L’écrivaine américaine Alice McDermott – pour son septième roman traduit en français – relate le début de vie de Sally, une orpheline de Brooklyn dont les religieuses vont changer le destin. La romancière a reçu le prix Femina Etranger 2018 pour cet ouvrage.

Jim, modeste employé de la société de transport de Brooklyn, vient tout juste de perdre son travail. Lorsqu’il l’annonce à Annie, sa femme, c’est entre colère, larmes et joie qu’il apprend la nouvelle : elle attend un bébé pour l’été. Deux semaines plus tard, Jim est décidé, portes et fenêtres calfeutrées, il ouvre le gaz.

Sœur Saint-Sauveur porte un joli nom. Après une journée de quête, sur le chemin du couvent, elle pénètre dans un immeuble, et y remarque une forte odeur. « Sœur Saint-Sauveur avait pour vocation d’entrer chez des gens qu’elle ne connaissait pas, surtout des malades et des personnes âgées, de pénétrer dans leur foyer et de circuler dans leur appartement comme si elle était chez elle, d’ouvrir leur armoire à linge, leur vaisselier ou les tiroirs de leur commode – d’examiner leurs toilettes et les mouchoirs souillés serrés dans leurs mains – mais le nombre de ses visites chez des inconnus n’avait pas atténué, au fil des années, son premier réflexe, consistant à rester à l’écart et détourner les yeux. »

Elle y trouve Annie, entourée de quelques voisins, prostrée. Elle vient au secours de la jeune femme, dont le mari vient de se suicider en provoquant une explosion de gaz dans leur appartement. Enceinte et sans ressources, Annie est dans l’urgence. Rapidement, sœur Saint-Sauveur lui trouve un travail au sein du couvent : elle s’occupera de la blanchisserie avec sœur Illuminata.

L’enfant de couvent

« Selon l’emploi du temps réagissant la vie du couvent, les prières de l’après-midi étaient dites à quinze heures. Toutes les soeurs qui n’étaient pas prises par un travail auprès des nécessiteux ou en train de faire l’aumône retournaient alors au couvent ». Ces longues heures, ensemble, à laver, repasser, repriser le linge des religieuses, les rapprocheront, accompagnées de la petite Sally, qui grandit si vite. Chaque jour, après la prière de 15 heures, c’est au tour de Sœur Jeanne de prendre le relais auprès de l’enfant pendant que la jeune mère souffle un peu. Et c’est là que la petite fille s’épanouit, au milieu des récits, autour des jeunes sœurs se disputant son affection.

Tandis que l’on passe – dans le récit – d’un personnage à l’autre, c’est bel et bien Sally qui reste le fil rouge de l’histoire. Vive, intelligente, malicieuse, Alice McDermott dépeint avec minutie l’amour mère-fille, les liens tissés avec les sœurs, mais aussi les rivalités des unes et des autres. Saluées par les passants, respectés par les hommes, les petites sœurs font vivre tout le quartier de Brooklyn. Mais ce n’est pas l’histoire du quartier dont il est question ici, mais surtout d’une aventure humaine. Et ces religieuses en font partie. Est-il possible d’écouter ? Comment composer avec une réalité parfois trop brute ? Que faire des préceptes religieux trop rigides ? Plus tard, Sally tentera – comme les sœurs – de se dévouer aux autres et d’effectuer son noviciat. Mais ce sera une véritable mise à l’épreuve pour elle.

Ce roman explore avec tendresse les questions de l’amour, du sacrifice et des interdits. Alice McDermott décrit avec finesse les tragédies, une maison dévastée par un incendie, une passion amoureuse inavouée ou un corps ravagé par la maladie. Mais elle sait aussi ajouter une touche d’humour à son récit et colorer la vie quotidienne.

« La neuvième heure », un livre d’Alice McDermott, Edition la Table Ronde, 288 pages, 22,50 euros

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