Ann Patchett nous invite dans la demeure des VanHoebeek où vivent Danny et Maeve, avec leur père. Dans ce roman, sur les habitants de cette maison, l’auteure questionne l’amour filial, la relation qu’on entretient avec notre enfance et les lieux qui, parfois, nous hantent.

Alors qu’ils vivent seul avec leur père depuis la fuite de leur mère, Danny et Maeve vont devoir accueillir chez eux une belle-mère et ses deux filles. Cette arrivée soudaine marque le début de leur chute et la fin de leurs espoirs ainsi que de la douceur innocente de l’enfance.

Dans cette grande maison surnommée « La Maison des Hollandais », de la nationalité des anciens propriétaires, les rapports de force se bousculent pour que tout bascule. C’est cette maison tant aimée vers laquelle Danny et Maeve n’auront de cesse de revenir même à l’âge adulte.

Un frère et une sœur

Maeve est l’ainée, tandis que Daniel, le cadet, nous raconte leur histoire. La famille Conroy se compose d’une mère qui est partie et d’un père qui ne démontre aucune affection à ses enfants qu’il se contente d’observer grandir et à qui il dispense des conseils sur leurs études.
Dans la Maison des Hollandais, c’est Maeve et Danny contre le monde. Attentive, intelligente et créative, Maeve s’occupe de son jeune frère comme le ferait une mère. Et cela jusqu’à ce qu’ils deviennent tous deux des adultes. Danny grandit sous l’aile d’une sœur protectrice au caractère affirmée.

« Maeve était la personne idéale à qui parler, elle était la seule personne capable de m’aider. »

Ann Patchett écrit tout l’amour qui existe entre eux deux, une imbrication des deux personnages, l’un prend soin de l’autre. Le roman explore la relation filiale quand on se retrouve sans parents. Elle décrit les regards cachés mais bienveillants, les petits gestes qui rassurent ou qui brusquent. Mais c’est aussi un lien qui change et qui grandit, qui s’étire sans se distendre que Ann Patchett explore.

Le roman interroge ce que c’est d’être frère et soeur. Qu’importe la maladie, les querelles et les ambitions contrariées, une force unit Danny et Maeve. Le narrateur, Danny, semble chercher ses mots pour décrire cette soeur et ce qui crée cette proximité entre eux. Sensible et percutant, c’est cette relation qui est au coeur du roman.

 « Je suis sorti de la voiture et j’ai fait le tour. Une seule chose comptait : Maeve. »

Au fur et mesure du roman, les âges passent, leur vie change mais chacun reste le point d’appui de l’autre, comme semble l’être la Maison.

Des lieux

La Maison des Hollandais a été achetée par les Conroy avec tout ce qu’elle contenait. Ainsi, ils vivent dans des meubles, dorment dans des lits, admirent des tableaux qui ne sont pas les leurs. La famille Conroy s’est glissée dans celle des Hollandais, le jeune Danny imagine une compagne de jeu dans le portrait de la jeune VanHoebeek. Même lorsque leur vie aura basculée, les deux frère et sœur n’auront de cesse de venir voir la maison, juste être là devant en voiture, mettre au point leur vie ensemble devant cette maison.

« On faisait comme si on avait perdu la maison, et pas notre mère, et pas notre père. On faisait comme si ce qu’on avait perdu nous avait été arraché par la personne qui vivait encore dedans. »

La thématique immobilière est omniprésente dans le roman. Le père, Cyril Conroy, est gestionnaire immobilier, et petit, Danny l’accompagne pour récupérer les loyers dans les différents immeubles que possède son père autour de Philadelphie. Plus tard, Danny garde le souvenir de ces pierres et cela devient son obsession à son tour.

« Une fois de plus, je m’étais attendu à ce que la dégradation finisse son œuvre, et une fois de plus, j’ai trouvé la maison identique à mon souvenir »

Un roman sur les liens du sang, comme une histoire de famille mais sans réelle famille, à travers le prisme d’une maison, c’est ce qui compose ce roman. Dense et intriguant, La Maison des Hollandais nous habite et nous rend nostalgique.

« La Maison des Hollandais », Ann Patchett (traduit par Hélène Frappat), Editions Actes Sud, 320 pages, 22,50€