La fin de mois est difficile et vous ne pouvez pas vous offrir les livres de la dernière rentrée littéraire ? Pas d’inquiétude, la rédaction d’Untitled Magazine a pensé à vous et vous a concocté une sélection de livres à petit prix mais de grande qualité !

Les impatients, Maria Pourchet

Reine, diplôme d’école de commerce en poche, que tout le monde s’arrache, vient de décrocher un super job dans une boîte de cosmétique. Mais après deux semaines, elle démissionne. Si elle n’avait pas peur d’être clichée, elle dirait qu’elle le fait pour retrouver sa liberté. Entourée de Pierre, mari avocat qui vit lui aussi pour le succès, et son meilleur ami, Etienne, qui crève de prendre la place du PDG de sa boîte et se voit bien entrer en politique, Reine est libre mais n’a pas de temps à perdre.

De l’énergie à revendre, des projets en tête, avide d’entreprendre, elle se lance alors à son compte et démarche les investisseurs pour donner naissance à un projet qui met à l’honneur une algue. Que veut-elle prouver ? Et à qui ? En quittant son poste haut-placé, elle se libérait… de ce dans quoi elle se jette quelques semaines plus tard !

Maria Pourchet met à merveille en scène cette classe sociale pour qui tout est possible, qui ne voit aucune limite à son horizon et qui donnerait tout pour un shot d’oxygène ou une crème à l’algue bretonne. Mais parfois, une rencontre change tout, et pas toujours pour le mieux, ainsi en sera-t-il de Reine et de son Marin.

« Les impatients », Maria Pourchet, Edition Folio, 224 pages, 7,50 euros

Le consentement, Vanessa Springora

Dans les années 80, V est élevée par une mère divorcée et un père le plus souvent aux abonnés absents. Incomprise à l’école et par les autres, elle comble ce vide par la lecture. A 13 ans, lors d’un dîner elle fait la rencontre d’un écrivain, G. dont elle ignore tout. Dès le premier regard, elle est happée par ce personnage et son charisme. 

Quelque temps après, elle reçoit une lettre dans laquelle il déclare son besoin de la revoir. Passionné, omniprésent, il tente de la rassurer : il n’aimera qu’elle. Malgré les rumeurs et les menaces de la brigade des mineurs, V. s’accroche, jusqu’au jour où elle découvre qu’il collectionne depuis toujours les amours avec les adolescentes et pratique le tourisme sexuel en Asie. Derrière les apparences trompeuses, qui est réellement cet homme de lettres protégé par une partie du milieu littéraire de l’époque ? 

Digne et bienveillante, Vanessa Springora termine avec cet ouvrage de se libérer de l’emprise de ce prédateur en l’enfermant dans un livre témoignage. A travers ses phrases, on découvre le parcours et le fruit de trente ans de travail sur soi qui lui ont permis cette introspection. En six chapitres, elle décortique le processus d’emprise qu’a exercé sur elle l’écrivain Gabriel Matzneff et l’acceptation de sa mère alors qu’elle n’avait que 15 ans. 

Avec une franchise touchante, elle relate les faits avec distanciation et sans haine pour parler de sa relation destructrice, dénonçant au fil des pages la complaisance d’une partie de la classe littéraire et intellectuelle, dont la société et les témoins de cette relation ont participé à cette impunité.

« Le consentement », Vanessa Springora, Editions Livre de Poche, 216 pages, 7,40 euros

Une bête au Paradis, Cécile Coulon

Au Paradis, Emilienne élève seule Blanche et Gabriel, les deux enfants de sa fille, morte dans un accident de voiture avec son époux à quelques mètres de la ferme. Veuve depuis un temps incertain, elle recueille aussi Louis, un jeune garçon qui cherche un refuge à l’abri de la violence de son père. 

Mais c’est surtout Blanche, la seule fille qui vouera un amour obsessionnel pour cette ferme qui la verra grandir. Coupée du monde, elle ne vit que pour ses terres et ses bêtes. Jusqu’au jour où elle tombe amoureuse du jeune Alexandre, qui lui rêve de la ville, de quitter la campagne et de dire adieu à ces terres agricoles. 

Dans ce roman aux allures de fable, les femmes sont indépendantes, fortes et affirment leurs choix et leurs passions. Ici, Cécile Coulon ne fait point de cadeau à la gente masculine, qu’elle dépeint comme des hommes violents ou vénaux, très souvent incapable d’arrêter le destin en marche. Une bête au Paradis est l’histoire d’une lignée de femmes qui renoncent à leur vie pour cette terre, qu’elles se transmettent de mère en fille. Une terre qui est leur unique moyen de survie, mais aussi une malédiction.

« Une bête au Paradis », Cécile Coulon, Editions Livre de poche, 288 pages, 7,70€

Le métier de vivre, Cesare Pavese

Le métier de vivre de Cesare Pavese est un texte qui vous marquera sûrement tant par sa vérité que son nihilisme et fatalisme. Journal intime de Pavese de 1935 à 1950, on y retrouve ses réflexions sur la littérature, l’écriture, la vie et le plaisir des femmes. Si ce journal est considéré comme une œuvre littéraire majeure du XXe siècle, c’est parce qu’il y questionne le concept de création et son essence. C’est un texte métaphysique, philosophique et tragique. Car oui, Pavese conçoit sa vie comme une tragédie. Pour Pavese, vivre, c’est écrire. L’écriture de sa vie, ses réussites comme ses échecs, mais surtout ses frustrations avec les femmes et ses émotions : « On ne se tue pas par amour pour une femme. On se tue parce qu’un amour, n’importe quel amour, nous révèle dans notre nudité, dans notre misère, dans notre état désarmé, dans notre néant. »

Dans ses réflexions, le lecteur peut se reconnaître et s’identifier. Il y a des combats qui font écho à notre histoire personnelle et à nos peurs : « Quand nous lisons, nous ne cherchons pas des idées neuves, mais des pensées déjà pensées par nous, qui acquièrent sur la page imprimée le sceau d’une confirmation. »

Pavese se met à nu et laisse derrière lui tout ego. Constante réflexion sur ses états d’âme et les solutions qu’il peut y apporter, il en vient à la conclusion que toutes les souffrances ne se valent pas et que certaines ne guérissent pas : « Pourquoi mourir ? Jamais je n’ai été aussi vivant que maintenant, jamais aussi adolescent. »

Et pourtant, obsédé par cette fin tragique, il ne cessera de se torturer sur le but de sa vie, ce qu’il a accompli et apporté au monde. Jusqu’à ne plus écrire en ce 18 août 1950.

« Le métier de vivre », Cesare Pavese (traduit de l’italien par Michel Arnaud et Martin Rueff), Editions Folio, 592 pages, 9,70 euros

La légende des filles rouges, Kazuki Sakuraba

Saga familiale sur trois générations, La légende des filles rouges de Kazuki Sakuraba est un roman dense, historique et envoûtant, couvrant l’évolution de la société japonaise et ses mœurs des années 50 à aujourd’hui.

Man’yô, jeune orpheline, était loin de se douter qu’elle deviendrait la Jeune Dame du clan Akakuchiba, leader incontesté de la sidérurgie japonaise. Elle se prête corps et âme à son rôle d’épouse et met au monde l’héritier parfait : Namida Akakuchiba. Un premier fils, qui selon une vision de Man’yô, connaîtra une fin prématurée et tragique. La survie de la famille et son héritage va ainsi reposer sur sa petite sœur, Kemari Akakuchiba. Un destin bien ennuyeux pour cette jeune motarde rebelle à la tête du gang des Iron Angels. Perpétuer l’héritage et la prospérité de sa famille est le dernier de ses soucis. Dans sa vision de la vie, tout ce qui compte est de s’amuser et vivre pleinement, sans regrets. Mais les visions de Man’yô, aussi étranges soient-elles, se sont toujours réalisées…

A l’heure où la crise industrielle frappe le Japon de plein fouet, comment Kemari va-t-elle sauver l’honneur de sa famille et maintenir sa prospérité ? La jeune rebelle indocile et au tempérament de feu va-t-elle leur tourner le dos et vivre sa vie, ou se pliera-t-elle à la volonté de ses aînés ? Dans un Japon en pleine mutation, Kemari représente l’unique espoir pour le futur de toute une lignée.

C’est un roman très intéressant tant du point de vue historique que narratif. A travers l’histoire de ces trois femmes, Man’yô, la grand-mère, Kemari, la fille, et Tôko, la petite-fille, on voyage à travers les époques qui ont façonné le Japon d’aujourd’hui et on suit en simultané le destin d’une famille atypique et éclectique.

« La légende des filles rouges », Kazuki Sakuraba (traduit du japonais par Jean-Louis de la Couronne), Editions Folio, 480 pages, 9,20 euros

Le choix de revivre, Clare Mackintosh

Max et Pip forment un couple solide depuis plusieurs années. Mais pour la première fois depuis leur rencontre, ils doivent faire face à la décision la plus lourde et la plus importante de leur vie. Dylan, leur petit garçon de moins de trois ans souffre d’une tumeur au cerveau. Malgré les nombreux soins, sa vie est menacée et les médecins ne trouvent plus d’issue pour le soulager.

Tandis que Max souhaite profiter encore de la présence de son fils quitte à dépenser une fortune pour tenter de le garder en vie et devoir se charger d’un enfant très handicapé, Pip quant à elle s’est promis de toujours le protéger et ne désire pas le voir souffrir pour le maintenir en vie. Face à la maladie, ils n’ont pas réussi à le protéger, pourquoi ne pas le laisser partir sereinement et humainement ?

Changeant complètement de registre avec ce roman, Clare Mackintosh signe un ouvrage émouvant et captivant qui fait réfléchir. Malgré ce drame et le tournant de cette histoire familiale, l’auteure y ajoute une pointe d’espoir.

Ici, l’auteure évoque un thème bouleversant qui est la fin de vie d’un enfant gravement malade, qui soulève la question de l’acharnement thérapeutique pour maintenir en vie un être humain. Un couple peut-il survivre à la perte d’un enfant ? Dans une seconde partie, Clare Mackintosh nous offre la possibilité de lire son livre de deux manières, et démontre une nouvelle fois son talent d’écrivaine ficelant à la perfection ses intrigues.

« Le choix de revivre », Clare Mackintosh (traduit de l’anglais par Françoise Smith), Editions Livre de Poche, 480 pages, 8,40 euros

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