La fin de mois est difficile et vous ne pouvez pas vous offrir les livres de la dernière rentrée littéraire ? Pas d’inquiétude, la rédaction d’Untitled Magazine a pensé à vous et vous a concocté une sélection de livres à petit prix mais de grande qualité !

« Guerilla Social Club », Marc Fernandez

A Madrid, deux hommes disparaissent. Un autre à Paris et une femme à Buenos Aires. A chaque fois, c’est le même scénario : les victimes sont enlevées et leur cadavre est retrouvé, mutilé. Mais avec tous un passé commun : ils ont combattu contre les dictatures d’Amérique Latine dans les années 70-80. Parmi eux, un vieil ami du journaliste Diego Martin. Soucieux, le madrilène s’empare du sujet pour son émission de radio, aidé par la détective Ana Duràn et sa complice l’avocate Isabel Ferrer. Ensemble, de l’Espagne à l’Argentine, en passant par le Chili, le trio mènera l’enquête et devra faire face aux fantômes de l’Histoire.

Après Mala Vida, Marc Fernandez nous replonge aux côtés de son personnage fétiche, journaliste radio, Diego. Embarqué dans une nouvelle affaire, des enlèvements inexpliqués se produisent un peu partout. Qui sont les victimes ? Qu’ont-elles en commun ? Pourquoi ? Dans ce nouvel opus, les personnages du romancier vont se dévoiler un peu plus. Sentiments, craintes, caractères, on apprend à vivre à leurs côtés tout en s’attachant aussi.

Ensemble, ils feront front commun afin de se soutenir, de retrouver leur ami car le danger n’est pas si loin. Marc Fernandez nous offre un véritable petit bijou de suspens, mêlant à la fois imaginaire sur fond d’Histoire et nous entraîne avec dynamisme sur ce méticuleux travail de recherche.

« Guerilla Social Club », Marc Fernandez, Edition Livre de Poche, 288 pages, 7,20 euros 

« Plonger », Christophe Ono-dit-Biot

Hector n’a que quatre ans lorsque son père, César, lui adresse cette longue « lettre », dans laquelle il lui parle de sa mère, décédée par noyade, loin de la famille. César a rencontré Paz par hasard, un soir dans une supérette, dans un rayon. Elle ne le remarque pas, mais lui oui. Journaliste, critique, César fera appel à un de ses collèges pour retrouver Paz, artiste photographe.

Mais c’est une tragédie qui s’abattra sur les épaules de César. Paz, son grand amour, cette fille des Asturies est retrouvée morte sur une plage d’Arabie. Depuis plusieurs semaines, elle les avait quittés, leur fils Hector et lui. Photographe à succès, elle étouffait à Paris, avait des envies de voyage. Pour César, vacciné de ses longues expériences de reportages, c’est non.

Christophe Ono-Dit-Biot nous offre une belle leçon d’humanité, un plongeon dans un océan d’amour. D’une écriture sublime, l’auteur nous immerge dans une histoire où se mêlent art et amour, tout en brossant le portrait du monde actuel, mais surtout de ses dérives.

« Plonger », Christophe Ono-dit-Biot, Edition Folio, 464 pages, 8,30 euros

« 14 Juillet », Eric Vuillard

Dans ce récit de la prise de la Bastille et de la révolution française de 1789, Eric Vuillard poursuit son travail de réinterprétation du passé. Juste avant l’obtention du prix Goncourt pour l’Ordre du jour paraissait ce livre foisonnant et poétique sur un épisode fondateur de l’histoire et de l’imaginaire français, et même au-delà. Partant du point de vue des révolutionnaires eux-mêmes et à partir d’archives partielles, Vuillard imagine avec détails ce qu’a pu être cette fameuse journée du 14 juillet 1789. En recoupant des faits avérés avec une interprétation plausible de ce moment historique, le lecteur pénètre dans tout l’enthousiasme mais aussi la confusion et la dangerosité de la révolution.

Si il y avait un moyen d’entrer dans l’histoire sans passer par les grands historiens de cette période, Eric Vuillard propose une alternative littéraire qui repousse les barrières peut-être trop pragmatiques de l’histoire traditionnelle, pour donner une vision dynamique et lyrique de l’événement. D’une journée lointaine entrée complètement dans le marbre des manuels scolaires, ce récit (et non pas roman) démontre les hésitations, les sacrifices, les difficultés et l’inconscience aussi de cette journée qui a été déterminante pour l’émancipation populaire de l’Ancien régime. Une histoire en tout cas formidable qui rappelle que l’Histoire est aussi, et pour beaucoup, affaire de mise en récit.

« 14 Juillet », Eric Vuillard, Actes Sud/Babel, 208 pages, 7,80€

« Extension du domaine de la lutte », Michel Houellebecq

Dans ce premier roman de Michel Houellebecq, le narrateur, ingénieur d’une trentaine d’années, se dirige peu à peu vers la dépression. Le héros (dont on ne connaîtra jamais le nom) est un cadre moyen, analyste-programmeur dans une société informatique avec un salaire de 2,5 fois le smic. Malgré son ascension sociale, il ne plaît pas aux femmes. Dépourvu de charme, aux accès dépressifs, il ne correspond pas à ce qu’une femme recherche.

Toujours à la quête de faux-semblants, le narrateur se révèle être un parfait spectateur. Il décrit le quotidien de ceux qui l’entourent, tous en quête perpétuelle d’un peu de plaisir, d’amour mais surtout d’argent. Observant ses congénères et les banalités échangées à la machine à café, l’auteur analyse avec minutie le système et l’influence du modèle libéral. Et selon lui, la sexualité est aussi un système de hiérarchie sociale. Résigné, il se place alors en dehors de cette lutte, de la société et se replonge dans les souvenirs nostalgiques de son adolescence. Sans jamais évoquer ses parents, il revit ces moments de questionnement, de découverte et de plaisir. Face à la réalité de sa vie quotidienne, il songe parfois à la mort, sans jamais pouvoir s’y résoudre.

Michel Houellebecq offre un premier roman évocateur avec des sujets puissants de notre société, qu’on retrouve dans les romans suivants de l’auteur.

« Extension du domaine de la lutte », Michel Houellebecq, J’ai Lu, 160 pages, 5,50 euros

« L’archipel d’une autre vie », Andrei Makine

L’histoire débute en 1952, en pleine guerre froide alors que les soviétiques pensent au début d’une possible 3ème guerre mondiale. Un prisonnier du Goulag s’est échappé. Cinq soldats sont chargés de la ramener, si possible vivant. Ces hommes, chacun représentant un fragment de la Russie, ne se ressemblent pas. Un officier, un lieutenant, deux trouffions et un commissaire politique. Chacun a sa personnalité, mais le même objectif : survivre et quitter l’enfer sibérien. Et cela passe par la capture de Zek, un évadé très à l’aise dans la Taïga, même lorsqu’un hiver meurtrier arrive…

Vingt ans plus tard, un jeune homme croisera par hasard Pavel Gartsev, l’un des soldats de l’automne 52. Il lui contera cette histoire, un roman d’aventure humaine et politique. Et ce jeune garçon, fasciné, qui l’écoute n’est autre qu’Andreï Makine. Le romancier nous fait voyager à travers la taïga sibérienne, aux confins de l’Extrême-Orient russe. Durant cette traque incroyable, chacun va se retrouver face à lui-même. De la proie et des chasseurs qui tient vraiment l’autre ?

« L’archipel d’une autre vie », Andrei Makine, Points, 240 pages, 7,40 euros

« Radeau », Antoine Choplin

Louis et Sarah se rencontrent en 1940, alors que Louis conduit un camion rempli d’oeuvres d’art du Louvre qu’il cherche à mettre à l’abri des Allemands. Sarah marche, pieds nus, le long d’une route, et Louis s’arrête à sa hauteur pour l’inviter à monter. Ils partagent alors un bout du chemin, alors que Louis ne peut pas dévoiler sa mission et que Sarah cache elle aussi un secret qui l’a poussée à s’enfuir. Ils s’apprivoisent, en silence, puis finissent par s’ouvrir l’un à l’autre quand Sarah aide Louis alors que son camion tombe en panne.

Récit entre la douceur et la dureté de la réalité d’une France en guerre, Radeau met en scène une Résistance qu’on ne connaît pas réellement, amoureuse de l’art et qui cherche à le protéger. Avec son écriture englobante qui mélange discours sur l’art et langage oral dans un texte fluide, Antoine Choplin rapproche le destin des survivants du Radeau de la Méduse de Géricault à ceux qui tentent tant bien que mal de survivre à la Seconde guerre mondiale, tout en étant capable de sauvegarder les oeuvres qui ont fait notre Histoire.

« Radeau », Antoine Choplin, Edition Pocket, 160 pages

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