La fin de mois est difficile et vous ne pouvez pas vous offrir les livres de la dernière rentrée littéraire ? Pas d’inquiétude, la rédaction d’Untitled Magazine a pensé à vous et vous a concocté une sélection de livres à petit prix mais de grande qualité !

« Les héritiers de Kervalon », Inès de Kertanguy

A l’aube du XXème siècle, les Kervalon sont une grande famille de l’aristocratie, fière de leurs valeurs et des traditions. Apolline n’a que dix ans lorsqu’elle perd sa mère, la baronne de Saint-Eliph, née Kervalon, en 1906. Malgré ce drame, elle vit heureuse entre Paris et la Normandie, dans le manoir familial entourée de son frère et sa sœur et de ses nombreux cousins. Mais peu après son mariage, la Grande Guerre éclate et emporte les hommes avec elle. Seule, elle élève ses deux enfants dans ce nouveau monde, où les repères s’effondrent et les femmes apprennent à vivre seules.

D’une guerre à l’autre, les femmes s’émancipent, commencent à écouter leurs envies et à vivre pour elles-mêmes. En secret, Apolline ne cesse de nourrir un rêve : devenir pianiste. Contre la volonté de son père, de ses fils, elle tentera de trouver sa place dans cette société en pleine mutation.

Inès de Kertanguy dresse une passionnante saga familiale de l’aristocratie française. Dans la tourmente d’un siècle en pleine mutation, la romancière entremêle batailles fratricides, espérances déçues et secrets de famille tout en balayant avec précision la première moitié du XXème siècle.

« Les héritiers de Kervalon », Inès de Kertanguy, Edition Livre de Poche, 720 pages, 8,30 €

« Le tour du monde du roi Zibeline », Jean-Christophe Rufin

Auguste Benjowski est le roi Zibeline, roi de Madagascar marié à Aphanasie de Nilov. Tous deux sont reçus chez Benjamin Franklin pour lui demander d’affréter un bateau à destination de l’ile malgache, dans le but d’initier des échanges commerciaux avec l’Amérique. Voici le point de départ de ce récit de voyage incroyable.

Ainsi, lorsqu’Auguste s’exprime sur son enfance, son éducation intellectuelle, on est comme transporter dans Candide ou l’optimisme de Voltaire. Bachelet, philosophe et précepteur du jeune comte, détesté par le père du futur roi Zibeline, finira pas être chassé du château. Auguste, quitte alors le domaine familial de Hongrie pour s’engager dans la guerre de Pologne. Aphanasie, quant à elle, nous plonge dans les belles lettres de Rousseau. En voyage à Paris, la jeune femme se lie d’amitié avec Julie de T. Elle fréquente les salons de M.de Holbach, rencontre un jeune marquis vénitien, le tout pour rendre jaloux Auguste, sur les conseils de Julie. Dès cette découverte, Auguste s’enflamme et dévoilera ses sentiments amoureux.

Jean-Christophe Ruffin s’est inspiré des Mémoires et Voyages du compte Maurice Auguste Beniowsku, mort en 1786, explorateur de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie. Hongrie d’origine, Auguste deviendra polonais de cœur, et partira vers le Kamchatka, là où il rencontrera Aphanasie, jeune noble russe. En permettant une narration croisée entre Auguste et Aphanasie, l’auteur offre un merveilleux effet d’alternance.

« Le tour du monde du roi Zibeline », Jean-Christophe Rufin, Edition Folio, 416 pages, 8,30 €

 « On la trouvait plutôt jolie », Michel Bussi

Leyli Maal, jeune femme originaire de Ségou, petit ville située à 100 kilomètres de Bamako, le long du fleuve Niger. Depuis des années, elle se bat pour obtenir un appartement plus grand pour permettre à ces enfants de vivre dans de meilleures conditions. A Port-de-Bouc, dans les Bouches-du-Rhône, elle vient d’obtenir un CDI de femme de ménage à l’Ibis. Tous les soirs, elle s’impose la même obligation : rentrer à 19h30 pour diner avec ses trois enfants. Il y a Alpha, grand et fort, mêlé à des affaires douteuses ; Bambi, la fille qui disparait mystérieusement dès la nuit tombée et Tidiane, le plus jeune qui ne pense qu’au foot et à son ballon porte-bonheur.

Durant quatre jours et trois nuits, on suit la famille Maal, s’interrogeant, prenant conscience que quelque chose nous échappe. Une absence, une incohérence, dans le récit ? Impossible de l’expliquer. Comme toujours, d’une main de maitre, Michel Bussi nous transporte dans cette histoire humaine, qui ne se veut pas forcément politique. Il y dénonce les absurdités administratives, les situations précaires de certains mais aussi le quotidien de ces migrants qui ont tout quitté en espérant de trouver mieux ailleurs.

« On la trouvait plutôt jolie », Michel Bussi, Pocket, 544 pages, 7,90 euros

« Les peaux rouges », Emmanuel Brault

Amédée est raciste. C’est plus fort que lui, il ne peut pas les voir, les sentir, les toucher les « rouges », les « rougeauds ». Ils ont fui la guerre et l’occupation de leur pays, pour venir se réfugier dans le pays d’Amédée Gourd, et il ne peut pas le supporter. En oubliant toute notion de politiquement correct, Emmanuel Brault nous fait entrer, dans ce premier roman, dans la tête d’un raciste. Le style oral, et très personnel de cet anti-héros, abandonné par ses parents et élevé par sa grand-mère, rend le livre d’une richesse infinie, loin de toute étude sociologique, et pourtant si proche d’une partie de notre société.

« Le raciste est un sans-patrie, personne veut de lui, il est le parieur, celui qu’on jette comme une merde. » Amédée Gourd se sent comme la victime d’un système qui le rejette, un système qui ne s’occupe pas de lui. Il a un petit boulot qui lui permet à peine de survivre, il vit toujours chez sa grand-mère sénile, il ne voit pas grand-monde… Mais surtout, il est plein de colère, une colère sourde qui ne passe pas et qui rejaillit sur ceux qui l’entourent. Un jour, il insulte une femme enceinte qu’il a bousculé, une « sale rougeaude », et l’affaire finit au tribunal. Commence alors une descente aux enfers pour cet homme qui se pense dans son bon droit, et ne comprend pas que la société s’acharne.

Les peaux rouges est un roman tragique, construit intelligemment et avec des qualités stylistiques certaines – on ne peut qu’être impressionné par les expressions françaises pleines de fautes qu’Amédée ne cesse d’utiliser – qui nous pousse à nous interroger sur la société dans laquelle on vit.

« Les peaux rouges », Emmanuel Brault, Editions J’ai Lu, 192 pages, 7,10€

« Les derniers jours de Smokey Nelson », Catherine Mavrikakis

Smokey Nelson, après dix-neuf ans dans le couloir de la mort d’un pénitencier du sud des Etats-Unis, va être exécuté. Au même moment, Sydney Blanchard rend visite à la tombe de son idole, Jimi Hendrix, accompagné de sa chienne Betsy, avant d’entreprendre le long voyage du retour vers sa famille, à la Nouvelle-Orléans. Et Pearl Watanabe monte dans un avion pour rendre visite à sa fille en banlieue d’Atlanta, et quitte son île d’Hawaï pour la première fois depuis des années. Ray Ryan, lui, discute avec Dieu, qui l’a guidé toute sa vie, entouré de ses enfants et petits-enfants.

Trois personnages, trois perspectives, trois vies, qui se retrouvent toutes dans la vie – et surtout la mort – de Smokey Nelson. Trois aspects des Etats-Unis que Catherine Mavrikakis met merveilleusement bien en scène, avec trois styles d’écriture différents qui nous font entrer dans l’histoire américaine. Les derniers jours de Smokey Nelson est finalement un roman éminemment politique, qui mêle inégalités sociales, discriminations raciales, problématiques religieuses et interrogations sur la peine de mort.

Catherine Mavrikakis nous offre un magnifique récit polyphonique, sur les désillusionnés du rêve américain à l’aube de l’élection de Barack Obama.

« Les derniers jours de Smokey Nelson », Catherine Mavrikakis, Editions 10/18, 312 pages, 7,50€

« Imago », Cyril Dion

Avec Imago, Cyril Dion propose un roman qui s’intéresse aux convictions, à ce qui habite l’humanité et la fait avancer. Nadr, Amandine et Francesco ne se connaissent pas, et leurs vies n’ont rien à voir. L’un vit dans la bande de Gaza, son quotidien se déroule sous les bombes, et sa seule lumière est dans les livres de poésie qu’il dévore. La seconde a choisi de se retirer dans la forêt pour y finir sa vie hors de la bousculade de la civilisation, et profite de chaque moment qu’il lui est donné de passer avec ses petits-enfants. Et le dernier travaille pour le Fonds monétaire international, dans une tentative d’aider le reste du monde, mais habité par une frustration face à tous ceux qu’il croise.

Chaque personnage, dans ses problématiques personnelles et dans celles de leurs environnements respectifs, s’ébat pour survivre, à sa manière, en essayant d’améliorer comme il le peut ce qui l’entoure. Avec son style poétique et militant, Cyril Dion nous emmène dans le conflit israélo-palestinien et l’horreur des conditions de vie des habitants des Territoires. Mais il n’oublie jamais les relations inter-personnelles, deux frères en conflit mais qui prennent soin l’un de l’autre, une mère qui quitte tout à la recherche de son fils qu’on lui a enlevé… Un récit riche et bouleversant sur l’humanité et la fraternité.

« Imago », Cyril Dion, Editions Actes Sud/Babel, 224 pages, 7,70€

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