Quatre ans après son premier album, Moodoïd est de retour en 2018 avec Cité Champagne, un opus aux sonorités dance pop rétro et flamboyant, porté par des vidéo-clips atypiques.

Pablo Padovani, alias Moodoïd, n’en est pas à son coup d’essai avec Cité Champagne. Déjà en 2014, le jeune homme avait surpris et séduit avec son premier opus Le Monde de Möö, cité par Etienne Daho comme une source d’inspiration pour Blitz. Et l’on comprend cet enthousiasme face au talent étonnant et insolent de ce jeune musicien passionné de cinéma, et un brin barré. Une folie douce que l’on retrouve dans les arrangements luxuriants et dans les textes de Cité Champagne, son deuxième album sorti le 8 juin 2018.

Sonorités rétros et textes surréalistes

Pour ce disque, Moodoïd s’est entouré notamment de Pierre Rousseau du groupe Paradis, pour façonner dix chansons délicieusement rétros, à grand renforts de synthétiseurs et de riffs disco-pop. Mais si la tendance du retour aux années 1980 est très à la mode en ce moment, dans les derniers disques de Cléa Vincent ou de Juliette Armanet notamment, Moodoïd parvient à tirer son épingle du jeu en s’écartant de la variété pour proposer des morceaux plus « dance », à l’image du titre Planète Tokyo.

La musique prend ainsi le pas sur la voix, parfois sous-mixée, tout en souffle et en légèreté, tandis que les textes marquent des ambiances plus qu’ils ne racontent des histoires. Telle des écritures automatiques, ils étonnent, désarçonnent et piquent notre imagination. Des phrases énigmatiques comme « Mon écran m’appelle et m’éclaire en arrière direction l’instant rectangulaire » dans Chamberlain Hotel côtoient des assertions banales et universelles comme « Tu ne sais pas pourquoi mais tu m’as fait du mal, tu y as réfléchi mais c’était bien après » dans Miss Smith. Habilement, les textes de Moodoïd oscillent ainsi entre dadaïsme et simplicité, pour égarer l’auditeur et le reprendre aussitôt dans un tourbillon d’images et de sentiments.

Des titres forts

Parmi nos coups de coeur sur cet album, Langage se distingue par son côté kitsch assumé, ses fins de phrases trainantes et son propos, universel, sur les problèmes de communication entre les êtres. A noter la très efficace version japonaise en duo avec la star de la J-Pop Wednesday Campanella, portée par un excellent clip mettant en scène une créature du folklore japonais, le Kappa, tourné à Tokyo et réalisé par Moodoïd.

Autre réussite, la chanson Reptile s’impose comme un petit tube vintage avec ses choeurs, ses nappes et riffs de synthé à gogo, et son refrain accrocheur. Mais le titre qui nous touche le plus est peut-être Miss Smith, en partie grâce à son clip aux allures de performance artistique : un vrai faux casting tourné à Los Angeles sur les traces d’une ex petite amie, réalisé par Nick Roney. A voir absolument.

Des incursions vers la sensualité dans Star, la coquine Amour Voiture, le slow langoureux Bye Bye, les rythmes africanisants de Kasbah ou la poursuite d’HelenaMoodoïd compose par touches un album original et riche, jouissif et déroutant, qui pourrait s’ajouter à la liste des nombreux albums de chanson française qui vont piocher leurs inspirations musicales du côté des années 80, mais qui s’en distingue par son grain de folie assumé. Pourtant, telle une bande originale continue, Cité Champagne pêche parfois par manque de nuances et de diversité dans ses arrangements et les thématiques abordées. Un léger bémol qui ne nous empêchera pas de savourer, sans modération, ce nouvel opus clinquant de Moodoïd.

Moodoïd, album Cité Champagne disponible depuis le 8 juin 2018.
Moodoïd sera en concert au Festival Days Off à la Philharmonie de Paris le 5 juillet.
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Journaliste, curieuse et amoureuse des mots, j'aime partager mes découvertes musicales et artistiques sur la toile.