La fin de mois est difficile et vous ne pouvez pas vous offrir les livres de la dernière rentrée littéraire ? Pas d’inquiétude, la rédaction d’Untitled Magazine a pensé à vous et vous a concocté une sélection de livres à petit prix mais de grande qualité !

Glaise, Franck Bouysse

Août 1914, dans le Cantal. A Saint-Paul-de-Salers, petite bourgade du Puy violent, Victor est mobilisé et rejoint son régiment, avec son vieux percheron, lui aussi réquisitionné. Derrière lui, il laisse sa mère âgée, Mathilde, son épouse et Joseph, son fils de 15 ans qui devra remplacer son père à la ferme, gérer les récoltes et prendre soins des bêtes. Dans les fermes, tous doivent aussi se battre pour s’en sortir sans les hommes. Mais le jeune garçon pourra compter sur la solidarité de Léonard, trop vieux pour partir à la guerre, et qui deviendra rapidement un ami et confident pour Joseph. Loin des canons et de cette période perturbée, c’est la vie de plusieurs exploitations de cette commune auvergnate qui revit sous la plume de Franck Bouysse.

Au fil des pages, la Grande Guerre se fait entendre. Le bruit et la fureur parviennent jusqu’au village, assourdis par quelques informations ou par de rares lettres annonçant souvent un retour, ou pire, la mort d’un fils ou d’un père. L’histoire est belle, poignante, mais aussi très violente. Entre isolement, difficulté à survivre, rudesse du climat, Glaise dessine une magnifique fresque rurale, immergeant le lecteur en pleine campagne. Franck Bouysse dépeint avec brio ces êtres taiseux, insouciants et meurtris.

« Glaise », Franck Bouysse, Editions Livre de Poche, 448 pages, 7,90 euros

Je voudrais que la nuit me prenne, Isabelle Desesquelles

Clémence a huit ans et elle est fascinée par ses parents, par l’amour et la complicité qui les unit. Tout moment passé avec son père et sa mère est source de découvertes, de souvenirs précieux et d’apprentissages. Son père est l’instituteur du village, elle aime marcher avec lui main dans la main, elle aime rentrer le soir avec lui et trouver sa mère en talons hauts, elle aime passer des soirées à écouter sa mère leur lire des livres. Clémence a son amoureux, Just, avec qui elle espère vivre le même amour fou que celui de ses parents. Elle a sa grand-mère, proche et cynique, et sa cousine Lise, recueillie par sa grand-mère au divorce de ses parents.

Mais la fragilité règne dans la famille, et on sent que du haut de ses huit ans, Clémence ne comprend pas tout encore, mais que sa sensibilité ne la trompe pas. Que cet été-là changera tout, qu’un drame touchera la famille. On ne vous en dévoilera pas plus, pour que vous puissiez autant que nous apprécier la douceur et la poésie du livre d’Isabelle Desesquelles, une vraie réussite qu’on parcoure avec émotion et qui nous ramène dans les questions de l’enfance, celles qui font écouter aux portes le soir, qui nous font épier les gestes des parents, et mourir d’impatience à l’idée d’être un jour, nous aussi, des adultes.

« Je voudrais que la nuit me prenne », Isabelle Desesquelle, Editions Points, 208 pages, 6,95 euros

La salle de bal, Anna Hope

Après un incident dans l’usine de filature où elle travaille, Ella est internée de force à l’asile de Sharston en 1911. Là-bas, les hommes et les femmes sont séparés dans des pavillons différents. Les hommes aux travaux extérieurs, où ils cultivent la terre et les femmes exécutent les tâches d’intérieures. Le seul moment où ils se rencontrent, ce sont pendant les bals menés par Charles, le chef d’orchestre de l’asile. Celui-ci croyant au début aux bienfaits de la musique sur les malades, malheureusement il va changer d’avis et se tourner vers des théories plus sombres. C’est dans cette salle que Ella va rencontrer John.

Anna Hope nous décrit dans ce roman les conditions terribles et dégradantes dans lesquelles vivent les malades. Comment leur maladie n’est vue que comme un fardeau et dont la société n’a que faire, comment celle-ci les considère comme inutile. Ella ne pense pas être folle, elle veut tenir et sortir, montrer qu’elle n’a rien à faire ici en se comportant le mieux possible pour plaire aux gardiennes et aux médecins. C’était sans compter sur John. Les deux vont se retrouver dans la salle de bal et tisser des liens qui vont les aider à surmonter la cruauté de l’asile.

Un roman passionnant et passionné avec des personnages attachants. Anna Hope signe une ode à la vie et à l’espoir.

« La salle de bal », Anna Hope, Editions Folio, 448 pages, 8,50 euros

Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie

Ifemelu est nigériane igbo, grâce à ses études, elle a pu quitter le Nigéria pour aller étudier aux Etats-Unis, et après des années d’expatriation elle décide de retourner au Nigéria. Ce que nous raconte Americanah c’est le parcours de cette jeune femme. De l’université de Lagos en gréve perpétuelle à l’université de Princeton, Ifemelu traverse les mondes. Lorsqu’elle rencontre son amour de jeunesse Obinze au lycée, celui-ci est passionné par les Etats-Unis, Ifemelu va elle aussi se laisser tenter par ce pays. L’adaptation est difficile et son amour lui manque, pourtant cette jeune femme brillante va trouver sa voix dans ce pays des libertés.

De son enfance à Lagos, à l’université, de sa vie américaine avec sa tante et son neveu jusqu’au retour, on suit Ifemelu dans sa quête. Elle se découvre et se forme dans ce nouveau pays qu’elle ne connait que de loin. Elle va faire l’expérience d’être une femme noire, dans un pays où le racisme est encore très fort, de sa condition différente de celle de la communauté afro américaine, au moment où Obama est en pleine campagne présidentielle. Les débats avec la communauté afro américaine et la société blanche et privilégiée de Philadelphie lui permettent de nous livrer son introspection.

Un long roman de quête et d’acceptation de soi mais surtout sur l’acceptation des autres, une ode contre le racisme. Un livre à se procurer immédiatement.

« Americanah », Chimamanda Ngozi Adichie, Editions Folio, 704 pages, 9,50 euros

Laisse-moi en paix, Clare Mackintosh

Deux ans auparavant, Tom et Caroline Johnson se donnent la mort, l’un après l’autre. Leur fille, Ana, est incapable d’accepter cette décision et peine à se remettre de leur disparition. Devenue elle aussi maman, elle ressent le manque d’une mère, et reste déterminée à comprendre ce qui est réellement arrivé à ses parents. Et à la suite de faits incongrus, elle doute. Et si ses parents avaient été assassinés ? Trouvant l’histoire suspecte lui aussi, Murray – un policier retraité – décide de rouvrir l’enquête. 

Basé sur un réel faits divers qui a secoué la Grande-Bretagne en 2007, Clare Mackintosh jongle entre le point de vue des deux personnages principaux et une autre personne, inconnue, impliquée. Grâce à son écriture subtile et son art de brouiller les pistes à ses lecteurs, l’auteure nous interroge et nous amène à suspecter tout le monde. Jusqu’aux dernières pages, jusqu’à la dernière ligne, l’histoire intrigue. Jusqu’au dernier coup de théâtre, qui laissera les lecteurs sans voix.

« Laisse-moi en paix », Clare Mackintosh, Editions Livre de Poche, 544 pages, 8,70 euros

Les Rois d’Islande, Einar Már Guðmundsson

La famille Knudsen est le véritable héros de ce livre. Pas l’un de ses membres, non, mais la famille en entier, et tous ceux qui les entourent depuis plusieurs générations, dans les différentes villes islandaises dans lesquelles ils ont vécu. Si l’histoire commence avec Arnfinnur Knudsen, professeur – après avoir été toutes sortes d’autres choses -, elle se concentre rapidement sur la généalogie de la famille, originaire de Tangavik, petite ville portuaire, dans laquelle elle est célèbre. Pêcheurs, armuriers, bandits ou avocats, les Knudsen ont occupé toutes les professions, et s’il fallait leur trouver un point commun, ce serait sans hésiter leur alcoolisme. Le livre regorge d’anecdotes familiales, formes de légendes dans lesquelles les Knudsen ont fait les quatre cents coups.

Une biographie généalogique haute en couleur, où tout le monde se connaît, où les générations se croisent et se ressemblent, et où la fierté d’être Islandais est portée en étendard. S’il n’est pas toujours simple de se repérer avec la multitude de personnages et de noms, on s’attache rapidement à tous les caractères qu’on rencontre au fil des pages, et la poésie d’Einar Már Guðmundsson nous empêche de poser le livre sans avoir découvert toute la vie d’Arnfinnur et de sa famille.

« Les Rois d’Islande », Einar Már Guðmundsson, Editions Zulma, 288 pages, 9,95€

Des pierres dans ma poche, Kaouther Adimi

Elle (la narratrice) a quitté l’Algérie pour faire ses études, puis travailler à Paris. Aujourd’hui, elle est devenue responsable iconographique dans une maison d’édition, qui publie des magazines pour enfants. Elle est épanouie, sort souvent avec ses amies et rentre au pays pour voir sa famille. Mais ce bonheur semble éphémère.

Quand sa mère lui téléphone pour lui annoncer les fiançailles de sa petite soeur, son coeur se déchire. Elle, qui est si bien entourée, mais encore célibataire. Doit-elle continuer à faire sa vie en France ou rentrer en Algérie ? La narratrice est déchirée, entre deux villes, entre deux cultures. Son coeur balance entre l’une et l’autre. Durant ces jours qui la séparent du mariage de sa soeur, elle panique, elle veut faire taire les rumeurs et répondre aux attentes de tous. A commencer par : trouver un homme, n’importe lequel.

Dans ce deuxième livre, Kaouther Adimi nous invite à partager quelques semaines dans la vie de cette jeune femme, en exil en France pour sa famille, vécue comme une trahison pour sa mère. A l’aide d’anecdotes poignantes, elle captive le lecteur et met en avant la différence de culture qui persiste encore entre la France et l’Algérie.

« Des pierres dans ma poche », Kaouther Adimi, Editions Points, 144 pages, 6 €

Tentative d’épuisement d’un lieu parisien, Georges Perec

Assis sur un banc de la place Saint Sulpice ou à la terrasse d’un café, Georges Perec observe ce qui se passe autour de lui. Passants, commerçants, pigeons, bus et voitures, il consigne tout, catalogue tout ce qui se déroule devant ses yeux. Trois jours à la suite, en ce mois d’octobre 1974, il reste plusieurs heures à son poste d’observation, notant chaque détail. On ne manque rien de l’agitation d’une des places les plus symboliques d’un certain Paris, qu’on a plaisir à retrouver sous la plume d’un des auteurs français les plus connus du XXe siècle.

Avec sa tentative fascinante, en quelques pages, de capturer sur la page l’essence de la place Saint Sulpice, Georges Perec nous entraîne dans un de ses exercices de style si réussis qui ont fait sa célébrité et qui expliquent qu’on le lise encore avec tant de plaisir. Un réel chef d’oeuvre dans une très belle réédition !

« Tentative d’épuisement d’un lieu parisien », Georges Perec, Christian Bourgois éditeur, 72 pages, 6€

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