Voilà maintenant 4 ans que la comédienne Constance Larrieu monte sur scène pour lever le voile du tabou entourant le plaisir sexuel, et qui de mieux placée que le théâtre de La Reine Blanche, scène de la rencontre des arts et des sciences, pour nous inviter à nous pencher sur le sujet ? La Fonction de l’orgasme est à découvrir jusqu’au 18 mai.

C’est donc dans un seul en scène aux allures de conférence scientifique que Constance Larrieu se joue du tabou entourant l’orgasme -ou acmé de l’excitation génitale dans sa définition scientifique. Il ne s’agit pas là du témoignage d’une femme à l’écoute de son corps, mais d’une réflexion sur ce courant végétatif bio-électrique, commun à toute espèce vivante. À cet instant le doute s’installe sur notre capacité à comprendre l’exposé qui va nous être fait, et les différentes données projetées nous apparaissent comme des indicateurs troubles. Mais, c’est sans compter l’apparition guillerette de notre conférencière.

Cobaye-enquêteur

Tout part de la lecture du livre d’un certain Wilhelm Reich, ancien brillant disciple de Freud et prometteur psychanalyste des années 1920. La Fonction de l’orgasme, paru en 1927 en Allemagne puis censuré pour reparaître en 1942 aux États-Unis, stimule dès sa sortie, un vif intérêt pour les dimensions biologique, sociologique, psychologique, fonctionnelle et les conséquences de cet acmé de l’excitation génitale. Aiguillonnée par ce texte, Constance Larrieu se mue en chercheuse : l’orgasme est-il identique pour les deux sexes ? Ou bien revêt-il différentes formes ? Varie-t-il suivant les zones de stimulation corporelle ? Assise sur quelques marches devant un écran de projection, elle nous présente sous différentes formes les résultats de ses recherches, rencontres avec des spécialistes, observations, etc. Aidées par cette juxtaposition d’entretiens filmés, de journal intime audiovisuel, de graphiques, de textes, voire même des démonstrations chantées ou jouées, humaines ou non, nous nous acheminons vers une connaissance plus fouillée de cette jouissance suprême.

crédits images : Jonathan Michel

Prêche(s) formelle(s)

Alors que la pensée de Reich nous paraît de plus en plus en claire grâce à l’exposé du cheminement réflexif de Constance Larrieu, commence à se distinguer une vision péremptoire de l’orgasme. Le psychanalyste voit dans ce courant végétatif bio-électrique, la source de l’équilibre biologique de l’être vivant : une possibilité d’épanouissement, le principe de guérison de tous les maux humains. Définissant cette énergie sous le nom d’«orgone», le scientifique continuera ses recherches jusqu’à finir sa vie en prison. Éloignée de cet aspect utopique de la thèse de Reich, notre vraie/fausse conférencière replace l’orgasme dans notre époque non moins angoissante que celle des années 1930. Juchée debout en haut des trois marches qui lui servaient jusqu’alors d’assise, Constance Larrieu pleine d’assurance, un néon rouge dans les mains, nous harangue à nous écouter intimement dans le but de nous ouvrir à l’autre et de trouver notre place au sein du groupe social orgasmique que nous formons -et dont elle pourrait être la prophète ?

Finalement la fougue et l’enjouement dont fait preuve Constance Larrieu ont raison des quelques réserves que l’on pouvait avoir sur l’accessibilité d’un tel sujet. Et malgré des moments d’emballement du discours (surtout vers la fin) qui, a trop vouloir en dire, perdent le spectateur, nous ressortons de ce compte-rendu théâtral d’expérience, avec un irrépressible désir d’exploration.

crédits images : Jonathan Michel

La Fonction de l’orgasme
Une recherche théâtrale de Didier Girauldon, Constance Larrieu et Jonathan Michel
Une idée de Constance Larrieu, inspiréé par les écrits de Wihelm Reich
Mise en scène Didier Girauldon et Constance Larrieu
Avec Constance Larrieu

Au Théâtre de La Reine Blanche jusqu’au 18 mai 2019.