, Editions Points, 264 pages, 7,40 €

Encabanée, Gabrielle Filteau-Chiba

Seriez-vous prêt à tout quitter pour vivre seul dans un refuge forestier isolé et perdu en pleine nature ? C’est ce qu’a fait Anouk, jeune montréalaise de 30 ans. Du jour au lendemain, elle a plaqué son confort de citadine pour se retrouver au plus proche de la nature et mener un mode de vie simple et primaire, loin de l’artificialité et de la cupidité de notre société contemporaine.
Dans ce journal de confinement où notre héroïne s’est “encabanée”, on trouve ses doutes, ses pensées mais aussi une introspection quant à la nature de l’homme et sa futilité dans le monde. Face à la force de la nature, l’être humain, même muni des plus grandes technologies possibles, ne pourra rien faire. Les problèmes du quotidien qui nous paraissent d’une grande importance n’existent plus ici, dans cette forêt, où seul survivre compte. Survivre au froid, à la faim, à cet environnement à la fois sauvage et dominé, trouver l’équilibre et cohabiter en harmonie avec la nature, les espèces et les humains.
Sous forme de carnet de voyage, c’est aussi un manifeste contre les actions dévastatrices de l’homme envers la nature. Une invitation à la prise de conscience sur l’impact de chacun sur notre Terre et à un mode de vie plus respectueux de la planète et de son écosystème.

« Encabanée », Gabrielle Filteau-Chiba, Edition Folio, 128 pages, 7 €

Les graciées, Kiran Millwood Hargrave

Les Graciées

Non loin du cercle polaire, au Nord-Est de la Norvège, le petit village de Vardo est en proie à une terrible tempête. A la veille de Noël, en 1617, quarante hommes partis pêcher en mer disparaissent. Les femmes se retrouvent seules au village, obligées de se débrouiller sans l’aide des hommes. S’installent alors la solidarité et la débrouille pour survivre, jusqu’au jour où un délégué envoyé par le roi débarque sur l’île avec son épouse afin de remettre toutes les habitantes sur le droit chemin et de se lancer dans une impitoyable chasse aux sorcières avec la volonté d’éradiquer tout un peuple, les Samis.

Inspirée de faits réels, Kiran Millwood Hargrave revient sur cette terrible époque où le roi Christian IV de Norvège promulgua des lois contre la sorcellerie, inspirées de celles prises par le roi Jacques Stuart d’Écosse. Sur un continent où le froid glacial, les caprices des vents, le manque de végétaux et d’animaux pour se nourrir et les longues nuits hivernales dominent, les Samis n’ont que faire du pouvoir de Dieu. Désireux d’affirmer l’emprise de l’Eglise, gouvernement et clergé feront tout pour “christianiser” ce peuple nomade, connu pour parler aux esprits et commander les vents.

Roman sur la sororité, Les graciées raconte avec perfection ces persécutées incomprises par une société qui n’a qu’un objectif, imposer sa vision et sa religion. Sous fond de rébellion et de passion, la romancière signe un livre plein de courage mêlant indépendance et survie. Un roman historique vieux de 400 ans, qui malheureusement fait encore écho à certaines civilisations.

« Les graciées », Kiran Millwood Hargrave, traduit par Sarah Tardy, Editions Pocket, 448 pages, 7,95 €

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