La fin de mois est difficile et vous ne pouvez pas vous offrir les livres de la dernière rentrée littéraire ? Pas d’inquiétude, la rédaction d’Untitled Magazine a pensé à vous et vous a concocté une sélection de livres à petit prix mais de grande qualité !

Clair de femme, Romain Gary

Michel et Yannick sont deux êtres unis pour toute une vie. Mais Yannick s’éteint peu à peu, rongée par le cancer. Alors qu’elle souhaite mourir seule et dans la dignité, elle demande à Michel de partir. Et il part, très loin, tourne en rond jusqu’à tomber sur Lydia, une belle et jeune femme aux cheveux blancs. Elle aussi souffre et s’est emmurée dans son chagrin : son mari a eu un accident de voiture, qui a tué leur petite fille, et l’a laissé handicapé à tout jamais, incapable de parler. Tous deux en quête d’oubli, Lydia et Michel surmontent la douleur d’une perte, imminente pour l’un, récente pour l’autre.

A travers ce romain, Romain Gary dénonce l’égoïsme ambiant d’une société individualiste et au-delà d’une vision du couple fusionnel, montre comment deux êtres s’effacent pour ne plus exister que face à une seule identité, celle d’un couple. Un magnifique roman qui évoque aussi des sujets douloureux tels que la culpabilité, la peur de vivre, l’euthanasie et l’envie de mourir avec pudeur.

« Clair de femme », Romain Gary, Edition Folio, 192 pages, 6,90 euros

Les Chutes, Joyce Carol Oates

A Niagara Falls, les Chutes exercent un charme sans limite. Il n’est pas rare que le quotidien des habitants soit perturbé par un suicide : quelqu’un qui se jète dans les chutes, au petit matin. Et c’est précisément ce qui bouleverse le voyage de noces d’Ariah, alors qu’après un jour de mariage, son nouvel époux disparaît. Elle erre pendant une semaine devant les chutes, jusqu’à ce que son corps refasse surface.

Et paradoxalement, alors qu’elle devient veuve, la vie d’Ariah débute. Libérée de ses parents et d’un époux qu’elle connaissait peu, elle se dit damnée mais continue à vivre, indépendante. Et quand Dirk Burnaby, avocat riche et célèbre de Niagara Falls, dit être épris d’elle, elle suit son désir et c’est une nouvelle page de sa vie qui s’écrit.

Pendant près de 600 pages, c’est un destin que nous conte Joyce Carol Oates, avec sensibilité et précision. Un destin où la malédiction fait rage, qui accompagne Ariah à chacun de ses pas, où tout finit toujours par tourner autour du charme de ces maudites Chutes…

« Les Chutes », Joyce Carol Oates, traduit de l’anglais par Claude Seban, Editions Points, 576 pages, 8,56 euros

Le soleil des rebelles, Luca di Fulvio

Au Moyen-âge, en Italie, le jeune Marcus, prince héritier, assiste impuissant au massacre de toute sa famille par un seigneur cruel qui veut diriger le territoire. Sauvé in extremis par la fille d’Agnete, la sage-femme il grandit dans une atmosphère d’injustice comme un serf et de violence. 

Révolté par ses conditions de vie et surtout par la cruauté du seigneur Ojsternik, celui qu’on appelle maintenant Mikaël va s’engager dans un combat à mort pour se libérer. Ce petit prince sans cesse en quête de justice et de liberté, qui ne souhaite que venger sa propre famille, va apprendre à devenir un homme dans la douleur et la souffrance et va rejoindre ces hommes, ceux “qui voient le soleil dans la nuit”. Mais sommes-nous ce que l’on est ou ce que l’on devient ?

Avec Le Soleil des Rebelles, Luca di Fulvio nous transporte au XVème siècle et nous fait vivre un magnifique roman d’aventure. Grâce à sa plume minutieuse et légère, l’auteur nous téléporte en l’an 1407, et nous bluffe de réalisme. Comme les personnages de son récit, le froid mord notre peau, les outils déchirent nos mains et notre estomac se tord de faim. 

« Le soleil des rebelles », Luca di Fulvio, traduit de l’italien par Françoise Brun , Editions Pocket, 960 pages, 9,50 euros 

Eden, Monica Sabolo

Dans une réserve reculée, entre la mer et la forêt, vit Nita. Adolescente solitaire qui rêve de fuir cet endroit, elle croise la route de sa nouvelle voisine Lucy. Mystérieuse, esprit libre et dangereux, les deux jeunes filles se lient d’amitié sans jamais vraiment devenir intimes. Puis un drame survient…

Monica Sabolo explore le thème de l’adolescence sous un prisme mystique. En effet, selon les rumeurs qui circulent, cette forêt semble habitée par des esprits. Ces esprits qui attaquent les locaux ou bien s’emparent de l’esprit de Nita lorsqu’elle explore la forêt seule la nuit. Les croyances dans cette réserve sont fortes alors quand ce drame survient, Nita pense à ces esprits.
Mais l’auteure nous parle aussi des amours adolescents, des garçons qui poursuivent ces filles de manière parfois déplacée, des rapports conflictuels avec leurs parents…
Puis il y a une morale écologique, cette forêt qui est menacée de destruction pour faire passer un oléoduc qui n’est pas sans rappeler la réalité aux Etats-Unis. Les esprits que voit Nita n’essayent-ils pas juste de se défendre ?

Avec un roman presque fantastique, Monica Sabolo nous guide dans cette forêt.

« Eden », Monica Sabolo, Edition Livre de Poche, 288 pages, 7,70 euros

Doggerland, Elisabeth Filhol

Il y a huit mille ans, une langue de terre reliait l’Angleterre au continent européen, cette terre est nommé le Doggerland. Margaret est une biologiste de renom qui en a fait son sujet d’étude. Elle a décidé de vouer sa vie à connaître les secrets de cette terre disparue et aujourd’hui engloutie. Alors qu’elle n’était qu’à la fac, elle rencontre Marc, destiné à être lui aussi biologiste mais qui finalement s’en détourne pour les plateformes pétrolières.

Après des années de séparation, une tempête va rabattre les cartes. Cet homme que Margaret n’a pas vu depuis des années va réapparaitre dans sa vie.

Ce roman, avec une portée écologique, est une entrée en matière pour sensibiliser à la cause. L’écriture précise d’Elisabeth Filhol nous fait découvrir cette terre inaccessible. Les personnages sont chacun très concernés par les épreuves que l’homme inflige à la planète.

« Doggerland », Elisabeth Filhol, Edition Folio, 336 pages, 8,10 euros

Et toujours les forêts, Sandrine Collette

Dans une grande ville en pleine asphyxie, des étudiants se regroupent pour faire la fête et s’alcooliser. L’atmosphère évolue, les saisons sont décalées, les températures montent, l’air s’est raréfié. Soudain tout craque, tout se rompt et réduit la surface de la Terre en cendres. Sauvés de la grande extinction, certains sont sidérés, apeurés et le retour à la vie est une épreuve. Le spectacle est horrifique : un paysage calciné, une ville ravagée, l’air enfumé. 

Seul Corentin survit miraculeusement. Revenu à la surface, dans un univers dévasté, il est seul. Qu’ils soient humains ou bêtes, il n’en reste rien. Le monde a été détruit, il ne reste plus que la poussière, les cendres et ses larmes pour pleurer. Anéanti, Corentin part sur la route rejoindre son Augustine, en espérant qu’elle ait survécu.

Sandrine Collette dresse le portrait d’un monde apocalyptique, avec un personnage central qui marche seul dans ce monde dissolu. Alors que le récit court sur une vingtaine d’années, l’auteure excelle dans le genre tout en sublimant ses thèmes de prédilection qui construisent ses romans : la violence de la nature et des hommes et l’instinct animal de survie.

« Et toujours les forêts », Sandrine Collette, Editions Livre de Poche, 384 pages, 7,90 euros

Rivage de la colère, Caroline Laurent

En 1967, les Mauriciens sont appelés aux urnes pour décider de leur indépendance après 157 ans de présence coloniale britannique. Mais alors que l’archipel des Chagos dépend de Maurice, elle ne va pas connaître le même sort. L’indépendance de Maurice se retrouve conditionnée à “l’abandon” de l’archipel des Chagos afin de la laisser aux mains des Anglais, dont l’île de Diego Garcia qui sera louée aux Américains pour une durée de cinquante ans reconductible, afin d’en faire une base militaire et totalement vidée de ses habitants.

Le jour de cette grande nouvelle, les îlois n’auront qu’une heure pour faire leurs bagages, rassembler leurs affaires et quitter leur île. Parmi eux, Marie – une jeune fille mère – éperdument amoureuse de Gabriel, un créole mauricien qui travaille pour le gouverneur. Malgré cet amour, et comme beaucoup de Chagossiens, Marie et sa famille seront livrés à eux-mêmes, exilés et sans espoir de retour. 

Sous fond d’histoire d’amour impossible et se basant sur des faits historiques – tirés de sa propre mère – Caroline Laurent nous plonge dans le drame des Chagossiens. Un drame qui persiste encore puisqu’en 2000 la Haute Cour de Londres a reconnu le dépeuplement des Chagos comme illégal. Un ouvrage passionnant et instructif, autour de l’existence même de ces îles et de la décolonisation britannique.

« Rivage de la colère », Caroline Laurent, Edition Pocket, 432 pages, 7,95 euros

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