La fin de mois est difficile et vous ne pouvez pas vous offrir les livres de la dernière rentrée littéraire ? Pas d’inquiétude, la rédaction d’Untitled Magazine a pensé à vous et vous a concocté une sélection de livres à petit prix mais de grande qualité !

 La tristesse des éléphants, Jodi Picoult

Jenna, adolescente de 13 ans, n’accepte pas la disparition inexpliquée de sa mère, survenue dix ans plus tôt. Jamais sa mère n’aurait pu l’abandonner. Bien décidée à la retrouver, elle se plonge dans son journal de bord, et découvre sa vie d’avant : celle d’une scientifique qui étudiait le deuil chez les éléphants. Chercheuse, Alice avait rédigé de superbes écrits consacrés à ces pachydermes, pour décrire leur relation dans le groupe mais aussi leur comportement lorsque survient un décès.

Grandissant au milieu de ces imposantes créatures, la jeune fille le sait : une éléphante n’abandonne jamais son petit. Où est donc sa mère ? Pour s’aider, Jenna s’entoure de Serenity Jones, une voyante qui prétend être en lien avec l’au-delà, et Virgil Stanhope, l’inspecteur qui avait dirigé l’enquête à l’époque. Cette recherche nous entraîne en Afrique aux côtés des éléphants, puis dans un refuge américain, créé pour venir en aide aux éléphants maltraités des zoos et des cirques.

Alternant le récit entre Jenna, sa mère Alice, l’enquêteur privé Virgil et la voyante Serenity, Jodi Picoult nous faire croire à l’impossible. Alors que les secrets se dévoilent, un infime espoir se crée en nous. Jonglant entre la thématique de la séparation, du deuil et du paranormal, tout en attirant la curiosité de son lecteur, Jodi Picoult souhaite nous attirer sur un sujet : la situation des éléphants en Afrique. Victimes de trafic d’ivoires, il faut les protéger, eux aussi.

« La tristesse des éléphants », Jodi Picoult, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Girard, Editions Babel, 528 pages, 9,80 euros 

Sujet inconnu, Loulou Robert

Ici, on ne connait rien : ni le nom de l’héroïne, ni le début de l’histoire. On sait juste que la narratrice est jeune, à peine vingt ans. Elle souhaite s’enfuir du Grand Est, sa région natale. Elle a besoin de devenir quelqu’un. Mais la séparation avec sa mère, dont elle est très proche, est déchirante. Seule, à Paris dans son petit studio elle tente d’apprécier son indépendance.

Dans ces pages, elle écrit, elle souffre. Elle souffre de vivre, de n’avoir aucun ami, d’observer ce monde qui se dégrade. Dans sa vie, comme à la fac, tout lui semble sans intérêt. Elle est comme un fantôme, au milieu des autres. Elle ne croit pas en l’amour, ne désire personne, elle lit pour combler le vide. Jusqu’au jour où vient une rencontre. L’inévitable, aimante et si violente.

Mais peut-on vraiment tout accepter par amour ? C’est quoi l’amour ? Ça fait quoi d’aimer ? Aimer passionnément et vouloir posséder quelqu’un, est-ce si différent ? A travers ces phrases courtes et violentes, Loulou Robert nous transporte dans cette passion amoureuse qui semble tout dévaster sur son passage. Pris dans cet engrenage, cet amour fou, le lecteur est embarqué – malgré lui – dans cette histoire d’amour toxique et qui nous emporte loin, très loin dans un tourbillon, et l’inévitable descente aux enfers.

« Sujet inconnu », Loulou Robert, Editions Pocket, 224 pages, 6,70 euros

 

Swing Time, Zadie Smith

A Londres, deux petites filles métisses issues d’un quartier populaire deviennent amies lors d’un cours de danse. Très vite, une relation fusionnelle les habite. Une amitié faite de danse et de comédies musicales, en plein coeur des grandes heures hollywoodiennes. Mais Tracey, la plus douée, la plus ambitieuse, intègre une célèbre école de danse tandis que la narratrice continue sa scolarité dans une école classique pour finir à l’université. Elles se perdent alors de vue.

Alors que la carrière de Tracey décolle, puis stagne, son instabilité psychologique se révèle. La narratrice, quand à elle, continue de mener sa petite vie. Elle devient l’assistante personnelle d’Aimée, une chanteuse mondialement connue qui la propulse dans un nouveau projet humanitaire : l’ouverture d’une école pour filles dans un village d’Afrique.

Trop jeune, trop noire, trop métisse pour l’Angleterre, elle ne rentre pas dans une case, alors pourquoi vouloir l’y mettre ? L’éducation, le déterminisme social, la chance, la vie familiale, la personnalité : voilà la route que trace Zadie Smith avec Swing Time. Roman d’apprentissage, elle engage une réflexion autour de l’identité, du racisme mais aussi de la célébrité.

« Swing Time », Zadie Smith, traduit de l’anglais par Emmanuelle Aronson et Philippe Aronson, Editions Folio, 576 pages, 9,10 euros

Les ravagé(e)s, Louise Mey

« Il n’existe pas de brigade spécialisée dans les crimes sexuels en France. » Avec ces propos liminaires, nous sommes prévenus : le thriller de Louise Mey sera en quelque sorte une dystopie, dans un monde, loin d’être idéal, qui ressemble beaucoup au nôtre mais dans lequel les victimes d’agressions sexuelles et de harcèlement sexuel seraient prises au serieux.

Alex Dueso est flic dans une brigade en charge des crimes sexuels. Son quotidien, ce sont des femmes violées par des maris, cousins, ou amis, des salariées harcelées sexuellement par des patrons ou des femmes agressées dans les rues. Pas toujours simple de garder son calme face à ces situations. Elle est aussi mère célibataire, et la douleur des femmes victimes et la perversité des agresseurs la suivent jusqu’à chez elle. Oui, les statistiques sont formelles – et Alex adore les statistiques : seul 1% des viols touche des hommes.

Alors quand arrivent à Alex, et à son coéquipier Marco, plusieurs cas troublants d’hommes violés, les habitudes de la brigade sont perturbées et Alex doit se forcer à penser différemment. Elle tatônne, doit faire face à des hommes qui veulent encore moins porter plainte que les femmes victimes, pour qui le viol est tabou. Mais elle doit aussi affronter des discriminations dans son travail : une femme flic n’est pas prise au sérieux, même dans la brigade si spéciale du commissaire Blondeau dans laquelle elle travaille. Les Ravagé(e)s est une plongée déconcertante dans le quotidien d’un commissariat et dans l’horreur des crimes sexuels.

« Les Ravagé(e)s », Louise Mey, Editions Pocket, 448 pages, 7,95 euros

Animal, Sandrine Colette

En plein coeur de la forêt népalaise, Mara découvre deux enfants attachés à un arbre. Abandonnés, livrés à eux-mêmes dans la nature, elle sait que plus personne ne veut d’eux. Curieuse, ne pouvant s’en empêcher, elle les détache et les emmène avec elle. Sans argent, avec à peine de quoi vivre seule, elle ne peut les élever ici. Alors, elle décide de tenter sa chance dans la grande ville, avec Nun et Nin. Mais les enfants désertent l’école, traînent dans les rues, rodent dans les décharges. Alors, la jeune femme décide de retourner dans la forêt, mais avec un seul enfant.

Vingt ans plus tard, on est propulsés aux côtés d’un groupe de sept chasseurs autour des volcans du Kamtchatka. Avec eux, Lior et Hadrien, un jeune couple de Parisiens. Mais c’est elle, la femme qui est fascinée par la chasse, la traque de l’animal. C’est qui est pour son mari un mystère. Lorsqu’elle est dans la nature, son regard change, ses yeux brillent, elle n’est plus la même. Face à l’ours qui rode, elle va user de son flair pour l’épuiser et le tuer. Mais rien ne va se passer comme prévu…

Ce n’est pas une partie de chasse que nous offre Sandrine Colette, mais plutôt unevéritable combat équitable entre hommes et bêtes. Face à la traque rude et tendue, l’animal pourrait bien faire preuve de plus d’intelligence que son adversaire. Enfin, chasseur et proie sont sur un pied d’égalité. Grâce à son écriture profonde et particulièrement soignée, l’auteure nous livre un beau thriller à la française dans lequel elle dépeint merveilleusement bien le rapport des hommes à la nature et à l’animal.

« Animal », Sandrine Colette, Editions Livre de Poche, 352 pages, 7,90 euros

 

Les espions de la terreur, Matthieu Suc

Dans une enquête particulièrement fouillée au cours de laquelle il s’est entretenu avec des agents des services de renseignement français, des juges, des magistrats, des victimes du terrorisme, des djihadistes repentis ou des membres de leur famille, Matthieu Suc dresse le portrait de la création et du fonctionnement de l’Amniyat, le service de renseignement de l’Etat islamique. Construit en trois parties, Les espions de la terreur nous fait plonger dans la genèse de la constitution d’un groupe d’espions terroristes, de leur organisation et de leurs objectifs.

On découvre avec effroi à quel point les terroristes se sont inspirés des techniques de la CIA ou de la différence entre les DGSE et DGSI françaises pour s’organiser. Et plus l’Etat islamique s’est établi localement en Syrie et en Irak, plus il a pu développer ce service de renseignements. Il n’a pas eu à chercher très loin pour agrandir ses rangs : les centaines de djihadistes européens, ayant rejoint la Syrie pour donner leur vie à l’Etat islamique et mourir en martyrs formaient le terreau parfait à l’une des principales missions de ses espions, organiser, réaliser et commanditer des attentats en Europe.

Sans jamais nous perdre dans la multitude de noms et de destins qu’il mentionne, Matthieu Suc rend accessible une organisation qui a été responsable de la mort de centaines de personnes en Europe au cours des dix dernières années, s’arrêtant longtemps sur le commando qui a réalisé les attentats du 13 novembre, ainsi que toutes les tentatives qui devaient suivre. Une enquête impressionnante !

« Les espions de la terreur », Matthieu Suc, Editions Harper Collins poche, 448 pages, 7,90 euros

 

Les grands villes n’existent pas, Cécile Coulon

Pour « Raconter la vie : le roman de la vraie société française », une collection des éditions Seuil, Cécile Coulon raconte, en une centaine de pages, son enfance et son adolescence dans un petit village d’Auvergne. C’est en plein coeur du Massif Central qu’elle a grandi, entre l’école, le stade, l’église et les commerces du village. Alors qu’elle l’a quitté depuis plus d’une quinzaine d’années, elle revient sur ces années-là. Sans jamais vouloir en faire un roman ou un essai – elle le précise bien au début – elle invite ses anciens camarades à nous raconter cette vie à la campagne, dans un petit village. Ensemble, ils dressent le portrait de cette France, composée d’une multitude de villes et villages, que tout semble éloigner des grandes villes.

Dehors, tout semble possible. Et pourtant, ici, ils sont bien loin de l’anonymat des grandes villes. Dans ce petit village bâti autour d’une église et des commerces, au beau milieu des montagnes, tout le monde se connait. De la maison au stade, en passant par l’école ou les copains, on vit dehors – mais dans un espace limité par manque de moyens de circulation. Dans cet ouvrage, Cécile Coulon dresse le portrait d’une enfance joyeuse, faite de rencontres et d’échanges, mais dans un périmètre restreint. Elle y offre une belle étude sociologique de l’espace rural, sans jamais mettre en opposition, ville et campagne.

« Les grandes villes n’existent pas », Cécile Coulon, Editions Points, 120 pages, 5,60 euros

La mort d’un père, Karl Ove Knausgaard

Premier tome du projet littéraire ambitieux de Karl Ove Knausgaard « Mon combat », La mort d’un père raconte l’enfance de l’auteur et sa relation ambivalente avec son père.

La voix du narrateur est celle de Karl Ove Knausgaard adulte qui commence ce projet d’écriture par la figure du père. Dans ce roman très dense, l’auteur analyse sa relation avec son père, sans en faire une comparaison avec sa propre paternité. Il écrit sur sa jeunesse aux côtés de son grand frère, de ses amis, des troubles de l’enfance et de l’adolescence, observé par cette figure tutélaire trouble qui est celle de son père. Un père absent, peu démonstratif d’une quelconque affection, pas violent mais qui semble obscurcir la vie du jeune Karl Ove. C’est aussi un roman sur le deuil, même si son père meurt lorsqu’il est adulte, Karl Ove et son frère sont confrontés à la réalité de ce qu’était devenu leur père, un alcoolique notoire et abusif. Même si l’auteur n’en semble pas étonné, il va devoir faire son deuil d’un homme qui a régressé jusqu’à la chute.

Roman dense et subtil, premier roman d’une saga prometteuse, Karl Ove Knausgaard s’analyse, lui et sa famille nucléaire. L’auteur nous inclut dans sa vie, partageant ses états d’âmes, comme dans un journal intime particulièrement littéraire.

« La mort d’un père », Karl Ove Knausgaard (traduit du norvégien par Marie-Pierre Fiquet), Editions Folio, 544 pages, 9,70 euros

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