La fin de mois est difficile et vous ne pouvez pas vous offrir les livres de la dernière rentrée littéraire ? Pas d’inquiétude, la rédaction d’Untitled Magazine a pensé à vous et vous a concocté une sélection de livres à petit prix mais de grande qualité !

Par les écrans du monde, Fanny Taillandier

Dans ce roman fictionnel sur les attentats du 11 septembre 2001 qui ont touché les États-Unis en détruisant les tours du World Trade Center, Fanny Taillandier travaille sur les récits, sur l’importance des images et sur le rapport à la fiction.

Lucy et William reçoivent tous deux tôt le matin de ce jour fatidique un appel de leur père qui leur annonce qu’il va bientôt mourir. Et alors qu’ils se rendent tous deux sur leur lieu de travail, perturbés par cette nouvelle, ils subissent tous les deux de plein fouet les attentats : Lucy travaille pour une société d’évaluation des risques dans l’une des deux tours prises pour cible, alors que William est le chef de la sécurité de l’un des aéroports d’où les avions ont décollé direction New York. L’Egyptien Mohammed Atta prend, lui, le contrôle de l’un de ces avions.

Tandis qu’elle nous fait suivre ces personnages en ce jour qui changera leur vie à tout jamais, Fanny Taillandier étudie l’impact des images sur la réalité, la force des récits dans notre compréhension du réel, la cruauté des expériences personnelles vécues dans leur lien aux sociétés et aux destinées collectives. Elle partage également avec nous quelques réflexions sur les guerres et sur les traces qu’elles laissent chez ceux qui les font et ceux qui les subissent. Une fiction fascinante et riche qui nous fait revivre ce jour comme on ne l’avait jamais imaginé.

« Par les écrans du monde », Fanny Taillandier, Editions Points, 264 pages, 7,40€

La brodeuse de Winchester, Tracy Chevalier

Violet, 38 ans, fait partie des 2 millions de femmes, sans possibilité de se marier avec l’hécatombe de la Première guerre mondiale. Dans une société où le mariage offre un statut et un foyer, la jeune femme – dont le fiancé est mort dans les tranchées – se cherche et doit se trouver un avenir. Seule, et souvent qualifiée de vieille fille, elle constitue pour beaucoup une menace. Mais pour Violet, les années de guerre sont marquées de deuils : son fiancé, son frère et même son père. La vie aux côtés de sa mère lui fait ressentir le malheur, et est faite de chagrins et d’ennui.

Jusqu’au jour où elle décide de déménager à Winchester et découvre les petites mains qui brodent les coussins et agenouilloirs de la cathédrale. Embauchée à plein temps comme dactylo dans une compagnie d’assurance, elle réussit à intégrer le cercle très fermé des brodeuses, et y consacre désormais son temps libre.

Avec La brodeuse de Winchester, Tracy Chevalier signe un attachant portrait – garni d’une pointe d’humour – d’une jeune femme déterminée. Désireuse de tracer sa route et de se créer un avenir, elle tentera coûte que coûte de trouver des solutions pour échapper au sort qui aurait dû être le sien : vivre éternellement auprès de sa mère. A sa façon, l’auteure rend hommage à ces brodeuses et sonneurs de cloches – inconnus -, retranscrit la vie d’une époque et de ces personnages, sans jamais oublier les mœurs et leurs histoires.

« La brodeuse de Winchester », Tracy Chevalier (traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff), Editions Folio, 400 pages, 8,60 €

L’homme qui apprenait lentement, Thomas Pynchon

Œuvre souvent délaissée par le public, L’homme qui apprenait lentement peut être lue comme une initiation à la plume de Pynchon et les sujets qu’il traite dans ses œuvres : la jeunesse, le racisme, les relations humaines et politiques, la déchéance et la complexité du monde et de la science.

Bien que le style soit atténué comparé à ses best-sellers tels que V ou encore Vineland, ce recueil de nouvelles n’en est pas moins qualitatif et apporte son lot de personnages loufoques, désorientés et parfois même antipathiques. Ce qui est sûr, c’est que dans chaque nouvelle, on retrouve un peu de la jeunesse de Pynchon, de cette nostalgie du passé qui le caractérise : « Ce qu’il y a de plus intéressant chez les jeunes gens, somme toute, ce sont ces changements, pas la photographie figée du personnage achevé mais le film, l’âme en mouvement.”

Comme le titre de l’ouvrage l’indique, ces nouvelles sont en quelque sorte l’apprentissage de Pynchon dans l’écriture et la littérature. L’homme qui apprenait lentement, c’est lui. L’auteur nous en parle d’ailleurs, avec du recul, dans la préface de ce recueil où il est particulièrement critique envers lui-même. C’est une écriture brute et directe avec des personnages décalés et des histoires fortes et particulières. De « Petite pluie » à « Intégration secrète », c’est toute une galerie de personnages qui se présente aux lecteurs et se donne en spectacle sur des thèmes sensibles mais percutants. L’aube d’un grand écrivain.

« L’homme qui apprenait lentement, Thomas Pynchon (traduit de l’anglais par Michel Doury), Editions Points, 256 pages, 6,60 €

Une fille sans histoire, Constance Rivière

Paris, 13 novembre 2015. Adèle est seule, assise à sa fenêtre. Terrorisée par l’extérieur, la jeune fille invente les vies qui se déroulent derrière les fenêtres fermées, de l’autre côté de sa cour. Jusqu’à ce terrible soir, où les terroristes ont décidé de frapper, laissant planer un sentiment de peur dans toute la ville. Comme beaucoup de Parisiens, elle reste sidérée devant sa télévision, quand elle voit apparaître un visage, une photo tenue par une mère tremblante demandant des nouvelles de son fils. Ce visage, elle ne le connaissait que très peu, elle l’avait croisée quelques fois de loin dans le bar où elle avait travaillé l’été dernier avant qu’elle ne soit renvoyée. En une poignée de secondes, elle ne réfléchit pas et part à sa recherche. Pour Adèle, commence alors un long chemin de tromperies, de mensonges et d’émotions inventées.

Pour son premier roman, assez court, Constance Rivière décide de s’emparer d’un sujet délicat : le mensonge et la supercherie lors d’un événement tragique. Dans le chaos des survivants, elle donne à voir le quotidien d’Adèle, qui de toutes pièces monte une histoire qu’elle enrichit au fil des jours, jouant un personnage qu’on attend d’elle mais qui n’est pas elle. Dans une France meurtrie, les autres la regardent, frappés par son déterminisme, sans jamais imaginer qu’elle puisse usurper le deuil qui est la pire des douleurs. Avec finesse, l’auteure donne tour à tour la parole aux différents protagonistes, ce qui permet au lecteur de découvrir cette supercherie sous tous les aspects. Adèle, Said, Thomas, la mère de Matteo, chacun apporte à sa manière une pièce du puzzle, vivant chacun une réalité différente.

« Une fille sans histoire », Constance Rivière, Editions Livre de Poche, 168 pages, 7,20 €

Faiseurs d’histoires, Dina Nayeri

Dina Nayeri grandit en Iran dans les années 80. Avec ses parents médecins, ils vivent une existence confortable. Elle se rappelle les roses et les fruits de son enfance, les dimanches dans la montagne près du lac, l’arbre dans leur maison, une enfance somme toute heureuse avec ses parents et son jeune frère. Jusqu’à l’arrivée des Talibans dans le pays. Contraints à la fuite, avec sa mère et son petite frère, Daniel, ils quittent l’Iran laissant derrière eux un pays déchiré et leur père, Baba. S’en suit l’exil à Dubai, en Italie et finalement Oklahoma City.

Ce roman autobiographique prend sa source lorsqu’en 2016, la narratrice et auteure décide de partir dans les camps de réfugiés en Grèce. Elle entreprend son voyage sur ses traces et ses racines. Elle veut retrouver ses origines, mais ses origines ce n’est pas que l’Iran, c’est aussi son parcours de réfugiée. Elle écrit les sensations, les impressions, elle donne des clefs de compréhension et même des solutions pour ces populations déplacées à force de persécutions et de conditions de vie indignes. Elle intercale dans son récit ceux des autres. Des histoires sensibles et cruelles.

Dina Nayeri signe un grand roman sur l’exil et le retour. Douce et amer, elle fait le constat de la douleur des réfugiés.

« Faiseurs d’histoire », Dina Nayeri (traduit par Claire-Marie Clévy), Editions 10/18, 8,80€

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