La fin de mois est difficile et vous ne pouvez pas vous offrir les livres de la dernière rentrée littéraire ? Pas d’inquiétude, la rédaction d’Untitled Magazine a pensé à vous et vous a concocté une sélection de livres à petit prix mais de grande qualité !

Chanson de la ville silencieuse, Olivier Adam

Des années que son père a disparu. Elle, petite fille solitaire qui vit en marge de la société, s’imagine son retour. Enfant d’une mère fuyante et d’un père absent, qui est-elle aujourd’hui ? A part la fille du chanteur, d’Antoine Shaeffer, ancienne star adulée de la chanson française, sexy et déclaré mort. Partir à la recherche d’un fantôme, est-ce vraiment une bonne idée ? Avec l’espoir de le retrouver, elle arpente durant trois jours les rues de Lisbonne. Est-il ici depuis tout ce temps ? Guidée par la musique, elle s’attarde sur les touristes, les visages, montre les photos aux barmans et aux serveurs. Mais que cherche-t-elle réellement ?

A travers ce roman, Olivier Adam fait le récit d’une disparition, celle d’un père et d’une quête, celle de sa fille qui fera tout pour le retrouver. L’auteur fait ici le portrait d’un homme excentrique, d’un chanteur célèbre qui a décidé de se retirer du monde musical, d’une vedette qui se noie dans la drogue et l’alcool et qui tente comme il peut, d’être un père (à mi-temps). Un beau roman, inspiré par un vieux chanteur croisé dans un bar de Lisbonne, qui ressemblait à Nino Ferrer (qui s’est suicidé d’une balle dans le coeur au milieu d’un champ de blé en 1998).

« Chanson de la ville silencieuse », Olivier Adam, Editions J’ai Lu, 256 pages, 7,40 euros

Les falsificateurs, Antoine Bello

Au debut des annees 1990, Sliv croit debuter un nouvel emploi dans un cabinet d’etudes environnementales, mais c’est en fait dans une organisation secrete qu’il vient de mettre les pieds : le CFR, Consortium de Falsification du Reel. Il travaille sous les ordres de Gunnar, et avec son aide, monte son premier dossier qui s’interesse a une tribu africaine menacee d’expulsion par le gouvernement pour exploiter une reserve de diamants sur leur territoire. Mais au-dela de la jouissance de manipuler les faits et de reecrire l’histoire, Sliv s’interroge rapidement sur la finalite du CFR : il ne peut connaitre les motivations de cette organisation et ne peut donc s’assurer qu’il agisse pour le bien de l’humanite.

Antoine Bello, dans ce premier tome d’une trilogie, rassemble histoire, espionnage et polar, faisant de l’ecriture une actrice a part entiere de notre siecle. Oscillant entre bienveillance et mepris pour le personnage principal, on ne peut resister a la remise en perspective de tous les evenements majeurs des relations internationales : le CFR semble avoir maille a partir avec tout, et la paranoia se developpe, autant chez Sliv que chez les lecteur.rices. On est impatients d’ouvrir le second tome !

« Les falsificateurs », Antoine Bello, Editions Folio, 592 pages, 10,30 euros

Changer le sens des rivières, Murielle Magellan

Marie ne supporte pas d’être humiliée par Alexandre. Passionné de culture, il la repousse dès qu’il comprend qu’elle n’est pas cultivée, qu’elle ne connait même pas François Truffaut. Un soir, elle le repousse violemment et voilà qu’elle finit devant le juge. Que vient-il de se passer ?

Marie est une jeune femme posée, elle gère son budget comme personne et malgré des problèmes à l’école, elle a réussi à passer son bac pro en chaudronnerie. Depuis la mort de sa mère, à l’âge de douze ans, elle gère tout. Aujourd’hui, elle jongle entre son boulot de serveuse au bar et l’assistance qu’elle doit à son père, hypocondriaque sévère. Sa soeur, elle, s’est envolée pour tenter de trouver le bonheur ailleurs. Grâce à l’écriture de Murielle Magellan, on s’attache à ce petit bout de femme, qui fait tout pour s’en sortir. Avant sa rencontre avec Alexandre, elle n’éprouvait par le besoin d’avoir une certaine culture. Mais là, humiliée, méprisée, elle est renvoyée à la différence de culture qui persiste entre eux.

D’une force incroyable, Marie va savoir s’accrocher, se battre pour tenter de changer le sens des rivières et renverser sa propre condition sociale. Un livre émouvant qui prouve qu’on peut toujours être maître de son destin.

« Changer le sens des rivières », Murielle Magellan, Editions Pocket, 240 pages, 6,95 euros

Boy Erased, Garrard Conley

En 2004, Garrard a 19 ans et il est homosexuel. Ses parents, des baptistes ultraconservateurs, décident de l’envoyer en thérapie car pour eux, il doit être « guéri ». Ils envoient leur fils chez Love in action, un groupe de thérapie pour le guérir de son homosexualité et le remettre sur le droit chemin, selon cette communauté. Entre violence et culpabilisation, les méthodes de cette thérapie sont très violentes. Le jeune Garrard se retrouve peu à peu entraîné dans les tréfonds de la pensée de Love in Action. Privé de toutes ses passions, puisque le moindre livre est interdit si ce n’est la Bible, l’écriture ou bien écouter de la musique sont aussi considérés comme des pratiques déviantes.

Garrard se trouve peu à peu dépourvu de son identité, il se perd chaque jour un peu plus. Ce roman est un cri, celui d’un jeune homme qui se bat pour se retrouver et pour être lui-même. Un livre dur et violent sur la réalité des thérapies « pour guérir de l’homosexualité ». D’une grande tendresse aussi, Garrard Conley nous livre son histoire.

« Boy Erased », Garrard Conley (traduit de l’anglais par Jean-Baptiste Bernet) Editions J’ai Lu, 416 pages, 8,50 euros

Le prix, Cyril Gely

Le 10 décembre 1946, Otto Hahn séjourne au Grand Hôtel de Stockholm avec sa femme, Edith. Le chimiste s’apprête à recevoir la plus haute récompense de sa carrière, le Prix Nobel de chimie pour la fission nucléaire, découverte alors en 1938. Mais à quelques heures de la cérémonie, le chercheur va revoir son ancienne collège physicienne, Lise Meitner, avec qui il travailla mais qui a du fuir l’Allemagne, pour la Suède en 1938 en raison de son identité juive.

Habités par une même passion, Lise n’est pas seulement venue pour les retrouvailles, mais pour enfin réclamer justice et régler ses comptes. A huis-clos, s’ensuit alors une confrontation entre ces deux anciens amis et collaborateurs que la guerre a séparée. Mais que cherche-t-elle vraiment ? Que reproche-t-elle à Otto ?

En s’inspirant de faits réels, Cyril Gely fait revivre ce personnage, Otton Hahn, et remonte le fil d’un relation entre un homme et une femme, amicale et scientifique, bouleversée par le court de l’Histoire.

« Le prix », Cyril Gely, Editions Points, 192 pages, 6,60 euros 

San Perdido, David Zuckerman

Au Panama, dans les années 50, San Perdido est une petite ville côtière imaginaire. Felicia habite tout près de la décharge, dans le bidonville de Lagrima. Les plus précaires vivent de la récupération et la revente des objets, seule solution pour s’en sortir. Ici depuis des années, Felicia, devenue insensible aux odeurs et aux bruits, tente d’y terminer sa vie monotone. Mais un jour, un jeune garçon , noir, mystérieux, aux yeux bleus, d’une dizaine d’années fait irruption dans la décharge. Adroit, avec de grandes mains, il désosse les structures métalliques sans jamais prononcer un mot. Seul, muet, il s’installera sa cabane près de celle de Felicia qui le surnommera « La Langosta », le homard. Dans cette décharge à ciel ouvert, tous deux vont s’apprivoiser.

Qui est-il ? Au fil de l’histoire, David Zuckerman hisse ce jeune homme en héros. D’abord adolescent, puis adulte, il ne cesse d’agir depuis le début en faveur du peuple opprimé. Autour de ces laissés pour compte, il en fait le portrait d’un homme majestueux, qui deviendra bientôt une légende. Un livre bouleversant qui dresse une caricature de la société panaméenne, pas si éloignée des sociétés occidentales.

« San Perdido », David Zuckerman, Editions Livre de Poche, 480 pages, 8,40 euros

Les recettes de la vie, Jacky Durand

Julien, fils d’un cuisinier, a grandi entre les casseroles, les épices et les tables du restaurant familial. Monsieur Henri, son père, est le chef d’un bistrot traditionnel qui régale les clients de plats gourmands et généreux. Sa femme Hélène, professeur de français tient à garder une trace de ces recettes, qu’elle consigne dans un cahier. Mais quand Hélène disparait un beau jour, le cahier de recette lui aussi est oublié. Julien, que son père empêche de faire de la cuisine sa passion, n’a plus qu’une obsession : retrouver le cahier de recettes de son père.

Julien se souvient de son père, taiseux et distant, passionné, avec lequel les seuls moments de partage étaient dans la cuisine. Il se souvient aussi de son enfance, de ces recettes et de la cuisine, découverte dans le plus grand respect. Mais faute à cette profession ingrate, il repense aussi à ces longues heures d’attente, ces moments de solitudes, espérant que son père pourrait vivre ailleurs que dans sa cuisine.

Dans ce roman, Jacky Durand dresse un très beau portrait d’homme, amoureux de la cuisine et qui avec son métier voulait partager au quotidien. Au fil des pages, il livre une véritable déclaration d’amour, celle d’un enfant qui souhaite suivre les traces de son père, tiraillé par ses envies d’émancipation et sa soif d’apprendre de son héritage.

« Les recettes de la vie », Jacky Durand, Editions Folio, 224 pages, 7,50 euros 

Le chant des revenants, Jesmyn Ward

Jojo (13 ans) et sa petite soeur Kayla (3 ans) sont élevés par leurs grands-parents maternels, noirs, dans une petite ville du Mississipi. Leur mère, Léonie s’occupe d’eux, sans grande conviction parfois brutale et maladroite. Elle n’y arrive pas, elle n’est pas faite pour être mère, et ses vieux démons là hantent.

Consommatrice de cocaïne, elle y trouve une façon d’oublier la mort de son frère Given, assassiné, et de l’absence de son compagnon, Michael, emprisonné au pénitencier. Un homme et un père, blanc, dont les parents n’ont jamais accepté leur liaison, pour cause de sa couleur de peau. Mais alors que Michael va être libéré, elle décide d’embarquer ses deux enfants en voiture pour le chercher, accompagnée de Misty, sa vieille amie et dealeuse de crack. A travers le Mississipi, elle va faire vivre un voyage violent et éprouvant pour elle et sa famille.

Seule femme à avoir reçu deux fois le National Book Award, Jesmyn Ward signe un roman à la fois rempli d’amour et de désespoir, abordant des thèmes divers tel que l’éducation, le racisme, les conditions dans les prisons et la parentalité.

« Le chant des revenants », Jesmyn Ward (traduit de l’anglais par Charles Récoursé), Editions 10/18, 288 pages, 7,80€

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